On les retrouve au coude-à-coude, ceux qui furent dans les années 60 les chefs de file d’un jeune cinéma américain en rupture de bans avec la tradition hollywoodienne, John Frankenheimer et Sidney Lumet, et ceux qui aujourd’hui briguent la relève avec un cinéma qui se veut différent, comme John Sayles. Entre eux, un Irlandais de talent, Jim Sheridan, et un Anglais qui, lui aussi, s’est enlisé dans la facilité, Michael Winner. Jonathan Mostow semble connaître les règles d’un film à suspense et il réussit parfaitement son affaire avec Breakdown. Un jeune couple quitte Boston pour aller vivre à San Diego, en Californie. Jeff et Amy (Kurt Russell et Kathleen Quinlan) font route à bord d’une superbe voiture, pour laquelle ils ont sacrifié toutes leurs économies. Or, elle tombe en panne en plein désert. Un poids lourd survient. Dès qu’on reconnaît au volant J.T. Walsh, savoureux second couteau habitué aux rôles de méchants, on comprend, même s’il affecte des manières doucereuses, que ce qu’il trame n’est pas très catholique. En effet, la jeune femme, partie à la recherche d’un téléphone, disparaît. Personne ne l’a vue! Jeff est-il devenu fou, ou vient-il de tomber dans un piège infernal? Sur des bases classiques, Jonathan Mostow a bâti un suspense solide, un thriller qui fonctionne au quart de tour, avec poursuites échevelées et collisions explosives. Il nous tient en haleine, sans le moindre temps mort, jusqu’à la dernière seconde. Diffusion lundi à 21h00 sur LBCI John Frankenheimer fut, dans les années 60, un des chefs de file du jeune cinéma américain. On lui doit des films d’importance qui enfonçaient le clou dans les problèmes de la société de l’époque. The Horsemen, qui date de cette époque, est un film ambitieux car, s’éloignant de ses thèmes traditionnels, Frankenheimer s’attaquait à un roman de Joseph Kessel dont le propos est un étrange voyage initiatique dans un monde où la civilisation n’a pas détruit les vertus traditionnelles et ancestrales. Nous sommes en Afghanistan (le film fut tourné en décors naturels et les images du cameraman français Jean Renoir sont d’une beauté à vous couper le souffle!) où les tribus vouent une admiration presque religieuse aux chevaux. Les cavaliers se disputent dans d’étranges joutes équestres le droit de s’affirmer en hommes. Ouras, le fils d’un des chefs émérites, s’est donné pour but de surpasser son père considéré comme le meilleur cavalier de la région. Mais au cours d’une joute équestre, il est victime d’un accident et doit être amputé d’une jambe. Malgré ce handicap, Ouras estime qu’il n’a pas dit son dernier mot, comme cavalier... Un souffle épique traverse ce film qui est autant un film d’aventures qu’un conte mystique! Diffusion lundi à minuit sur LBCI Si les histoires qui sortent de l’ordinaire ne vous rebutent pas, Brother From Another Planet vous réservera malgré son titre nunuche bien plus que vous ne vous en attendiez. Il s’agit d’une ingénieuse fantaisie allégorique qui, sans en avoir l’air, a beaucoup de choses à dire sur les relations humaines. Le personnage principal du film est un Noir qui vient d’une autre planète et qui surprend tout le monde sur Terre parce qu’il ne parle pas et qu’il laisse aux autres le soin de poser des questions... et d’y répondre! John Sayles est un cinéaste pas très fréquent. Et pas seulement parce qu’il alterne les tout petits films qui lui tiennent à cœur et les consultations de scénaristes pour Hollywood. À chacun de ses films aussi différents soient-ils (nous n’en avons vu qu’un seulement au Liban City of Hope), il démontre sa faculté à aller trouver de l’universel dans l’atypique. Ses choses à dire, le réalisateur les raconte comme de grandes histoires simples avec une façon aussi personnelle que typiquement américaine de rester toujours factuel. C’est pourquoi dans Brother From Another Planet on finit par se sentir proche de personnages dont on aurait volontiers rien à cirer, on palpite à une histoire anodine qui se révèle soudain essentielle même si vers la fin le scénario qui introduit dans le récit des personnages de trafiquant de drogues se dilue un peu. Et dans une courte apparition en extraterrestre, John Sayles est hilarant! Diffusion lundi à minuit sur Future TV House Party 2 est signé Doug McHenry et n’arrive pas à la cheville du premier épisode. On y retrouve le même personnage principal Kid qui, cette fois, est envoyé à l’université où il doit se tirer d’affaire avec le peu d’argent qui a été réuni par sa congrégation religieuse pour payer ses études. Le récit est fragmenté et le film n’a pas grand-chose à offrir si ce n’est un message «moralisant». Diffusion mardi à minuit sur LBCI Le cinéma irlandais existe. Et Jim Sheridan est son représentant le plus qualifié. Son talent a éclaté au grand jour avec My Left Foot qui valut à l’acteur Daniel Day-Lewis un Oscar à Hollywood. La collaboration devait reprendre avec In The Name of The Father, et dernièrement avec The Boxer. Entre-temps The Crying Game de Neil Jordan est venu confirmer la vitalité du jeune cinéma irlandais en triomphant partout dans le monde. Ce qui fait la qualité de ce cinéma-là, c’est qu’il est ancré dans la réalité politique et sociale de son pays. In The Name of The Father témoigne des préoccupations des réalisateurs irlandais. Ainsi ce film dont l’action se situe entre 1974 et 1989 est l’authentique histoire d’un déni de justice. Celui du procès et de l’emprisonnement de quatre Irlandais accusés d’avoir perpétré au nom de l’IRA un attentat dans un pub londonien, alors que les autorités possédaient les preuves de leur innocence... Nous suivons donc le long cheminement d’un innocent qui lutte pour retrouver sa liberté et sauver l’honneur de son père durant une détention arbitraire. Sobre et généreux, le film, couronné par l’Ours d’Or du meilleur film au Festival de Berlin, évite toutes les surenchères politiques et tous les écueils de la démagogie pour nous offrir un témoignage capital sur l’épineuse question irlandaise. Peter Poslethwaite (le père) et Daniel Day-Lewis (le fils) sont bouleversants! Diffusion mercredi à 20h30 sur MTV Tout comme John Frankenheimer, dont nous parlions ici, Sidney Lumet fut lui aussi dans les années 60 un des maîtres du jeune cinéma américain. Que reste-t-il aujourd’hui de cette gloire passée? Pas grand-chose, à en juger par le convenu de l’intrigue de Guilty As Sin. Guilty As Sin décrit les rapports troubles qui peuvent s’établir entre une avocate et son client. Sur fond d’intrigue policière, bien entendu. Jennifer Haines, brillante avocate de Chicago spécialisée dans les affaires criminelles, est contactée par David Greenhill, un homme élégant et charmeur. On le soupçonne d’avoir tué sa riche et vieille épouse et il demande à Jennifer de prendre sa défense. Malgré la méfiance que ce bellâtre lui inspire, elle accepte. Sitôt libéré sous caution, David devient agressif, s’immisce dans la vie privée de son avocate et s’efforce de faire croire à son entourage qu’il est son amant. Il lui révèle qu’il l’a choisie un an avant de tuer sa femme, qui n’est d’ailleurs pas sa première victime. Craignant pour sa vie, Jennifer demande à son collaborateur de recueillir des preuves irréfutables de la culpabilité de David. Une intrigue baroque sur le thème porteur du «psycho-killer», un duo de charme. Des qualités donc, mais pour un résultat mineur à force de surenchère. C’est dommage, car Sidney Lumet a toujours fait preuve d’un talent original. Diffusion jeudi à minuit sur Future TV L’enfer urbain et la montée de la délinquance sont restitués avec un réalisme qui suscita bien des controverses à l’époque dans le film de Michael Winner Death Wish. L’impact du film tel, d’ailleurs, qu’il fut suivi de quatre autres épisodes. L’architecte Paul Kersey revient à New York avec sa femme Joanna après des vacances à Tahiti. Trois voyous suivent Joanna et sa fille Carol, alors qu’elles font des courses, s’introduisent dans l’appartement des Kersey, frappent sauvagement Joanna et violent Carol. Paul, appelé à l’hôpital par son gendre Jack Toby, trouve sa femme morte et sa fille devenue folle. La police reste impuissante. Paul sort désormais dans la rue avec une matraque et, agressé, se défend. Il va travailler en Arizona à Tucson où Aimes Jainchill lui fait cadeau d’un colt. De retour à New York, Paul entreprend, la nuit, des expéditions punitives, abat des voyous. Il devient, pour la population un «justicier». Michael Winner cerne, d’une façon très intéressante, le problème des agressions, des morts violentes, de la peur et de l’autodéfense en milieu urbain, thème qui, des grandes villes des États-Unis, est venu à l’ordre du jour en Europe, dans toutes les sociétés industrielles; et pas seulement dans les cités de béton. La mise en scène de Winner frappe fort pour être efficace, le personnage que joue (remarquablement) Charles Bronson est un citoyen aisé et bien tranquille, qui a fait la guerre de Corée dans le corps médical comme objecteur de conscience. Ses raisons d’agir contre les voyous sont humaines, affectives. Bien sûr, c’est une façon de se concilier le public par les sentiments, les émotions, mais le réalisateur montre bien comment se déclenche l’engrenage de la violence et de la «loi du talion» (héritée du temps des pionniers, dans le contexte américain). Il met en cause les lenteurs et les carences de la police qui en est réduite à tolérer ce «justicier» plébiscité, en somme par l’opinion publique. Compte tenu du caractère brutal des images, un vaste champ de réflexion s’offre devant cette attitude de justice individuelle et expéditive dont sont nées les milices privées d’autodéfense. Ceux qui ont, à ce sujet, des opinions bien tranchées (pour ou contre) pourront reprocher à Michael Winner de n’avoir pas pris parti ouvertement dans un sens ou dans l’autre. Diffusion jeudi à minuit sur LBCI Voici un film qui n’a pas fait des vagues, son réalisateur figurant aux «abonnés absents», et Dolly Parton, sa vedette, reléguée aux oubliettes. Trois fois mariée, trois fois divorcée, virée de son dernier boulot, Shirlee décide de quitter son bled de l’Arkansas et de tenter sa chance à Chicago. Après quelques essais infructueux, elle est finalement engagée comme standardiste dans une station de radio. À la suite d’un quiproquo, elle passe à l’antenne comme le «docteur» de service, dépanneuse des cœurs en détresse. Ses réponses atypiques et son bon sens font d’elle une vedette du jour au lendemain. Flairant l’arnaque, le reporter Jack Russell fouille et découvre le pot aux roses. En même temps, il s’éprend de Shirlee, refuse d’écrire l’article attendu et démissionne. Mais celle-ci apprend l’enquête de Jack sur son passé. Secouée par cette nouvelle déception amoureuse et les propos accusateurs de la femme d’un de ses auditeurs, elle avoue sa véritable identité en direct et disparaît. Jack la retrouve et la convainc de son amour tandis qu’à minuit, en guise de reconnaissance pour services rendus, un concert de klaxons se déclenche dans Chicago en l’honneur de Shirlee. Petit produit au service de Dolly Parton (que diable allait faire James Woods dans cette galère?). Ce film est représentatif des nouvelles tendances d’un certain cinéma américain, celle de la sitcom, cette chose télévisuelle à vocation œcuménique et fortement idéologisée. Il est clair qu’un film ainsi conçu vise en priorité le marché domestique, accessoirement les salles de cinéma et surtout la télévision (retour à l’envoyeur). Aujourd’hui, la télé ne se contente plus de financer le cinéma pour en recueillir plus tard les dividendes, elle lui impose aussi de faire des films directement pour elle. Diffusion vendredi à minuit sur Future TV National Lampoon’s Senior Trip est le dernier produit en date d’une série où le meilleur (rarement) a souvent côtoyé le pire (le plus souvent). Ce film de Kelly Makin est à classer dans la seconde catégorie. On y voit un groupe d’étudiants ratés envoyant une lettre au président des États-Unis pour se plaindre du système éducatif qu’ils tiennent pour responsable de leur échec et afin de réclamer leurs droits à une meilleure éducation. Impressionné par la demande, le chef de la Maison-Blanche convoque les potaches à Washington afin d’étudier avec eux les moyens d’améliorer le projet d’éducation nationale. À Washington, comme vous en doutez, les étudiants vont commettre maladresse sur maladresse, et je vous dispense des détails, certains étant aussi vulgaires que caricaturaux. Vous avez dit «raté»? Diffusion vendredi à minuit sur LBCI Le dernier des Tarzan endate! Tarzan And The Lost City de Carl Schenkel n’ajouta rien à la légende sinon de nous présenter un héros complètement aseptisé... 1913. L’explorateur Nigel Ravens et ses hommes pillent un petit village africain. Pendant ce temps, en Angleterre, Lord Greystoke enterre sa vie de garçon lorsqu’il a une vision terrifiante du village ravagé par les flammes. En dépit de son amour pour Jane, qu’il s’apprête à épouser, il décide de retourner en Afrique. Sur place, il est accueilli par le sorcier Mugambi, qui lui explique que Ravens s’est emparé d’un talisman pouvant lui permettre d’accéder à la légendaire cité d’Opar... Casper Van Dien (révélé par Starship Troopers) est un Tarzan bien trop lisse dans ces aventures écolo-fantastiques à l’usage des amateurs de nanars sympathiques ou des spectateurs indulgents en quête de délassement facile. Diffusion dimanche à minuit sur LBCI
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