Les sites de commerce en ligne, des «dotcoms» spécialisées dans l’épicerie sur l’Internet, mais aussi dans la vente de bijoux, de livres ou de disques, se débattent dans des problèmes financiers qui menacent leur survie à l’approche de la saison des fêtes, selon les analystes. Le site de commerce Productopia.com, le bijoutier en ligne Miadora.com ou le site Kibu.com visant un public d’adolescentes et qui avait été créé par le cofondateur de Netscape Jim Clark, ont rejoint ces derniers jours la liste déjà longue des «dotcoms» en faillite. Dans ce secteur naissant où toutes les sociétés se caractérisent par leur jeunesse, une petite cinquantaine de commerçants en ligne ont mis la clé sous la porte, selon le décompte du site Dotcomfailures.com. Dans ce tableau ne figure pas la restructuration la semaine dernière de Priceline.com avec la cessation d’activités de WebHouse Club, un site qui proposait de l’épicerie et de l’essence sur le site de Priceline. Cette annonce a précipité la chute de l’action Priceline qui, en fondant de plus de 80 %, est repassée sous son cours d’introduction de la fin 1998. La crise s’aggrave à l’approche de la période des fêtes, entre fin novembre (Thanksgiving) et fin décembre, et les «dotcoms» multiplient les initiatives pour essayer de gagner de l’argent ou au moins éviter d’en perdre. «Ce sera une saison des fêtes-clé pour la plupart des commerçants en ligne», a estimé Scot Melland, PDG de la société Vcommerce, spécialisée dans la fourniture de technologies pour les distributeurs en ligne. «Le dernier trimestre pourrait représenter plus de la moitié de leur activité et, s’ils ratent la saison des fêtes, ce sera difficile de revenir sur le marché des capitaux» pour obtenir de l’argent frais, selon Scot Melland. Mais la morosité de certains sites de commerce en ligne contraste avec l’effervescence des sociétés plus solides. «La consolidation du secteur commence et les acteurs les plus faibles vont disparaître. C’est une bonne nouvelle pour ceux qui resteront, car il y aura à faire avec la même base de consommateurs, ce sera plus rationnel», souligne Scot Melland. Pour ceux qui seront en état de participer aux ventes de Noël, la manne est énorme. Le cabinet Forrester Research prévoit des dépenses en ligne de 10 milliards de dollars pendant la saison des fêtes, alors que son concurrent Jupiter Communications table sur 12 milliards et la société d’analyse Gartner Group parle de ventes mondiales en ligne de près de 20 milliards. Mais la concurrence va être sévère avec les grands distributeurs en ligne qui ont pignon sur rue depuis des décennies et qui se lancent dans la bagarre de la vente sur Internet comme JC Penney ou Wal-Mart, dont le site est pour le moment fermé pour être redessiné. Pour Geri Spieler, analyste de Gartner, les sociétés Internet vont être confrontées à une demande plus sélective et rigoureuse des consommateurs américains qui entament leur troisième vraie saison d’achats en ligne. «Ce sera plus difficile. Si des excuses pouvaient être trouvées l’an dernier, il n’y aura pas de pardon cette année», ajoute Geri Spieler. Henry Blodget, analyste Internet de Merrill Lynch, prévoit que le bain de sang pour le commerce en ligne sera terrible avant que les choses s’améliorent. Les trois quarts des quelque 400 sociétés du secteur de l’Internet qui sont actuellement cotées à la Bourse vont disparaître d’ici à 2005 sans avoir gagné un centime, affirme-t-il. Cet analyste met en garde les investisseurs contre les risques de mettre de l’argent dans des sociétés à risque car, dit-il, «de nombreuses tortues éclosent mais peu arrivent jusqu’à la mer».
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