Le premier groupe mondial d’agrochimie, Syngenta, est né officiellement hier, après l’approbation des actionnaires de ses deux pères fondateurs, le suisse Novartis et l’anglo-suédois Astra-Zeneca. Le chiffre d’affaires prévisionnel de Syngenta, dont le siège est à Bâle, est de 7 milliards de dollars US et son premier patron est M. Heinz Imhof, responsable de l’agrochimie de Novartis. Le groupe emploiera 23 800 personnes. Novartis et Astra-Zeneca avaient organisé le même jour deux assemblées générales, à Bâle et à Londres, siège d’Astra-Zeneca, pour faire approuver leur projet, annoncé il y a moins d’un an. Selon Daniel Vasella, numéro 1 de Novartis, cette opération permettra au groupe suisse de se recentrer sur son activité pharmaceutique. «Le moment est particulièrement favorable, a-t-il dit devant les quelque 2 300 actionnaires réunis à Bâle, car nous prévoyons de lancer un nombre important de nouveaux produits au cours des trois prochaines années». Novartis a profité de cette assemblée générale pour publier son chiffre d’affaires des trois premiers trimestres 2000. Les ventes consolidées se sont élevées à 27,6 milliards de FS (+13 %), dont 12,9 milliards dans le secteur pharma (+16 %). Sur l’ensemble de l’année 2000, la progression des ventes du secteur pharma devrait être de 6 à 8 %, selon M. Vasella et le bénéfice élevé, du fait notamment d’un gain exceptionnel de 1 milliard de FS, résultant des ventes d’entreprises que Novartis a dû faire pour obtenir le feu vert des autorités de concurrence. Novartis a par ailleurs donné un coup d’accélérateur aux essais cliniques «extrêmement positifs» de sa molécule STI 571, un nouveau médicament contre la leucémie, a indiqué M. Vasella. Syngenta sera coté en bourse à partir du 13 novembre, sur quatre places financières en même temps, soit Londres, Zurich, New York et Stockholm. Devant l’entrée du bâtiment où se déroulait l’assemblée générale à Bâle, des militants syndicaux et écologistes ont manifesté pour exprimer leur désapprobation devant cette opération. «Cette fusion aboutit à la suppression de 3 000 emplois, qui sont inadmissibles», selon des délégués au comité d’entreprise de Novartis. Selon M. Imhof, «il y aura des licenciements». Par ailleurs, quatre associations de défense de l’environnement ont demandé solennellement à Syngenta de renoncer à fabriquer une technologie génétique, appelée «Terminator-Traitor». «Avec cette technologie, dont Syngenta détient le brevet, les agriculteurs deviennent dépendants de l’entreprise, car ils sont obligés de lui acheter chaque année de nouvelles semences», se sont indignées les quatre associations, soit la Déclaration de Berne (Sui), ActionAid (UK), Genewatch (UK) et la Société suédoise de protection de la nature. «Nous réalisons actuellement moins de 3 % de notre chiffre d’affaires dans la technologie génétique, car nous savons qu’elle se heurte à un grand mur de scepticisme, notamment en Europe», a indiqué M. Imhof. «Nous ne commercialiserons pas le “Terminator-Traitor”, mais nous poursuivons nos recherches dans les gènes, un secteur à fort potentiel». Le patron de Syngenta a notamment cité le cas du riz génétique, appelé «Golden Rice», dont la forte teneur en vitamines pourra faire baisser le taux de mortalité infantile dans les pays en développement. Par ailleurs, M. Imhof a évoqué les tomates génétiques, qui ont, selon lui, un effet protecteur contre le cancer, ou le tournesol génétique, «qui permet de lutter contre les maladies cardiaques». «Le monde comptera en 2030 huit milliards d’individus, contre six milliards actuellement, et aura besoin de plus en plus de produits alimentaires de qualité et avec des apports caloriques élevés», a conclu M. Imhof. Syngenta sera présent dans toutes les régions du monde et proposera aux agriculteurs ses herbicides, fongicides et semences.
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