L’Onu a gagné une place dans le processus de paix au Proche-Orient qui semblait encore inconcevable il y a quelques mois, grâce aux efforts de conciliation de son secrétaire général Kofi Annan pour mettre fin aux violences, estiment des diplomates. Le sommet de Charm el-Cheikh a consacré ce nouveau rôle de l’organisation internationale, autrefois exclue du processus de paix dans la région, même si elle est surtout appelée à rester un «honnête courtier», selon ces diplomates. «Kofi Annan a joué un rôle exceptionnellement important dans la mesure où il a été l’architecte inspiré de cette rencontre donnée pour impossible», a dit l’ambassadeur d’Israël auprès de l’Onu, Yehuda Lancry. Au moment où le Proche-Orient était sur le point de s’embraser, Kofi Annan a entrepris le 9 octobre une délicate médiation qui l’a amené à faire la navette entre Gaza et Jérusalem. Le président américain Bill Clinton, jusqu’à présent seul et incontesté médiateur entre Israéliens et Palestiniens, a ainsi rendu hommage au rôle de M. Annan qui, a-t-il dit, «a travaillé inlassablement depuis une semaine dans la région pour mettre fin aux violences et permettre la tenue de cette réunion». «L’Onu est considérée comme un participant très utile par les deux parties», a déclaré David Malone, un spécialiste du Moyen-Orient et président de l’International Peace Academy, un institut de recherches basé à New York. L’implication de l’Onu repose principalement sur la confiance qu’a su inspirer Kofi Annan aussi bien aux Israéliens qu’aux Palestiniens, alors que c’est justement ce qui fait le plus défaut aux relations israélo-palestiniennes depuis le début des affrontements, qui ont fait 111 morts en près de trois semaines. Ce manque de confiance rend particulièrement fragile l’accord – uniquement verbal – conclu entre le président palestinien Yasser Arafat et le Premier ministre israélien Ehud Barak sous les auspices de Bill Clinton. Outre un cessez-le-feu, ils se sont mis d’accord pour associer Kofi Annan aux conclusions de la commission qui devra enquêter sur les violences, donnant ainsi un petit gage à Yasser Arafat qui réclamait une commission internationale mais ne l’a pas obtenue. «Cela montre bien que, à l’évidence, le regard d’Israël sur les Nations unies a été partiellement restauré», a estimé M. Lancry. Jusqu’à présent, tous les gouvernements israéliens s’étaient catégoriquement opposés à une immixtion de l’Onu dans le conflit palestinien, jugeant l’organisation systématiquement anti-israélienne. Le tournant dans les relations entre Israël et l’Onu a été pris lors de l’admission de l’État hébreu au sein du groupe régional occidental en mai dernier, mettant fin à son statut de «paria» au sein de l’organisation, a souligné le représentant israélien. Il a aussi rappelé le rôle de l’Onu lors du retrait en mai des forces israéliennes du Liban-Sud. Mais un diplomate a estimé que les protagonistes se sont tournés vers l’Onu en un temps de crise, à un moment où les États-Unis n’étaient plus considérés par les Palestiniens comme des interlocuteurs impartiaux. M. Lancry a aussi affirmé que «l’Onu peut jouer un rôle, mais pour le moment limité, parce que les structures sont bien tracées : il y a les cosponsors (États-Unis et Russie) du processus de paix, l’action de l’Union européenne. Les acteurs sont là». Le rôle futur de l’Onu au Proche-Orient dépendra aussi des positions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale. «Ce qui ne serait pas utile serait de nouvelles résolutions de l’Onu qui braqueraient l’une ou l’autre partie», a dit David Malone à la veille d’une réunion d’urgence de l’Assemblée générale qui devait condamner Israël. Le Conseil de sécurité a déjà adopté le 7 octobre une résolution condamnant «l’usage excessif de la force» par Israël lors d’un vote au cours duquel les États-Unis s’étaient abstenus.
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