Une école maternelle et primaire de Paris, située dans un quartier difficile de la capitale française, se transforme peu à peu en prison avec filets, caméras vidéo et barrières autour de la cour de récréation pour protéger 500 enfants des violences du voisinage. Régulièrement, la cour et parfois les enfants servent de cibles à des jeteurs de projectiles en tout genre : des pierres, des bouteilles de verre, des couverts, des tasses, des médicaments et même une console vidéo, une carcasse de télévision ou encore un marteau. Tout part des grandes barres de logements sociaux à forte densité humaine dominant l’école, installés depuis 1979 dans ce quartier défavorisé du XXe arrondissement de la capitale, où le trafic de drogue est soutenu et les adolescents désœuvrés. Jusqu’à présent, seul un élève a été touché par un œuf, qui lui a laissé un hématome dans le dos. «Cela ne date pas d’hier. Mais depuis deux mois, les tirs ont redoublé d’intensité. Désormais, c’est quasiment tous les jours», se plaint une enseignante, qui refuse de dire son nom en raison de «pressions» qu’elle dit subir de la part de ses autorités de tutelle. Depuis une dizaine de jours, des parents se relaient pour occuper partiellement les locaux et réclamer des mesures «d’urgence». Jeudi dernier, ils ont manifesté aux côtés d’enseignants et il y a eu grève dans les classes. Ce jour-là, raconte Patrice, un parent d’élève, les enfants ont dessiné «la cour de leurs rêves». On y voit des balançoires, une piscine à boules, des toboggans, ou un «distributeur de maillots de bain». Car la cour de récréation a viré au cauchemar. Une bonne moitié est bouclée par des barrières métalliques, interdite d’accès pour cause de «danger». Le reste de la cour est protégé, depuis quelques années déjà, par un chapiteau de toile. Un filet est tendu au-dessus des têtes des enfants d’une partie de l’école et une vitre pare-balle a été installée sur l’une des façades d’une classe. Il y a quelques années, un riverain avait tiré à la carabine sur une fenêtre. Le temps de récréation est réduit au minimum : dix minutes par jour, par roulement de trois ou quatre classes, au lieu des deux plages quotidiennes de 25 minutes. «Les enfants n’ont pas le ciel au-dessus de leurs têtes, explique Pascale Boyer, institutrice. À la place, ils ont une bâche au niveau sonore excessif. Je vous laisse imaginer leur état d’excitation». Vendredi, une réunion dans l’école a rassemblé parents d’élèves, enseignants, policiers, bailleurs et élus. Le député-maire socialiste Michel Charzat a parlé d’une «situation intolérable», «d’incivisme et d’incivilité», mettant en cause «la responsabilité des parents». «On paie l’urbanisme concentrationnaire des années 70 avec une école encerclée de tours», a-t-il souligné, en annonçant quelques mesures : davantage de caméras vidéo, davantage de grilles, l’expulsion des «auteurs imbéciles des jets» et le raccourcissement des délais pour compléter la couverture de la cour par un filet. «Et pourquoi pas des miradors avec des gens armés, s’est insurgée une institutrice. C’est déjà une taule. Si ça continue, on va tous partir».
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