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Actualités - Chronologie

Fossoyeur de l'URSS, Eltsine laisse la Russie en chantier

Boris Eltsine aura métamorphosé la Russie en portant le coup de grâce à l’Urss et à la planification centralisée, mais il laisse en chantier une économie qu’il n’est pas parvenu à construire. «Pardon» pour «ce qui semblait simple et s’est avéré douloureux et pénible», a déclaré vendredi celui qui depuis neuf ans présidait aux destinées de la Russie, dans son message d’adieu au peuple russe. Boris Eltsine a mis sur les rails de difficiles réformes économiques. Dès la mort de l’Urss en décembre 1991, il lance avec un Premier ministre ultra-libéral Egor Gaïdar une «thérapie de choc». Les prix sont libérés, les taux de change unifiés, le rouble gagne sa convertibilité, la propriété devient privée, le monopole d’État sur le commerce extérieur est aboli, un Trésor fédéral est institué, les premiers éléments d’une vaste réforme fiscale sont plantés... Le prix à payer sera à la mesure de l’ampleur de la tâche à accomplir. Mais le système centralisé qui étend ses tentacules sur toutes les ex-républiques de l’Urss meurt. La métamorphose opérée a définitivement transformé la façon de penser de la jeune génération et permis de tourner la page sur 70 ans de communisme totalitaire. «Eltsine a mis en place les prémisses d’une économie de marché, même s’il n’est pas parvenu à tuer tous les poisons de l’ancien système», relève Christopher Granville, économique de la banque Fleming UCB. Mais assez vite, le «lion» démocrate et libéral des premières années s’épuise. Des millions de Russes ont plongé dans la pauvreté, alors que le système de santé et d’éducation s’écroule et que l’emprise de la mafia s’étend. Après l’«âge d’or» et l’épopée populaire des premières réformes politiques et économiques, suit une période de confrontation entre le président et le Parlement, qui fait bloc contre les réformes devenues très impopulaires. Eltsine y mettra fin dans le sang en octobre 1993 en envoyant les chars bombarder les députés. Puis à compter de 1994, Eltsine semble incapable de choisir et multiplie les valses-hésitations: un zest de rigueur, un autre de politique industrielle, un peu de mesures sociales... Le maître du Kremlin semble en fait plus soucieux de préserver son vaste pouvoir que de corriger les multiples imperfections des réformes. Il cède aux pressions des nouveaux barons du capitalisme naissant, ces fameux «oligarques» qui financeront sa réélection en 1996. Brièvement, en 1997, il donne un nouveau souffle aux réformes économiques, en nommant à des postes-clés les libéraux Anatoli Tchoubaïs et Boris Nemtsov. Mais cet élan se brisera sur une crise financière sans précédent. Le «lundi» noir du 17 août 1998, le gouvernement doit se résoudre à dévaluer le rouble et à faire défaut sur une grosse partie de sa dette. La Russie, endettée jusqu’au cou, se retrouve interdite d’accès aux marchés financiers internationaux pour des années, le système bancaire s’écroulait, et le pouvoir d’achat des Russes s’enfonçait un peu plus. L’industrie et l’agriculture restent aujourd’hui plus mal en point qu’à la fin de l’Urss, la fuite des capitaux reste un problème majeur, la population vivant sous le seuil de pauvreté représente près de 35 % des 147 millions d’habitants du pays... «Je veux vous demander pardon», a déclaré Boris Eltsine dans son discours d’adieu. «Pardon» pour «ce qui semblait simple et s’est avéré douloureux et pénible». «Pardon» pour «ne pas avoir répondu aux espoirs de ceux qui croyaient que nous pourrions d’un seul bond nous propulser d’un passé gris, totalitaire, stagnant, vers un avenir clair, riche et civilisé». «D’un seul bond, cela n’a pas marché», les «problèmes se sont avérés trop compliqués», a ajouté le chef de l’État s’adressant à son peuple au dernier jour de 1999. Mais pour les analystes, la base est en place pour que son successeur puisse «franchir la plupart des montagnes qui restent à escalader», relève M. Granville.
Boris Eltsine aura métamorphosé la Russie en portant le coup de grâce à l’Urss et à la planification centralisée, mais il laisse en chantier une économie qu’il n’est pas parvenu à construire. «Pardon» pour «ce qui semblait simple et s’est avéré douloureux et pénible», a déclaré vendredi celui qui depuis neuf ans présidait aux destinées de la Russie, dans son message d’adieu au peuple russe. Boris Eltsine a mis sur les rails de difficiles réformes économiques. Dès la mort de l’Urss en décembre 1991, il lance avec un Premier ministre ultra-libéral Egor Gaïdar une «thérapie de choc». Les prix sont libérés, les taux de change unifiés, le rouble gagne sa convertibilité, la propriété devient privée, le monopole d’État sur le commerce extérieur est aboli, un Trésor fédéral est institué, les...