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Actualités - Chronologie

Les civils mutilés paient le prix d'une guerre sanglante

Les yeux hagards, Liana reste prostrée dans son silence. Cette petite fille de cinq ans est atteinte de gangrène à la jambe : un char d’assaut russe a fait sauter sa maison il y a une semaine en Tchétchénie, tuant sa mère, sa tante et deux de ses frères et sœurs. Le corps tordu par la douleur, le crâne rasé, la fillette se trouve dans un hôpital en Ingouchie. Elle a survécu. Mais elle va peut-être devoir être amputée, rongée par la gangrène. Les soldats russes l’ont retenue quatre jours, elle et un parent qui la transportait, avant de la laisser franchir la frontière avec l’Ingouchie, république qui borde l’ouest de la Tchétchénie. Cinq mois après le début de l’intervention russe en Tchétchénie, le bilan des victimes civiles continue de s’aggraver alors que les chars, l’artillerie et les avions bombardent des zones habitées. «Je ne sais pas ce qui est arrivé. J’étais dans la rue, et tout à coup un missile a explosé», raconte Ouddi Dikaïev, 63 ans, d’une voix brisée. Le 7 novembre dernier, un obus de lance-missile multiple Grad a atterri dans une rue du quartier Oktiabrski de la capitale, Grozny, tuant un ami d’Ouddi et le blessant lui-même grièvement. Son crâne est marqué d’une large cicatrice, son bras gauche reste inexorablement inerte et un bandage dissimule un moignon à l’endroit où il avait jadis un pied. Allongé sur le ventre et péniblement appuyé sur ses coudes, dans le même hôpital de la ville ingouche de Nazran, Ousmane Akhtaïev, 52 ans, a pour sa part été touché au dos par un obus de mortier le 17 décembre dernier dans le même quartier de Grozny. Il était sorti fumer une cigarette avec son beau-frère. Quand le bombardement a commencé, les deux hommes ont couru vers leur abri souterrain mais «il est arrivé à temps, pas moi», raconte Ousmane. «Ils m’ont eu», ajoute-t-il dans un rire amer. Amené dans un hôpital de fortune, il y a passé dix jours sans pouvoir être opéré ou soigné faute de médicaments. «Un soldat russe était dans le lit voisin», se souvient-il. «Les médecins tchétchènes traitaient les prisonniers russes comme les autres», ajoute-t-il. Lioma Oumateguerev, 47 ans, a pour sa part été blessé dans une attaque aérienne il y a quelques semaines, dans le village de Gekhi au sud-ouest de la Tchétchénie. «Nous étions nombreux dehors», raconte-t-il. «Cinq d’entre nous ont été blessés, dont des membres de ma famille». Les attaques aériennes se poursuivant, il est resté deux jours sans aucun soin, avant de pouvoir finalement être emmené en Ingouchie. «Je ne sais pas si je remarcherai un jour», dit-il, allongé sur une civière dans un couloir de l’hôpital, la jambe droite lardée de pièces de métal. Dans une chambre voisine, Choumecha Khaïbourova, 50 ans, reste dans un état comateux, les yeux fermés. «Son esprit est parti», explique son fils Kioura. La femme a été écrasée il y a moins de trois semaines par un camion russe conduit par des soldats ivres. L’incident s’est produit dans le même village de Gekhi, mais alors qu’il était aux mains des Russes après des semaines de bombardements. Maintenant que les combattants tchétchènes lancent de plus en plus d’attaques pour reprendre aux Russes villes et villages, les civils qui étaient rentrés chez eux en espérant la fin du cauchemar ont été cruellement déçus. Le jour où Liana, la petite fille à la jambe gangrenée, a perdu sa mère de 28 ans, sa tante, son frère et sa sœur à Martan-Chou, des combattants indépendantistes avaient réussi à s’infiltrer dans ce petit village du sud-ouest de la Tchétchénie.
Les yeux hagards, Liana reste prostrée dans son silence. Cette petite fille de cinq ans est atteinte de gangrène à la jambe : un char d’assaut russe a fait sauter sa maison il y a une semaine en Tchétchénie, tuant sa mère, sa tante et deux de ses frères et sœurs. Le corps tordu par la douleur, le crâne rasé, la fillette se trouve dans un hôpital en Ingouchie. Elle a survécu. Mais elle va peut-être devoir être amputée, rongée par la gangrène. Les soldats russes l’ont retenue quatre jours, elle et un parent qui la transportait, avant de la laisser franchir la frontière avec l’Ingouchie, république qui borde l’ouest de la Tchétchénie. Cinq mois après le début de l’intervention russe en Tchétchénie, le bilan des victimes civiles continue de s’aggraver alors que les chars, l’artillerie et les avions...