Les récentes mesures douanières décrétées la veille par le gouvernement, et destinées à provoquer un choc susceptible de relancer la croissance économique dans le pays, sont passées comme inaperçues hier sur le marché des changes de Beyrouth qui a continué à fonctionner au ralenti. C’est ainsi que la demande du dollar est demeurée très limitée, ne dépassant guère le potentiel de l’offre en dehors de la Banque du Liban (BDL) qui a continué à le proposer à 1 514,00 LL tout en se déclarant prête à l’acheter à 1 501,00 LL, dans le cadre de sa politique de stabilité monétaire. Dans ces conditions, et en l’absence de grandes initiatives à l’achat et à la vente, le billet vert devait être invariablement fixé au même taux moyen indicatif de 1 507,50 LL, comme depuis le 9 septembre 1999, tout en se négociant pratiquement au-dessus de ce niveau. Il a, en effet, oscillé toute la journée très étroitement dans une marge comprise entre 1 512,50 et 1 513,00 LL, mais dans des volumes d’affaires très minces, estimés au total à quelque huit millions de dollars, entièrement placés par les banques de la place sans aucun recours à la BDL, ont indiqué les cambistes. Nouvel accès de faiblesse du dollar À l’étranger, l’euro a repassé le seuil de 0,87 dollar hier sur les marchés des changes internationaux, pour la première fois depuis le 11 octobre dernier, profitant de l’affaiblissement du billet vert, handicapé par la multiplication des signes de ralentissement de l’économie américaine et la dégringolade des marchés boursiers aux États-Unis. L’euro n’a par ailleurs guère réagi à la décision de la Banque centrale européenne (BCE) de maintenir son principal taux d’intérêt (le Refi) à 4,75 %. Le statu quo décidé par la BCE était attendu par la quasi-unanimité des analystes et un nombre croissant d’entre eux pensent désormais qu’il n’y aura plus de resserrement monétaire dans la zone euro cette année. Le marché prend davantage en compte les signes de ralentissement de l’économie américaine, indique-t-on dans les milieux cambistes. Le billet vert, qui a déjà souffert au début du mois de l’imbroglio sur l’élection présidentielle américaine, est désormais handicapé par les signes de ralentissement de la première économie mondiale et les mauvaises performances des marchés des actions. L’avertissement du fabricant d’ordinateurs Gateway sur des ventes décevantes au quatrième trimestre a fait dégringoler les deux Bourses du Nasdaq et de Wall Street et dans leur sillage le dollar. Cela d’autant que le marché apprenait que les revenus personnels des Américains auraient diminué de 0,2 % en octobre contre une hausse de 1,1 % en septembre et que leurs dépenses à la consommation ne devaient pas progresser que de 0,2 % contre 0,9 % pendant la même période. De plus, l’augmentation du nombre des demandeurs d’allocations-chômage de 19 000 personnes la semaine dernière, signe de suppression d’emplois non agricoles, au lendemain de la révision à la baisse de la croissance du PIB américain de 2,7 % à 2,4 % au troisième trimestre, a constitué un élément supplémentaire d’inquiétude pour les investisseurs après la baisse de la confiance des consommateurs et le ralentissement des commandes de biens durables. Il s’agit donc d’une longue série de mauvaises nouvelles en provenance des États-Unis qui ont profité à l’euro et exagéré la réaction des marchés envers le dollar qui s’est négocié sur un ton faible, à New York, comme suit : – 0,8725 pour un euro contre 0,8575, la veille – 1,4255 pour un sterling contre 1,4230 – 2,2415 DM contre 2,2810 – 7,5180 FF contre 7,6495 – 1,7310 FS contre 1,7610 – 2 219,25 lires contre 2 258,05 – 110,35 yens contre 111,25. Bourse de Beyrouth : hausse de Solidere B À la Bourse de Beyrouth, la tendance a été légèrement soutenue hier par la hausse des actions B de Solidere de 7 1/8 à 7 3/8 dollars, dans un marché autrement stationnaire sur le restant de la cote. En effet, l’indice général Lispi de toutes les valeurs libanaises cotées a augmenté de 0,34 % à 64,65 points, tandis que l’indice partiel LIBX des valeurs bancaires se maintenait toujours à 141,72 points. Tout cela s’est produit dans un marché étriqué sur lequel 9 687 actions ayant changé de main d’une valeur totale de 59 784 dollars. Les Bourses américaines affectées par l’avertissement de Gateway Sur les places boursières internationales, la dégringolade des marchés américains des valeurs mobilières s’est accentuée hier, l’avertissement du fabricant d’ordinateurs Gateway sur des ventes décevantes au quatrième trimestre faisant rechuter la Bourse électronique Nasdaq et dans son sillage Wall Street. Le marché boursier américain, déjà préoccupé de l’impact du ralentissement de l’économie aux États-Unis sur les résultats des sociétés, surtout dans la High Tech, a subi un nouveau revers hier après la mise en garde de Gateway, et également de la société Altéra, spécialisée dans les semi-conducteurs programmables qui table sur une stabilité de ses ventes au quatrième trimestre, en raison principalement de ventes en novembre inférieures aux prévisions dans toutes les régions du monde. «Nous prévoyons que les ventes aux consommateurs continueront à monter ce trimestre, mais il nous paraît maintenant évident, après le week-end du Thanksgiving, qu’elles ne croîtront pas suffisamment pour nous permettre d’atteindre les attentes», a déclaré John Todd, le directeur financier de Gateway. Cela d’autant que le week-end passé marque traditionnellement le démarrage des emplettes de Noël. En effet, les magasins d’électronique voyaient également leurs actions baisser, entraînant dans leur sillage le restant de la cote. C’est ainsi, que l’indice composite Nasdaq a repassé à la baisse le seuil des 2 525 points, pendant que l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles fluctuait entre un plus haut à 10 610,53 points et un plus bas de 10 292,39 points, avant d’afficher en préclôture, à 2h00 de Beyrouth, 10 372,70 points, en baisse de 256,41 points sur la veille. Les places européennes plombées par les technologiques La déprime l’a de nouveau emporté jeudi sur les marchés européens, où technologiques, médias et télécoms ont flirté avec leurs plus bas de l’année, à l’instar d’un Nasdaq inquiet du ralentissement de l’économie américaine. En fin de journée, alors que la plupart des marchés étaient clos, l’indice Eurotop 300, paneuropéen, a perdu 1,9 % et le DJ Euro Stoxx 50, limité à la zone euro 2,32 %. Toutes les valeurs vedettes ont souffert, à commencer par le géant de l’électronique grand public Philips, qui a plongé de 8,41 % à 38 euros. L’équipementier télécoms Alcatel n’est guère mieux loti avec une chute de 6,56 % à 57 euros. Ses concurents Nokia et Ericsson ont cédé respectivement 3 % à 48,15 euros et 1,3 % à 114,50 couronnes suédoises. Aux opérateurs télécoms, France Télécom et British Telecom ont atteint leurs plus bas de l’année en cours de séance. Le français a fini à 96,50 euros (-5,11 %) et son concurent britannique à 622 pence (-1,6 %). Le fabricant de semi-conducteurs franco-italien STMicroelectronics a perdu 5 % et le fabricant néerlandais d’équipements pour semi-conducteurs ASM Lithography 6,55 %. «À ce niveau-là, certains secteurs, comme celui des équipementiers télécoms, deviennent vraiment intéressants», a estimé Simon Thorpe, analyste chez UBS Warburg. «Le problème, c’est que le marché est nerveux d’une façon générale, et il l’est deux fois plus quand il s’agit des technologiques». Alors que la bataille pour la désignation du nouveau président américain entre dans sa quatrième semaine, le marché attend un geste du président de la Réserve fédérale Alan Greenspan. «Le problème, c’est que personne ne voit le bout. Il faudrait une baisse des taux américains pour améliorer les choses, mais cela est improbable à très court terme. Le marché a besoin de cela dans les 48 heures et cela ne va pas se produire, c’est tout», estime un opérateur de Francfort. Tokyo : en hausse sur une chasse aux bonnes affaires La Bourse de Tokyo a terminé la séance de jeudi en hausse de 1 %, bénéficiant d’une chasse aux bonnes affaires sur les valeurs traditionnelles, malgré un repli de la haute technologie lié à une nouvelle chute du Nasdaq, ont indiqué les opérateurs. L’indice de référence Nikkei-225 s’est apprécié de 140,87 points pour terminer à 14 648,51 points. L’indice élargi Topix a repris 13,58 points à 1 362,66. Le volume des échanges s’est étoffé, avec 847 millions de titres échangées conttr 636,8 millions mercredi. «Les investisseurs qui pouvaient difficilement acheter des “high-tech” au prix fort après le repli du Nasdaq, ont recherché des valeurs moyennes ou franchement bon marché», notait un responsable de Daiwa Securities, Shunsuke Nishino. La Bourse de Tokyo a débuté la séance en baisse après un recul du Nasdaq qui a cédé mercredi soir 27,81 points à 2 707,17 et une révision en baisse des prévisions des résultats de l’américain Gateway, selon des opérateurs de la place. «Techniquement parlant, les investisseurs ont le sentiment que 14 300-14 400 constitue un seuil acceptable de résistance à la baisse et qu’il n’y a aucune raison de laisser filer le Nikkei en déçà», estimait M. Nishino. Les pertes des «high-tech» ont été compensées par les gains de la «vieille économie», notamment dans les secteurs de l’acier, du bâtiment, du pétrole et de la construction navale, selon un analyste de Nikko Securities, Hiroichi Nishi. «Mais les sociétés japonaises du secteur de la haute technologie ont également annoncé de bons résultats semestriels qui devraient limiter les pertes du secteur», a-t-il noté. «Bien que les résultats de société soient susceptibles de soutenir le Nikkei, le Nasdaq a encore un impact très fort sur l’indice japonais», observait de son côté Masaru Kazama, responsable de la division titres de Nissan Securities. «De plus, certains investisseurs au Japon tablent sur le fait que les valeurs japonaises de la haute technologie ont touché un plafond et pourraient connaître un ralentissement de leurs performances l’an prochain», a expliqué cet opérateur.
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