L’annonce hier d’une baisse sensible du chômage en données corrigées des variations saisonnières (CVS) a surpris les analystes qui estimaient que cette tendance allait se poursuivre en raison de la bonne conjoncture et de l’évolution démographique. Le nombre de demandeurs d’emploi a reculé de 68 000 en décembre comparé au mois précédent, alors que plusieurs analystes tablaient sur un recul d’environ 25 000. Le taux de chômage CVS est ainsi passé de 10,2 % de la population active, contre 10,4 % en novembre, selon la Bundesbank. L’Allemagne comptait cependant 4,047 millions de demandeurs d’emploi en décembre, contre 3,9 millions le mois précédent, soit un taux brut de 10,3 % contre 10 % le mois d’avant. Mais l’augmentation du chiffre brut, qui sert de référence au débat public en Allemagne, est due uniquement à la période hivernale traditionnellement néfaste aux activités comme le bâtiment, selon l’Office fédéral du travail. «Pour l’ensemble de l’année 1999, la situation du marché de l’emploi ne s’est pas améliorée de façon vraiment significative», le nombre de sans-emploi ayant reculé de 180 100 par rapport à 1998, a noté le président de l’Office, Bernard Jagoda. Celui-ci a toutefois insisté sur la «nette amélioration» en données CVS, ajoutant qu’à l’ouest du pays la reprise économique se répercutait sur le marché du travail. Dans cette partie du pays, la plus peuplée et la plus industrialisée, le taux CVS a atteint 8,4 % en décembre, contre 8,5 % le mois précédent. À l’est du pays, le nombre de chômeurs est toujours deux fois plus élevé, bien qu’ayant reculé à 17,7 % après 18,1 % (révisé) en novembre. Dix ans après la réunification, l’inégalité économique entre Allemands de l’Ouest et ceux de l’ex-RDA demeure. Mais «la situation dans l’est devrait s’améliorer cette année, notamment dans le secteur du bâtiment», a estimé Hans-Jürgen Meltzer, analyste à la Deutsche Bank. Un avis partagé par Ralph Solveen, analyste à la Commerzbank, qui estime que la reprise commence «tout doucement» à se répercuter sur l’emploi. Selon M. Meltzer, la croissance qui s’est accélérée au second semestre, n’est pas encore suffisamment élevée pour avoir des effets «significatifs» sur le marché du travail. Selon les deux analystes, le recul du nombre de chômeurs en CVS de 68 000 en décembre, après une baisse de 34 000 le mois précédent, est dû en particulier à l’hiver clément et au facteur démographique, c’est-à-dire au plus grand nombre de départs en retraite ou préretraite que de nouvelles embauches. Pour Holger Fahrinkrug, analyste à Warburg Dillon Read, certaines personnes dont le départ à la retraite est prévu début 2000 ne bénéficient plus du chômage et n’ont donc pas été comptabilisées dans les statistiques. Parallèlement, le secteur de la vente au détail a embauché plus d’employés qu’habituellement en décembre pour les ventes de fin d’année qui se sont avérées meilleures que les années précédentes, note un autre analyste. Dans les mois à venir, les effets conjugués de la croissance économique et du phénomène démographique vont accélérer la baisse du chômage, selon les analystes. Pour l’ensemble de l’an 2000, la Commerzbank table sur un recul de 200 000 du nombre de chômeurs en Allemagne. La Deutsche Bank estime qu’il va baisser de 300 000. Pour sa part, le président de l’Office du travail a estimé qu’à la fin de l’année prochaine, le nombre de sans-emploi sera «nettement au-dessous» de la barre de 4 millions.
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