La Syrie doit commencer sans tarder à libéraliser le secteur bancaire si elle veut attirer les milliards de dollars nécessaires au développement économique, selon des experts réunis à Damas. «Il n’y a actuellement aucun financement à long terme pour le secteur privé syrien», a souligné un responsable de la Société financière internationale (SFI), en marge du Forum international des investissements en Syrie, organisé en fin de semaine dernière dans la capitale syrienne. «Le secteur bancaire est inefficace», a ajouté ce responsable, Sami Haddad, directeur de la SFI pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Entièrement nationalisé en 1963 après la prise du pouvoir par le parti Baas, le secteur bancaire consiste en la Banque commerciale de Syrie et cinq autres établissements : crédit industriel, crédit agricole, crédit immobilier, crédit populaire et caisse d’épargne de la Poste. La pauvreté de leurs services, aggravée par une lenteur de fonctionnement due à la bureaucratie, pousse les clients à se diriger en masse vers les banques libanaises situées à Chtaura, à une heure de route de Damas. Plus de 10 % du total des dépôts dans certaines banques libanaises appartiennent à des Syriens, a estimé un banquier libanais. «Nous leur donnons des cartes de crédit, nous finançons les transactions commerciales des clients réputés, et le secret bancaire est garanti», a-t-il ajouté, sous couvert d’anonymat. Le total des avoirs des banques syriennes, hormis la Banque centrale, est estimé officiellement à près de 580 milliards de livres (12 milliards de dollars), pour une population de 17,5 millions, alors que celui des banques libanaises avoisine les 44 milliards de dollars pour une population de 4 millions. Au lieu d’exporter des capitaux vers le Liban, la Syrie se doit au contraire de canaliser l’épargne vers son économie, a estimé Farid Raphaël, président de l’Association des banques libanaises. La Syrie a amorcé cette année une ouverture timide, en autorisant les banques étrangères à s’installer dans les zones franches pour financer les entreprises qui y sont implantées. Quatre banques libanaises se sont engouffrées dans la brèche, espérant se placer en première position pour une ouverture plus grande du marché: la Société générale libano-européenne de banque, la Banque du Liban et d’Outre-Mer (BLOM Bank), Fransabank et la Banque européenne pour le Moyen-Orient (Bemo). Les autorités syriennes ont également annoncé la prochaine création de banques à participation privée, ainsi que la création d’une banque spéciale ayant pour objectif de répondre aux besoins des investisseurs. Mais plusieurs intervenants à la conférence se sont montrés sceptiques. «Les demi-solutions ne constituent pas une solution», a déclaré M. Raphaël. «L’ouverture doit être franche et claire, concrétisée par un ensemble de lois cohérent», a-t-il ajouté, assurant que l’expérience «des banques à participation mixte, publique et privée, a prouvé son manque d’efficacité». Le vice-président de l’Association des banques arabes, Joseph Torbey, a relevé «le retard dans l’adoption» des réformes par les autorités. L’urgence est dictée par l’importance des investissements dont la Syrie a besoin pour répondre au défi démographique – il lui faut créer un minimum de 200 000 emplois par an –. Il faut aussi développer ses infrastructures – électricité, eau, télécommunications, transports et irrigation – et moderniser ses entreprises industrielles vieillissantes. À elle seule, la demande sur l’électricité doit passer de 22 milliards de KW/heure en 1999 à 44 milliards en 2010 et à 73 milliards en 2020, d’après le ministère de l’Électricité qui estime les investissements nécessaires dans les nouvelles centrales à 1,5 milliard de dollars par an sur 20 ans.
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