Le Likoud, le principal parti de l’opposition de droite en Israël, réservait sa réponse hier après avoir été officiellement invité par le Premier ministre israélien Ehud Barak à faire partie d’un «gouvernement d’urgence nationale». M. Barak a officiellement invité le Likoud à se joindre à son gouvernement lors d’un entretien jeudi soir avec le chef du parti, Ariel Sharon. Une porte-parole du Likoud a indiqué que le parti débattait actuellement de cette offre, affirmant ignorer s’il y aurait une nouvelle rencontre entre les deux hommes. Durant la nuit, M. Barak a aussi rencontré les dirigeants du parti laïc Shinoui, du parti ultraorthodoxe Shass, du Parti national religieux (PNR) et du parti russophone Israël Be’Aliya. Selon la radio publique israélienne, ce «gouvernement d’urgence nationale» ne serait pas mis sur pied pour toute la durée de la législature, qui se termine normalement en 2003, mais pour une courte durée, qui pourrait être seulement d’un mois, le temps de régler le conflit actuel avec les Palestiniens. M. Barak essaierait ensuite de former une nouvelle coalition. En cas d’échec, des élections anticipées seraient alors inévitables. Quoi qu’il en soit, le possible retour au pouvoir du Likoud et de son leader a fait sur les Palestiniens l’effet d’un véritable chiffon rouge. La déléguée générale de l’Autorité palestinienne en France, Leïla Shahid, a ainsi qualifié à Paris l’invitation faite à M. Sharon de «casus belli», y voyant une confirmation de la volonté de M. Barak «de choisir la guerre à la place de la paix». «Pour le peuple palestinien, mais aussi pour tous les peuples arabes, Sharon est un criminel de guerre, responsable des massacres de plus de 3 000 civils dans les camps de Sabra et de Chatila, à Beyrouth, en 1982», a rappelé Mme Shahid. M. Sharon est aussi accusé par les Palestiniens d’avoir provoqué les émeutes actuelles en raison de sa visite sur l’Esplanade des mosquées à Jérusalem-Est, le 28 septembre. L’entrée de M. Sharon au gouvernement serait lourd de conséquences pour le processus de paix, car le chef du Likoud a fait savoir qu’il avait des exigences. Pour prix de son entrée au gouvernement, il demande, en effet, que M. Barak renonce publiquement aux concessions qu’il avait envisagées de faire aux Palestiniens lors du sommet de Camp David de juillet dernier. Ces concessions n’ont jamais été rendues publiques, mais elles sont connues dans leurs grandes lignes. M. Barak aurait notamment proposé à M. Arafat de transférer aux Palestiniens la souveraineté sur certains quartiers arabes de Jérusalem-Est, une véritable hérésie pour la droite, pour laquelle cela reviendrait à rediviser la Ville sainte. Le problème pour M. Barak est qu’une répudiation de sa part des arrangements évoqués à Camp David aurait un effet désastreux sur l’opinion publique internationale et l’image d’Israël dans le monde. M. Arafat aurait alors beau jeu de faire de lui le responsable de l’écroulement du processus de paix. Mais tous ceux qui l’ont approché au cours des derniers jours, et surtout des dernières heures, affirment que M. Barak a perdu la foi dans ce processus. «Le processus de paix s’est ecroulé complètement, c’est fini, il n’y a plus aucune chance de le relancer», aurait ainsi déclaré M. Barak jeudi lors d’une réunion au ministère de la Défense, selon le quotidien Maariv. C’est apparemment cette conclusion qui l’a amené à franchir le Rubicon et à inviter le Likoud.
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