Un nouveau géant est né hier sur le marché allemand de l’énergie avec la victoire du groupe HEW, contrôlé par le numéro un du secteur en Suède Vattenfall, dans la partie de poker autour de la prise de contrôle du pôle énergétique est-allemand Veag/Laubag. Après des mois de tractations, les numéros un et deux allemands de l’énergie, RWE et E.ON, se sont décidés à offrir la troisième place aux Suédois, alliés à la firme hambourgeoise HEW. Ils vont pour ce faire céder les 32,5 % et 48,75 % qu’ils détiennent respectivement dans la société Veag, se conformant ainsi à une injonction des autorités de la concurrence. RWE et E.ON cèdent également leurs parts respectives de 47,5 % et 45 % dans Laubag, un producteur est-allemand de lignite (charbon brun). Berlin a joué un rôle-clé dans les enchères en imposant que le repreneur de Veag emporte avec lui le groupe minier Laubag. Plusieurs milliers d’emplois sont en jeu dans l’ex-RDA, déjà confrontée à un chômage massif. «C’est une bonne journée pour la garantie des emplois dans l’industrie est-allemande de l’extraction du lignite», s’est félicité le ministre de l’Économie, Werner Müller. HEW va débourser au total 1,48 milliard d’euros, dont 660 M EUR seront versés en cash à RWE, et 820 M à E.ON, payés en partie par un transfert de participations de HEW dans le groupe suédois Sydkraft. La part d’E.ON dans Sydkraft passe ainsi de 20,7 % à 36,4 %, ce qui «consolide la position d’E.ON sur le marché scandinave», précise l’intéressé dans un communiqué. À l’issue d’une procédure de vente aux enchères aux règles peu limpides, RWE et E.ON ont rejeté les offres faites par les autres candidats américain, italien et espagnol notamment. De quoi prêter le flanc aux critiques de ceux qui accusent les compagnies allemandes de biaiser la libéralisation du marché en faisant preuve de «protectionnisme» et en s’échangeant leurs participations entre elles. Vattenfall, numéro cinq européen de l’énergie, peut, en ce qui le concerne, poursuivre son expansion sur le marché allemand, entamée avec la prise de contrôle de HEW. Le groupe suédois, qui contrôle déjà indirectement 51 % de HEW, avait ainsi annoncé début octobre le rachat des parts d’E.ON et de Sydkraft dans HEW. En échange, E.ON et Sydkraft doivent recevoir près de 490 millions d’euros en cash et se partageront plusieurs participations de Vattenfall. L’opération sera effective en janvier. Mais la redistribution des cartes sur le marché allemand est encore loin d’être terminée. Certes, le pôle Veag/Laubag/HEW assure aux Suédois la troisième place en termes de kilowatt/heure en Allemagne. Mais il manque à l’ensemble un autre groupe-clé, l’électricien berlinois Bewag et son nombre important de clients. Actuellement, le sort de Bewag est en suspens. E.ON, qui fait décidément beaucoup d’affaires avec HEW/Vattenfall, souhaite lui céder ses parts dans Bewag. Or, l’américain Southern Energy, qui détient 26 % de Bewag, s’y oppose, estimant avoir un droit de préemption sur les parts d’E.ON.
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