L’exil de l’ex-Premier ministre Nawaz Sharif a provoqué une multiplication des appels à un retour de la démocratie au Pakistan aussi rapide que possible. Des politiciens et des analystes ont estimé que le chef du régime militaire, le général Pervez Musharraf, qui a renversé M. Sharif sans effusion de sang en octobre l’année dernière, n’avait plus d’excuses pour retarder le retour de la démocratie, pour lequel il s’est engagé à plusieurs reprises. Pour Imran Khan, un ancien champion de cricket qui dirige le petit parti Tehreek-e-Insaf (PTI), l’épisode Sharif a accru «le sentiment de désespoir, qui ne pourra être combattu que par une nouvelle équipe dirigeante dynamique». «Le PTI demande au gouvernement de mettre un terme à son activité aussitôt que possible pour organiser des élections démocratiques libres et équitables», a déclaré M. Khan dans un communiqué. «Seule une direction politique crédible peut sortir le pays de la crise économique et politique actuelle», a-t-il dit. Les militaires se sont engagés à restaurer l’économie du pays et à rétablir «une véritable démocratie» avant le 12 octobre 2002, une date fixée par la Cour suprême dans un arrêt légitimant le coup d’État. Des élections locales, sans les partis politiques, doivent être organisées à partir de la fin de cette année, selon le calendrier mis au point par les militaires. «Je pense que le gouvernement militaire peut essayer de préparer une sortie honorable tout en gardant le contrôle du futur système démocratique», a estimé l’ancien gouverneur de la province du Sindh Fakhruddin G. Embrahim. Pour d’autres, en revanche, la grâce partielle accordée à M. Sharif peut être le signal d’un changement dans la politique de Musharraf. «C’est le moment le plus propice pour que Musharraf annonce des élections», a estimé Nazim Haji, un activiste démocrate qui affirme cependant ne pas approuver la libération de M. Sharif. Des membres de la Ligue musulmane pakistanaise (PML), le parti de M. Sharif, estiment qu’avec le départ de l’ancien Premier ministre, Musharraf peut en effet penser à réactiver le Parlement qui avait été suspendu après le coup d’État. «Je pense que le gouvernement a deux choses en tête ; restaurer les assemblées suspendues et de nouvelles élections», a affirmé Raja Zafarul Haq, un dirigeant national de la Ligue. «Le régime doit indiquer ses plans sinon le peuple va penser qu’il veut s’incruster», a-t-il ajouté. En octobre, le général Musharraf, qui s’est proclamé chef de l’Exécutif en arrivant au pouvoir, a admis que sa popularité était en baisse et a évoqué la possibilité, s’il échouait, d’inviter «quelqu’un d’autre à diriger» le pays. «Pour le gouvernement militaire de Musharraf, tout était envisageable sauf un retour de Sharif. Maintenant que le problème est réglé, ils n’ont plus beaucoup d’excuses pour retarder le retour de la démocratie», écrit lundi le quotidien Dawn. Cependant, les sources gouvernementales affirment que le gouvernement en reste à son plan électoral. «Le processus démocratique a déjà été engagé avec les élections locales prévues dans 18 premiers districts le 31 décembre», a affirmé un officiel.
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