Jacques Chaban-Delmas, figure emblématique du gaullisme, est mort vendredi dernier à l’âge de 85 ans sans avoir pu mener à bien son projet de «nouvelle société», qui aurait pu infléchir le cours de l’histoire de la France. Du président néo-gaulliste Jacques Chirac – qui avait pourtant à l’époque court-circuité l’ambition présidentielle de ce héros de la guerre – au chef du gouvernement socialiste Lionel Jospin, en passant par le «patron des patrons» Ernest-Antoine Seillière, les responsables français saluent en Chaban-Delmas un artisan de la France moderne. Jeune résistant, le plus jeune général français depuis l’Empire à l’âge de 29 ans, maire de la capitale du vin, Bordeaux, pendant un demi-siècle, trois fois président de l’Assemblée nationale (Chambre basse du Parlement), entre 1958 et 1988, Premier ministre, Jacques Chaban-Delmas n’a pas pu réaliser le rêve de devenir président en 1974. Il en a longtemps gardé, selon les témoins, une grande amertume contre l’actuel président Jacques Chirac. Chirac n’a jamais vraiment cru au projet de «nouvelle société», trop imprégné à ses yeux de la social-démocratie, que Chaban-Delmas, baron du gaullisme, alors Premier ministre du président Georges Pompidou, mettait en œuvre au lendemain de la révolte estudiantine et sociale de 1968, et qui n’avait pas reçu l’onction présidentielle. En 1974, après le décès de Georges Pompidou, Jacques Chirac, poulain de Pompidou, lance «l’appel des 43» en faveur du jeune et puissant ministre des Finances Valéry Giscard d’Estaing. Au cours d’une primaire, Jacques Chaban-Delmas est écarté, ne rassemblant que 15,1 % des suffrages. Le temps va pourtant aplanir les ressentiments. En 1978, Chaban, réconcilié avec Giscard d’Estaing, retrouve la présidence de l’Assemblée nationale, et à la présidentielle de 1995, son «choix préférentiel» se porte vers Jacques Chirac plutôt que vers son adversaire du même camp Edouard Balladur. Plusieurs fois ministre de la IVe République, Jacques Chaban-Delmas, qui tutoie pendant cinquante ans le futur président socialiste François Mitterrand, connu dans la clandestinité, s’entoure de non-gaullistes, tels que le futur président de la Commission européenne Jacques Delors, pour mener à bien son concept de la «nouvelle société», unanimement salué aujourd’hui. Jacques Delors a souligné la singularité de ce projet qui voulait «offrir une perspective généreuse à la société française» face au «blocage des rapports sociaux, difficultés d’assurer l’adaptation de notre économie à la nouvelle donne internationale, inquiétudes de la société qui s’était manifestée par les événements de Mai 68». Le Premier ministre socialiste Lionel Jospin a salué «une vision nouvelle de la société française pour moderniser notre pays». Pour son prédécesseur néo-gaulliste Alain Juppé, maire de Bordeaux, Chaban-Delmas fut un «visionnaire» ayant imaginé «une société avec moins d’égoïsme, moins de sectarisme, plus de participation de chacun à la vie de tous». Ce modèle, «incarnant la modernité et la générosité du gaullisme», selon la présidente du parti néo-gaulliste RPR, Michèle Alliot-Marie, «vaut encore largement aujourd’hui et, (sa nouvelle société) modernisée, serait encore un bon projet sur la France», a affirmé M. Seillière, président du Medef (patronat) qui a fait partie du cabinet de Chaban-Delmas lorsqu’il était Premier ministre de 1969 à 1972.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Jacques Chaban-Delmas, figure emblématique du gaullisme, est mort vendredi dernier à l’âge de 85 ans sans avoir pu mener à bien son projet de «nouvelle société», qui aurait pu infléchir le cours de l’histoire de la France. Du président néo-gaulliste Jacques Chirac – qui avait pourtant à l’époque court-circuité l’ambition présidentielle de ce héros de la guerre – au chef du gouvernement socialiste Lionel Jospin, en passant par le «patron des patrons» Ernest-Antoine Seillière, les responsables français saluent en Chaban-Delmas un artisan de la France moderne. Jeune résistant, le plus jeune général français depuis l’Empire à l’âge de 29 ans, maire de la capitale du vin, Bordeaux, pendant un demi-siècle, trois fois président de l’Assemblée nationale (Chambre basse du Parlement), entre 1958 et...