L’ayatollah Hossein Ali Montazeri, successeur déchu de l’imam Khomeiny, a témoigné sur le site Internet des exécutions massives d’opposants en Iran et initié une guerre des mollahs sur le Web avec l’apparition d’un contre-site pirate. M. Montazeri, 78 ans, était le successeur désigné de l’imam Khomeiny avant de tomber en disgrâce à sa mort en 1989 et d’être écarté au profit du guide actuel de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei. M. Montazeri vit depuis en résidence surveillée dans la ville religieuse de Qom, à une centaine de kilomètres au sud de Téhéran. Opposant farouche du courant conservateur, il réussit de temps à autres à faire connaître ses critiques par l’intermédiaire de ses fils, mais il a frappé dans la nuit de lundi à mardi un grand coup en mettant sur la toile ses mémoires, un document de 600 pages, plus un millier de pages en annexe. Depuis, le site www.montazeri.com, basé en Grande-Bretagne et authentifié par ses fils auprès de la presse en persan en Europe, a reçu des milliers d’appels depuis l’Iran et l’étranger, les internautes s’empressant de reproduire le document – uniquement en persan – dont des copies imprimées circulent déjà en Iran. Jeudi est apparu un contre-site pirate, www.montazery.com, qui est la vitrine Internet, en persan, anglais, arabe, français et turc, du guide de la République islamique. On peut y lire l’ensemble des fatwas d’Ali Khamenei, ainsi que ses pensées et déclarations sur différents sujets sociaux et politiques. Mort immédiate Dans son document, le religieux dissident apporte un témoignage précieux et inédit sur de nombreux épisodes dramatiques de la révolution iranienne ou de la guerre avec l’Irak, mais l’un des passages les plus importants porte sur sa tentative en 1988 d’empêcher l’exécution sommaire de milliers d’opposants, suite à un ordre de Khomeiny. En août 1988, les Moudjahedine du peuple, le principal mouvement de l’opposition armée, lancent une attaque d’envergure depuis leurs bases en Irak. L’imam Khomeiny, furieux selon Montazeri, donne alors l’ordre d’exécuter tous les moudjahedine, même s’ils ont déjà été jugés ou libérés. Interrogé sur ceux effectivement visés par son instruction, Khomeiny répond par écrit : «Tous ceux qui sont contre la révolution, il faut les exécuter très vite, faire disparaître les ennemis de l’islam», selon Montazeri. Les responsables de la justice et du ministère des Renseignements, dont certains occupent toujours des fonctions de responsabilité, posent trois questions à ceux qui sont officiellement appelés «les hypocrites» (monafegh). Une seule réponse non conforme entraîne la mort immédiate. On demande notamment au prisonnier s’il «a toujours la même opinion», sans lui dire la raison de la question, on lui demande également s’il est «prêt à participer au déminage des champs de mines laissés par l’Irak». Montazeri, informé de «2 800 à 3 800 exécutions», décide d’intervenir contre l’avis de son entourage et écrit à Khomeiny. «Je me suis dit, je suis tout de même le successeur de l’imam, j’ai participé à cette révolution. Si on tue un innocent, je suis aussi responsable». Dans une lettre en huit points il affirme : «Nous n’avons obtenu aucun résultat positif de toutes ces tueries et violences. Nous avons renforcé l’importance des hypocrites et des contre-révolutionnaires. Il est temps d’agir avec humanité et pardon, on obtiendra davantage de résultats positifs et il cite en arabe le Prophète “il faut être clément à l’égard de ceux qui ont fait une erreur”». Pour des opposants en Europe, ce premier témoignage d’un haut dirigeant iranien sur les massacres d’opposants pourrait servir à d’éventuelles plaintes pour crime contre l’humanité. Montazeri multiplie sans succès les interventions auprès des responsables de la justice et des prisons. Le 28 mars 1989, il demande à Khomeiny dans une autre lettre, celle-là déjà connue, de «nettoyer sa maison des impurs» qui l’entourent. C’est la rupture. Le 3 juin 1989 Khomeiny meurt, Khamenei lui succède.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’ayatollah Hossein Ali Montazeri, successeur déchu de l’imam Khomeiny, a témoigné sur le site Internet des exécutions massives d’opposants en Iran et initié une guerre des mollahs sur le Web avec l’apparition d’un contre-site pirate. M. Montazeri, 78 ans, était le successeur désigné de l’imam Khomeiny avant de tomber en disgrâce à sa mort en 1989 et d’être écarté au profit du guide actuel de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei. M. Montazeri vit depuis en résidence surveillée dans la ville religieuse de Qom, à une centaine de kilomètres au sud de Téhéran. Opposant farouche du courant conservateur, il réussit de temps à autres à faire connaître ses critiques par l’intermédiaire de ses fils, mais il a frappé dans la nuit de lundi à mardi un grand coup en mettant sur la toile ses...