Il est vrai que Jet Li n’aligne que quelques mots dans les deux seuls films qu’il a tournés à Hollywood, mais la star originaire de Hong Kong (où il est presque idolâtré) a une vivacité d’esprit qui explique son succès auprès des producteurs hollywoodiens. Raya Abi Rached l’a rencontré à Londres à l’occasion du lancement de «Romeo Must Die», un film dans lequel il refait équipe avec Joel Silver, l’influent producteur des «Lethal Weapon» et «The Matrix». L’Orient-Le Jour : Dans Romeo Must Die, vous avez usé d’un minimum de violence possible, était-ce délibéré ? Jet Li : Oui, il y a une majorité de scènes d’arts martiaux et on voit peu de sang et d’armes. C’est important pour moi. Je sens une responsabilité envers le public, je préfère leur montrer des effets spéciaux plutôt que de la violence gratuite, parce que les adolescents comprennent toujours le mauvais message. Il faut leur apprendre à partager l’information avec eux. O.J. : Est-il vrai que malgré votre vaste expérience dans la technique des arts martiaux, certaines cascades n’avaient jamais été produites sur grand écran ? J.L. : Tout à fait. Par exemple, je n’avais jamais tourné avec le tête à l’envers (rires), certaines scènes étaient vraiment difficiles et innovatrices, tout comme la cinématographie du film d’ailleurs. Mais les scènes d’action sont faciles pour moi, cela fait plus de 20 ans que je m’exerce aux arts martiaux, donc il me faut près de huit à dix minutes pour m’adapter, et un maximum de deux jours de répétitions et de chorégraphies pour certaines luttes. O.J. : Tenteriez-vous de tourner des films sans lutte ? J.L. : J’aimerais bien essayer d’autres genres, mais c’est pour ma maîtrise des arts martiaux que j’ai réussi à me faire connaître, c’est ce que le public attend de moi, surtout à Hollywood. O.J. : En parlant d’Hollywood, il semblerait que les acteurs venus d’Asie, comme vous-même ou Jackie Chan, soient très sollicités en ce moment, pensez-vous que c’est une question de tendance ? J.L. : C’est surtout parce qu’il y a très peu d’acteurs asiatiques, comparés au grand nombre d’acteurs afro-américains par exemple ; et puis, bien entendu, parce que nous avons des talents très spécifiques qu’on ne peut pas trouver ailleurs. O.J. : Aimeriez-vous travailler avec des réalisateurs asiatiques vivant à Hollywood à l’instar de Ang Lee ou John Woo ? J.L. : Bien sûr, je les admire beaucoup. Ang Lee m’avait d’ailleurs en tête lorsqu’il a songé à son dernier film, Crouching Tiger, Hidden Dragon, mais j’étais occupé à tourner un autre film, donc je n’ai pas pu participer au projet (NDLR : c’est finalement Chow Yun Fat qui a décroché le rôle). O.J. : Comment votre venue aux États-Unis a-t-elle changé votre vie ? J.L. : Ma vie n’a pas vraiment changé, j’ai juste dû m’adapter aux mentalités et m’habituer à parler la langue. J’ai toujours eu beaucoup de chance dans ma carrière, mais cela est dû aussi à mon surplus de travail et à ma personnalité. Hollywood est une ville de marchandage, pour décrocher certains rôles, il faut en accepter d’autres ; mais cela m’a aussi ouvert des portes que j’avais toujours cru fermées : par exemple, j’ai depuis longtemps le projet d’un film que je souhaitais réaliser, et personnne à Hong Kong n’acceptait de le financer alors que la Warner vient de l’approuver. Mais cela ne veut pas dire que je vais rester tout le temps à Hollywood, mon prochain film se situera d’ailleurs en Europe, Kiss of the Dragon, sous la direction de Luc Besson. O.J. : À en croire les rumeurs, vous allez aussi tourner dans The Matrix 2 et 3 ? J.L. : Je suis un grand fan des frères Wachovski, mais ce projet est encore «top secret» ; j’espère pouvoir en dire plus dans un futur proche !
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