De la Belgique flamande à la Norvège et de la Suisse à l’Italie du Nord, l’extrême droite s’affirme aujourd’hui en Europe dans de riches régions à faible chômage, où elle prend généralement en exemple le leader autrichien Joerg Haider. Qu’ils soient décrits comme d’extrême droite ou de droite populiste, le parti libéral FPOe de Haider, la Ligue du Nord italienne d’Umberto Bossi, le Parti norvégien du progrès (FRP) de Carl Hagen, l’UDC suisse de Christophe Blocher ou le Vlaams Blok flamand de Frank Vanhecke engrangent tous entre 10 % et 30 % des voix, dans des pays ou régions prospères. En Suisse, le chômage est par exemple tombé en septembre à 1,7 % de la population active, soit son plus bas niveau depuis décembre 1991. En Norvège, il est de 2,5 % (chiffre de septembre) et en Autriche de 3,1 % (septembre). En Italie du Nord, où l’extrême droite est forte, le chômage atteint 4,7 %, mais 21 % dans le Sud où elle est beaucoup plus faible (juillet). Même constat en Belgique, où la Flandre connaît un chômage de 6,9 %, mais la Wallonie, région francophone du sud du pays d’où l’extrême droite a quasiment disparu, un taux de 18 % (septembre). Dans ces deux pays, le «Bloc flamand» et la Ligue ont un discours séparatiste et sont favorables à une forte autonomie fiscale. C’est notamment dans le «quadrilatère de la prospérité», délimité en Italie par Vérone, Padoue, Trévise et Vicence (nord-est), une des régions les plus riches d’Europe et un fief catholique traditionnel, que la Ligue du Nord réalise ses meilleurs résultats. «Dans ces régions prospères, l’extrême droite ne puise plus seulement ses racines dans la désespérance de milieux populaires marginalisés, elle exploite une thématique d’égoïsme collectif», estime Vincent de Coorebyter, directeur général du Centre belge de recherche et d’information sociopolitiques (CRISP). «Il s’agit d’une extrême droite de l’égoïsme identitaire et de la défense de la prospérité», presque toujours antieuropéenne, ajoute-t-il. La situation autrichienne appelle à nuancer cette opinion. Les électeurs du FPOe ne sont certes pas des chômeurs, mais ils sont presque tous des «perdants de la modernisation» qui votaient avant socialiste, assure le politologue autrichien Reinhold Gaertner, de l’Université d’Innsbruck (ouest). Ils ont un «travail précaire», «craignent de perdre leur emploi» et expriment leur «peur des étrangers» par le vote d’extrême droite, ajoute-t-il. Joerg Haider, dont le parti est très laïque, a échoué à attirer les riches électeurs de la droite autrichienne catholique et traditionnelle. Mais à défaut, il est parvenu en février dernier à mener son parti au pouvoir grâce à une alliance avec le parti conservateur OeVP. Outre le FPOe, l’UDC suisse est également au pouvoir au niveau fédéral, la Ligue du Nord l’a été en 1994 et 1995, tandis que le FRP norvégien et le Vlaams Blok aspirent fortement à le conquérir.
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