L’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet a été conduit sous escorte policière hier dans un hôpital londonien pour y subir une série d’examens médicaux, dans l’espoir d’obtenir un rapatriement sanitaire à Santiago et d’éviter un procès en Espagne. Deux gérontologues et un neurologue ont été chargés de la contre-expertise médicale indépendante sollicitée par le gouvernement chilien, pour qui le général de 84 ans souffre de multiples maux. Augusto Pinochet, qui a accumulé les revers devant la justice britannique en 15 mois de bataille judiciaire, engage le 20 mars un nouvel appel devant la Haute Cour de justice. Cependant, son entourage mise désormais ouvertement sur une mesure de clémence pour raisons de santé. Ses médecins personnels affirment qu’il souffre d’une vingtaine d’affections sérieuses, au point de risquer une mort en exil potentiellement embarrassante pour les gouvernements de Londres, Madrid et Santiago. Outre un état dépressif, il aurait des problèmes cardiaques et de diabète et aurait été victime de plusieurs accidents vasculaires cérébraux mineurs. Cet état de santé défaillant avait justifié son absence devant le tribunal qui a confirmé le 8 octobre la recevabilité d’une extradition en Espagne pour y répondre des crimes de tortures commis par la junte au pouvoir à Santiago de 1973 à 90. Le dossier médical devrait parvenir dans quelques semaines sur le bureau du ministre de l’Intérieur Jack Straw, qui a le pouvoir d’ordonner la libération de l’encombrant visiteur pour «raisons humanitaires», quel que soit l’ultime verdict de la justice britannique. Les conclusions des médecins seront également transmises au patient, mais ne feront l’objet d’aucune communication officielle dans un premier temps, selon le ministère. Accusé d’avoir tendu un piège à Pinochet, arrêté sur un lit d’hôpital alors qu’il était en visite officielle en Grande-Bretagne, le gouvernement travailliste a promis d’agir selon la loi, sans arrière-pensée politique. Même si le Premier ministre Tony Blair a publiquement qualifié «d’innommables» les crimes de la junte. «Il y a lieu de poursuivre la procédure d’extradition jusqu’à son terme, à moins que soit établi sans l’ombre d’un doute que Pinochet est mentalement incapable de comprendre ce qui se passe», a cependant cru bon rappeler hier David Winnick, député du Labour et membre du comité des Affaires étrangères à la Chambre des communes. «D’après ce que nous avons vu depuis un an, tel n’apparaît pas être le cas et la colère serait très grande si la procédure d’extradition était abandonnée et Pinochet renvoyé au Chili», a-t-il prévenu redoutant un compromis dicté par la raison d’État. Les partisans d’un procès pour l’exemple du dictateur, sans précédent dans les annales du droit international, font valoir que Klaus Barbie et Maurice Papon ont été jugés en France pour leur action durant le nazisme en dépit de leur grand âge et de leur santé fragile. Une nouvelle fois, l’une des responsables du Parti conservateur Ann Widdecombe s’est au contraire insurgée contre le traitement infligé au général «soumis à toutes les rigueurs de la loi, en comparaison (avec la clémence manifestée à l’égard) d’anciens espions du temps de la guerre froide». Augusto Pinochet a été convoyé aux premières heures de la matinée depuis la villa luxueuse du sud-ouest de Londres où il est maintenu aux arrêts jusqu’à l’hôpital de Northwick park, à Harrow, dans la grande banlieue du nord-ouest de Londres.
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