Définir l’horlogerie comme l’art de mesurer le temps est une évidence. En réalité, l’horlogerie est aussi un métier du beau. Et lorsque l’on parle de montres-bijoux, ce métier touche littéralement au splendide et au luxe à mille facettes. Au Liban, les montres-bijoux ont évidemment leur clientèle, pour laquelle ces joyaux du temps sont l’objet d’une passion insatiable et de soins attentifs. Porter à son poignet une montre dont la valeur se compte en milliers de dollars n’est pas offert à tout le monde. Pourtant, le marché des montres de luxe au Liban, s’il n’est pas dominant, fait preuve d’une vitalité honorable. À qui donc s’adressent ces produits dans lesquels l’heure et le diamant vont de pair ? Plus qu’une montre, un bijou Les Libanais, et les Libanaises en particulier, aiment la parure et ont le goût du luxe, tout le monde le sait. La montre-bijou ne peut donc pas les laisser indifférents. Bien sûr, pareil objet s’adresse à une «certaine catégorie sociale», comme le précise Karim Hakim, l’un des propriétaires de la joaillerie George Hakim. Après tout, une montre conçue par un joaillier coûte 2 000 dollars au minimum. Les montres Parmigani Fleurier peuvent même atteindre 20 000 dollars, parfois plus. «C’est un produit très haut de gamme, note Leila Tyan, responsable de la boutique Viviane Debbas à l’hôtel Phoenicia. Nos clients sont principalement des collectionneurs ou des amoureux du beau et du luxe». Dans cette catégorie de produits, la joaillerie Kohinoor a une clientèle composée majoritairement d’étrangers, plutôt que de Libanais. «Nos clients viennent de l’Europe et en majorité des pays du Golfe, explique Adel Makke, propriétaire de Kohinoor et agent exclusif au Liban des montres Harry Winston. Ces montres sont des produits de luxe et s’adressent à la haute société». On pourrait légitimement penser aussi que seuls des individus d’un certain âge, déjà bien installés socialement, pourraient s’offrir le luxe de porter des montres d’une telle valeur. Pourtant, Karim Hakim précise que ces montres-bijoux peuvent correspondre à des goûts et des styles très divers ; ainsi, les jeunes peuvent trouver des modèles qui leur conviennent dans les collections disponibles. Bien entendu, il est impossible de faire abstraction du prix dans l’achat d’une montre de luxe. Mais ce prix, pour élevé qu’il soit, se justifie de mille manières. En premier lieu, le prix élevé d’une montre-bijou est influencé par le très haut degré de technologie que nécessite sa réalisation, surtout si elle est fabriquée en Suisse. La manufacture est en effet un élément déterminant de la hausse du prix. Le processus de réalisation des montres fait main est extrêmement difficile. Le travail débute sur le papier, puis par l’outil informatique pour déboucher sur l’usinage effectué par des machines à commandes numériques. Après la morsure de la machine vient la caresse de la main, ainsi que le choix des matériaux précieux. Les pièces, après usinage, seront perfectionnées, polies et finies à la main. Après usinage et polissage, l’or, comme les autres métaux précieux, sera encore anobli par l’ouvrage du ciseleur. Il n’est pas une visse, pas une goupille qui ne sera amoureusement polie. De plus, comme le précisent de concert Karim Hakim et Adel Makke, la réalisation d’une montre, surtout suisse, exige avant tout un contrôle rigoureux et permanent, associé à la perfection du geste. Tout cela a un prix. Il faut ensuite prendre en compte le genre et la quantité de métal utilisé. Par exemple, le platine est moins cher que l’or, qui est à son tour moins cher que le diamant. Karim Hakim indique : «Ce sont le travail, le modèle et la quantité des diamants utilisés qui déterminent le prix de nos montres». À noter que les montres Alain-Philippe, fabriquées par la joaillerie George Hakim, sont conçues exclusivement en or (jaune et blanc, 18 carats) et en diamant. Pour sa part, Adel Makke signale que ses montres en platine ou en or sont vendues à partir de 2 000 dollars. Par la suite, le prix augmentera avec l’adjonction puis l’augmentation des diamants. Un marché préservé Dans un secteur aussi pointu et requérant l’usage de technologies extrêmement performantes, le marché libanais repose exclusivement sur l’importation. En effet, la production locale de montres classiques est actuellement inexistante. Que dire de la montre de luxe ? Même si la joaillerie George Hakim est une entreprise libanaise qui possède et fabrique la marque Alain-Philippe, ses responsables ont choisi d’enregistrer leur produit et de le fabriquer en Suisse. «Il y a un manque de compétence au niveau de l’horlogerie au Liban, explique Karim Hakim. Les Libanais n’ont pas pu maîtriser la technologie et la précision requises. De plus, la Suisse est connue pour son expertise dans l’industrie horlogère et est reconnue mondialement». Second aspect positif de la difficulté de réalisation des montres-bijoux, ces dernières n’ont pas à souffrir des méfaits de la contrefaçon. Certes, la contrefaçon que les Libanais maîtrisent parfaitement, selon Karim Hakim, existe au Liban au niveau des montres classiques. Mais elle n’affecte pas les montres-bijoux. Leila Tyan explique : «Quel serait l’intérêt de copier nos montres? Ces marques ne sont pas connues de la masse car elles ne s’adressent qu’à une certaine catégorie de la population. N’étant pas connues par tout le monde et n’étant pas des produits commerciaux, elles n’ont pas été et ne seront probablement pas contrefaites». Cependant, Karim Hakim reste méfiant : «Il est très probable que notre montre soit contrefaite au Liban. Mais en tout cas, notre montre est une marque déposée ; nous pourrons donc facilement poursuivre les copieurs». Mode et tendance actuelles Comme n’importe quel autre article sur le marché, les montres suivent aussi leur mode. Les options de création sont infinies, comme le temps lui-même. Les créateurs jouent sur toutes les pièces. Les modèles sont changés au niveau du cadran, du bracelet (en métal ou en cuir), du boîtier qui peut être rond, ovale, carré, rectangulaire, ou en forme dite de tonneau. Il peut même prendre des formes non géométriques. Les designers jouent également sur les métaux utilisés : platine, or jaune, or blanc, sur les pierres précieuses qu’ils incrustent avec, à leur tête, le diamant. Aujourd’hui, les avis divergent quant à la tendance du moment. Selon Adel Makke, la mode irait vers le boîtier rectangulaire et le cadran nacré, dit en anglais «Mother of Pearl». Pour Karim Hakim en revanche, si la tendance était il y a quelques années au boîtier carré, aujourd’hui toutes les formes sont à la mode. «Ce sont les modèles géométriques du boîtier qui sont en vogue», dit-il ; autrement dit, plus qu’à la forme du boîtier, la tendance s’intéresse actuellement au choix d’un métal précieux : l’or blanc. Enfin, la collection Parmigiani Fleurier, composée de 52 modèles, n’est jamais soumise à la tentation de la mode. Ce sont des montres très classiques dont l’approche est purement traditionnelle. Leila Tyan indique cependant que c’est le modèle Crono qui a le plus de succès aujourd’hui au Liban. L’approche des montres-bijoux n’est donc pas commerciale. Ces objets sont plutôt des œuvres d’art, de véritables joyaux qui se lèguent d’une génération à l’autre.
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