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Actualités - Chronologie

Les Quinze entrouvrent enfin la porte à la société civile

Après des décennies d’opacité et de mépris, le Conseil européen, qui réunit les dirigeants des Quinze, a daigné prêter hier une oreille aux cris de la rue. Les chefs d’État et de gouvernement, condamnés depuis jeudi à des navettes incessantes entre leurs hôtels et le palais des expositions pour tenter de «bricoler» un accord sur la réforme de l’Union européenne avant l’élargissement, ont trouvé le temps d’entrouvrir leur porte à la société civile. Après Nice, syndicats, associations, ONG devraient pouvoir participer aux débats sur l’avenir de l’Union. «En 2001, les présidences suédoise et belge, en coopération avec la Commission et avec la participation du Parlement européen, encourageront un large débat associant les représentants des Parlements nationaux et de l’ensemble de l’opinion publique», promettent les dirigeants européens dans leur déclaration sur l’avenir de l’Union. L’objectif est de préparer la voie pour la convocation en 2004 d’une nouvelle conférence intergouvernementale pour la répartition des compétences entre l’UE et ses États membres et, selon le vœu des Allemands, pour une Constitution européenne. Un engagement accueilli avec une satisfaction prudente par les Verts européens, qui critiquent la méthode intergouvernementale – elle a montré ses limites à Nice – et militent pour que les citoyens soient mieux représentés au travers d’une Constitution européenne. «Le Conseil de l’Europe préfère la voix diplomatique à la voix démocratique. Il faut changer de méthode», souligne le député européen des Verts Daniel Cohn-Bendit. Le feu n’est pas près de s’éteindre Cette mise en garde semble avoir été entendue. «La déclaration de Nice est positive, mais nous demandons à voir. Est-ce que l’opinion publique sera vraiment consultée ? Prendra-t-on vraiment en compte les remarques de la société civile?», a déclaré le Belge Pierre Jonckheer, député européen des Verts. Face à l’usine à gaz institutionnelle qu’est le Conseil, aux marchandages en tout genre – je te donne une voix de plus, tu me donnes ton accord –, au charabia bureaucratique et aux égoïsmes nationaux, la société civile a fait entendre sa voix. Tentant de rééditer l’exploit de Seattle qui avait fait capoter les négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et après les manifestations de Washington et de Prague contre le FMI et la Banque mondiale, 60 000 à 70 000 syndicalistes, militants d’association ou d’ONG sont montés à l’assaut de Nice pour une Europe plus sociale et plus à l’écoute des citoyens. Pendant quelques heures, le drapeau rouge a flotté sur la ville tranquille de la Riviera, abri des retraités fortunés avides de soleil. Le feu n’est pas près de s’éteindre. Dans une déclaration commune, onze partis représentant tout l’éventail de l’extrême gauche européenne de Londres à Istanbul ont prévu de tambouriner à la porte du Conseil tous les six mois en marge de chaque sommet. Ils veulent ainsi protester «contre l’Europe des marchands et des marchés» et tenter d’«arrêter cette machine infernale qu’est l’Union européenne». Les manifestations ont certes dérapé avec l’attaque par quelques centaines de casseurs de lieux symboliques comme des succursales des banques (BNP, Crédit Lyonnais) ou de multinationales (AXA). Mais les dégâts ont été nettement moindres qu’à Seattle ou Prague. «Que sont quelques vitrines cassées par rapport à la violence des multinationales, des institutions financières internationales ?», s’interroge Vincent Espagne, membre de l’Observatoire de la mondialisation. «Les rassemblements qui se déploient aux abords de ce palais ne sont pas un épiphénomène. Ils traduisent la montée d’une prise de conscience à l’échelle des peuples de l’Union», a expliqué aux chefs d’État et de gouvernement Nicole Fontaine, la présidente du Parlement européen. Avant d’être officiellement reconnue, la société civile a bu le calice jusqu’à la lie. La charte des droits fondamentaux, qui décline les droits civils, politiques, économiques et sociaux des citoyens, devait être solennellement proclamée. Mais les Britanniques et les Danois se sont opposés, à la dernière minute, à cette manifestation qui aurait donné trop de poids à ce texte, déjà considéré comme une «régression sociale» par des organisations comme Attac, d’autant plus qu’il ne sera pas inclus dans le traité. Furieuse, Nicole Fontaine a lancé, sans succès, un appel aux Quinze pour qu’ils inscrivent cette charte dans les textes officiels afin de la rendre contraignante. Pierre Jonckheer estime toutefois que l’ouverture de Nice doit être utilisée par la société civile. «Il faut entrer dans la brèche et demander que la charte soit débattue et soumise à la consultation des citoyens».
Après des décennies d’opacité et de mépris, le Conseil européen, qui réunit les dirigeants des Quinze, a daigné prêter hier une oreille aux cris de la rue. Les chefs d’État et de gouvernement, condamnés depuis jeudi à des navettes incessantes entre leurs hôtels et le palais des expositions pour tenter de «bricoler» un accord sur la réforme de l’Union européenne avant l’élargissement, ont trouvé le temps d’entrouvrir leur porte à la société civile. Après Nice, syndicats, associations, ONG devraient pouvoir participer aux débats sur l’avenir de l’Union. «En 2001, les présidences suédoise et belge, en coopération avec la Commission et avec la participation du Parlement européen, encourageront un large débat associant les représentants des Parlements nationaux et de l’ensemble de l’opinion...