Berlin laisse ouverte la question s’il votera oui ou non pour une éventuelle guerre contre l’Irak au sein du Conseil de sécurité de l’Onu – dont il devient le 1er janvier membre non permanent pour deux ans – tout en réaffirmant sa non-participation militaire en cas de conflit. « Il est évident qu’on ne décide de son attitude pour voter dans une instance que lorsque l’on connaît les conditions » de ce vote, a déclaré le chancelier allemand, Gerhard Schröder, lors d’un voyage en Chine. Il réagissait ainsi au concert de condamnations ou louanges de la presse et des hommes politiques allemands, provoquées par une interview de son ministre des Affaires étrangères, Joschka Fischer, à l’hebdomadaire Der Spiegel paru hier. À la question de savoir si l’Allemagne allait voter contre une offensive sur Bagdad, M. Fischer avait dit : « Personne ne peut faire de prédictions, car personne ne sait comment et dans quelles conditions le Conseil va étudier la question. » Cette réponse avait été interprétée par nombre d’observateurs comme un changement de la position allemande. « Fischer ouvre la voie à un tournant dans la politique vis-à-vis de l’Irak », titrait hier le quotidien conservateur Die Welt. « Berlin s’écarte d’un non à la guerre », écrivait, de son côté, le journal de gauche Frankfurter Rundschau. Une analyse contestée par le chancelier Gerhard Schröder. On fait « beaucoup de bruit alors qu’il n’y a pas changement de la politique allemande » sur l’Irak, a-t-il dit. Et d’ajouter : M. Fischer « a clairement exposé la position du gouvernement allemand, qui est que nous ne participerons pas à une action militaire ». Le chef de la diplomatie allemande avait en effet rappelé : « Nous avons toujours dit clairement que nous n’enverrons pas de soldats. » Pendant la campagne pour les législatives du 22 septembre, le chancelier social-démocrate et son ministre écologiste avaient clamé haut et fort leur refus de participer à une attaque contre Saddam Hussein. Cette prise de position avait permis un retournement en leur faveur des électeurs plutôt sceptiques à leur égard, mais elle avait provoqué une véritable crise de relations entre Berlin et Washington. Les États-Unis n’avaient pas du tout apprécié que l’Allemagne, avec laquelle ils entretiennent traditionnellement des relations étroites depuis la Seconde Guerre mondiale, soit leur seul allié occidental à émettre un rejet si catégorique. La position du gouvernement social-démocrate et écologiste reste cependant toujours délicate. Car il doit exercer en février la présidence du Conseil de sécurité de l’Onu, où il lui reviendra notamment d’en fixer l’agenda, quelques jours après la présentation (le 27 janvier) du rapport final des experts de l’Onu chargés d’établir si l’Irak détient des armes de destruction massive. Et le 2 février ont lieu des élections régionales en Basse-Saxe (Nord) et Hesse (Centre) déterminantes pour la majorité de Gerhard Schröder : si elle les perd, elle pourra très difficilement faire adopter ses projets de réformes à la Chambre haute du Parlement, Bundesrat, qui serait alors complètement dominé par les conservateurs et les libéraux. D’où certaines pressions de la part de l’aile gauche des Verts pour une position plus pacifiste encore de la part de leur parti. La chef des Verts de l’État régional de Basse-Saxe, Heidi Tischmann, a ainsi lancé après les propos de M. Fischer : « J’attends du ministre des Affaires étrangères qu’il tienne sa parole. »
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