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Actualités - Analyse

Une politique de confrontation qui peut avoir de lourdes conséquences

C’est un «non» retentissant, explosif, que la dernière action du Hezbollah contre les Israéliens oppose aux injonctions occidentales de retenue. De son côté, l’État libanais répète qu’il ne compte pas envoyer l’armée au Sud, comme l’exigent instamment l’Onu, les USA et l’Europe. La Résistance a donc décidé de libérer par les armes les hameaux de Chebaa qu’Israël occupe toujours. Elle compte harceler l’occupant, lui faire subir une hémorragie de pertes, pour qu’il cède comme il l’a fait dans le restant de la région frontalière. Elle pense aussi pouvoir obtenir de la sorte la libération des prisonniers libanais détenus en Israël. En pratique, la Résistance prend donc les devants et empêche la récupération par les voies diplomatiques, option de négociation que l’État aurait pu vouloir adopter. Les autorités locales, d’ailleurs, n’ont pas l’air d’en être dérangées. Au contraire, elles réaffirment à tout bout de champ leur soutien inconditionnel à la Résistance. Et, redisons-le, elles ne cessent de répéter qu’elles n’enverront l’armée au Sud qu’après la réalisation d’une paix régionale globale, impliquant la restitution du Golan à la Syrie. La Résistance applaudit une telle attitude, en soutenant que l’envoi de l’armée au Sud signifierait l’abandon des hameaux de Chebaa et la renonciation au dossier du Sud. La position libanaise rend perplexes nombre de diplomates. L’un d’eux se demande «si le pouvoir se rend bien compte du prix qu’il y aurait à payer en cas de représailles israéliennes. Comme dit l’adage populaire, une fois ça passe, deux fois ça lasse, trois fois ça casse. Aujourd’hui, après la capture de trois soldats puis d’un officier, comme après avoir perdu un soldat dans l’attentat du Hezbollah à Chebaa, les Israéliens affirment qu’ils vont limiter la riposte. Mais plus tard, si de telles attaques continuent et font encore des morts dans leurs rangs, les Israéliens se verraient obligés par leur opinion publique à réagir en force, à frapper lourdement et en profondeur». Cette source diplomatique réfute ensuite la thèse du Hezbollah. «Est-ce que la présence de l’armée syrienne aux frontières avec Israël, souligne cette personnalité, signifie que le Golan est abandonné par la Syrie et son dossier clos ? En quoi l’envoi de l’armée libanaise au Sud léserait-il les droits de ce pays à l’égard de Chebaa ? Au contraire, elle ne ferait que les conforter. Car le Liban prouverait ainsi que l’occupation ne se justifie pas, puisqu’il contrôle effectivement la stabilité frontalière». Et de réaffirmer que «par l’étrange stratégie qu’il adopte, le pouvoir en place met le Liban en grave péril. Un danger qui est d’ailleurs de double nature. D’abord, il faut redouter des agressions israéliennes. Ensuite il faut craindre que la scène locale ne serve de nouveau de lice pour les règlements de comptes entre puissances étrangères. On ne peut oublier qu’en tout cas la politique suivie prive le Liban des assistances dont il a besoin et interdit l’afflux de capitaux qu’il espère pour se redresser économiquement. Il peut dès à présent faire son deuil de la conférence dite des pays donateurs, parce que des donations plus personne n’est disposé à lui en faire. Et c’est tout à fait compréhensible. Ce n’est pas pour punir ce pays qu’on lui refuse de l’aide ; mais tout simplement parce que ce serait de l’argent jeté par les fenêtres, tant que la situation au Sud reste instable. Indépendamment des dégâts que le Liban subirait au niveau de l’infrastructure en cas de représailles israéliennes, il aggrave déjà sa récession par l’attitude radicale qu’il adopte. Comment pourra-t-il jamais réduire son déficit budgétaire et sa dette publique, comment pourra-t-il résoudre le problème du chômage et juguler le mouvement massif d’émigration des jeunes, comment pourra-t-il attirer les investisseurs, en montrant les crocs ?Et en étalant, de plus, de fortes dissensions intérieures, source de déstabilisation, au sujet notamment de la présence militaire syrienne sur son sol». – À ces vues critiques, un officiel répond, placidement, qu’il faut «attendre que la situation se décante en Cisjordanie, savoir comment l’intifada va évoluer. Va-t-elle se transformer en confrontation militaire généralisée, en guerre civile de longue durée, obligeant Israël à revenir à la table des négociations, en acceptant l’application des accords d’Oslo ? Pour arrêter l’intifada, Israël va-t-il accepter la proclamation de l’État palestinien et la reprise des pourparlers ? Il faut attendre aussi, poursuit ce responsable, l’entrée en jeu, après janvier, de la nouvelle Administration US et les efforts qu’elle déploiera pour la relance du processus de paix régional. Enfin, il faut attendre de voir ce qu’il va advenir du gouvernement Barak». Certes, mais le problème c’est que les événements au Sud, le Hezbollah non plus, n’attendent pas. Et le dirigeant cité n’indique pas avec précision ce que le gouvernement compte faire au juste pour parer à toute éventualité. Fâcheuse. Émile KHOURY
C’est un «non» retentissant, explosif, que la dernière action du Hezbollah contre les Israéliens oppose aux injonctions occidentales de retenue. De son côté, l’État libanais répète qu’il ne compte pas envoyer l’armée au Sud, comme l’exigent instamment l’Onu, les USA et l’Europe. La Résistance a donc décidé de libérer par les armes les hameaux de Chebaa qu’Israël occupe toujours. Elle compte harceler l’occupant, lui faire subir une hémorragie de pertes, pour qu’il cède comme il l’a fait dans le restant de la région frontalière. Elle pense aussi pouvoir obtenir de la sorte la libération des prisonniers libanais détenus en Israël. En pratique, la Résistance prend donc les devants et empêche la récupération par les voies diplomatiques, option de négociation que l’État aurait pu vouloir...