Alexander Gourevitch et sa famille, qui ne se sont jamais rendus aux urnes lorsqu’ils étaient citoyens soviétiques, ont voté pour la première fois le 7 novembre aux États-Unis. Trois semaines après, ils ne savent toujours pas qui sera leur prochain président. Alexander Gourevitch, 55 ans, qui possède une librairie russe sur Sunset Boulevard à Hollywood, n’avait jamais jugé utile de voter lorsqu’il habitait à Bakou en Azerbaïdjan. «Cela ne servait à rien», il y avait un seul candidat et le résultat était connu d’avance, explique-t-il. Mais aux États-Unis, huit ans après avoir immigré et un an après avoir acquis la nationalité américaine, il a voté pour la première fois de sa vie, choisissant le démocrate Al Gore sans grand enthousiasme. Alexander Gourevitch, sa femme Ludmilla et leurs deux enfants, dont un en âge de voter, ont pris l’élection très au sérieux, organisant une réunion de famille la veille pour discuter des enjeux et des candidats. Loin des élections sans surprise de type soviétique, les Gourevitch se trouvent confrontés à cette situation inédite où le résultat n’est pas connu même après l’élection, quelque peu intrigués, mais passionnés par ce feuilleton à rebondissements. «Je n’aime pas la télévision», affirme Alexander Gourevitch, «mais (le soir de l’élection et la nuit suivante) j’ai regardé la télévision jusqu’à trois heures du matin». Le sud de la Californie abrite une mosaïque de groupes ethniques venant d’Amérique latine, d’Iran, du Liban et d’Inde, sans parler de quelque 620 000 immigrés russophones, la plus forte communauté de ce type après New York. Un ancien refuznik originaire de Kiev, Eugene Levin, surveille le pouls de la communauté russe locale en tant que directeur de deux radios, deux journaux et une chaîne de télévision. «De nombreuses personnes ne comprennent pas le système du collège électoral. Ils demandent pourquoi ce sont les avocats et non les électeurs qui décident de l’élection, témoigne-t-il, mais au moins il n’y a pas de chars dans les rues». «Les Russes sont aussi divisés que les Américains», la moitié étant pour le républicain George W. Bush et l’autre pour le démocrate Al Gore, affirme Irina Parker, journaliste. La procédure électorale complexe déroute de nombreux nouveaux arrivants, car les Américains élisent leur président et leurs parlementaires, mais aussi leurs juges, les représentants de comté... «Rien que de regarder le bulletin vous donne un mal de tête», selon Charles Kim, responsable d’une association représentant la communauté coréenne. De nombreux membres de la communauté locale de 200 000 Américains d’origine vietnamienne ont également suivi le feuilleton de Floride, mais leur intérêt commence à s’émousser, estime Nguyen Nghia, directeur de la radio locale Little Saïgon dans le comté d’Orange. «Ils ont commencé à suivre (l’élection) les premières semaines, mais ils se sont découragés et maintenant ils en parlent de moins en moins», dit-il. «Le sentiment dominant est que ça dure depuis trop longtemps, qu’il faut que Bush devienne président et que Gore reconnaisse sa défaite et cesse de se battre», estime M. Nghia.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Alexander Gourevitch et sa famille, qui ne se sont jamais rendus aux urnes lorsqu’ils étaient citoyens soviétiques, ont voté pour la première fois le 7 novembre aux États-Unis. Trois semaines après, ils ne savent toujours pas qui sera leur prochain président. Alexander Gourevitch, 55 ans, qui possède une librairie russe sur Sunset Boulevard à Hollywood, n’avait jamais jugé utile de voter lorsqu’il habitait à Bakou en Azerbaïdjan. «Cela ne servait à rien», il y avait un seul candidat et le résultat était connu d’avance, explique-t-il. Mais aux États-Unis, huit ans après avoir immigré et un an après avoir acquis la nationalité américaine, il a voté pour la première fois de sa vie, choisissant le démocrate Al Gore sans grand enthousiasme. Alexander Gourevitch, sa femme Ludmilla et leurs deux enfants, dont...