Chars miniatures, fusils d’assaut en plastique : les jouets de guerre sont les plus demandés pour Noël par les enfants palestiniens de Bethléem, influencés par la violence quotidienne et la réoccupation de la ville par l’armée israélienne. Dans la ville de naissance du Christ, où vit encore une importante minorité chrétienne, trois garçonnets sont collés à la vitrine d’un magasin de cadeaux, les yeux rivés sur des armes factices, des chars et des hélicoptères de combat miniatures, « les plus demandés cette année », selon Bachir Handal, le propriétaire du commerce. « Les gens ici sont fauchés, ils n’achètent même plus de sapins de Noël. Ils limitent leurs dépenses aux jouets les moins chers », dit-il, affirmant que ses recettes ont chuté de 90 % par rapport aux périodes de fêtes précédentes. Samir, 11 ans, a demandé à son père une panoplie comprenant des grenades, des menottes, un couteau et un fusil d’assaut en plastique. « Que voulez-vous que je fasse ? Samir est exposé à la violence, que ce soit à la télévision ou dans notre propre rue », dit-il. « En plus, c’est bon marché, bien moins cher que son premier choix », ajoute-t-il, désignant une poupée de père Noël à 70 shekels (14,5 dollars). Samir va « jouer avec son frère, faire semblant de l’arrêter, de le menotter et de le frapper, comme les Israéliens font aux Palestiniens », prévoit son père, d’un ton très naturel. Walid, huit ans, lorgne sur une réplique de fusil américain M-16, dont une inscription sur l’emballage assure qu’il s’agit du « meilleur ami du tireur d’élite ». Mais à 40 shekels (10 USD), il a peu de chance de l’obtenir. Selon M. Handal, les meilleures ventes s’effectuent sur des jouets coûtant entre 10 et 20 shekels (2,5 et 5 USD). « Essaie-moi ! » proclame en jaune fluorescent l’emballage d’un autre M-16 à 15 shekels (3,7 USD), dont les détonations sont garanties « réalistes », même s’il « ne tire pas de projectiles ». « Les enfants demandent ces jouets militaires. C’était déjà le cas pour le Fitr », la fête musulmane qui clôt le ramadan, assure l’épouse de M. Handal. « Ce n’est pas comme si nous fabriquions ces armes, elles viennent de l’extérieur », explique-t-elle en emballant une voiture de police miniature pour Georges, 9 ans. « C’est lui qui l’a choisie, pas moi. C’est normal, avec toute cette violence », se défend la mère du petit garçon, à la caisse du magasin. Pour Youssef Abou Samra, professeur de psychologie à l’Université palestinienne de Bir Zeit, près de Ramallah, cet engouement pour les jouets de guerre est normal, et peut-être pas si négatif. Au vu des « violences auxquelles assistent quotidiennement les enfants », de tels comportements sont compréhensibles, affirme-t-il. « Même leur maison, dans laquelle ils devraient se sentir à l’abri, peut être envahie par des soldats armés jusqu’aux dents, tandis que leur père, censé les protéger, reste impuissant. » « En imitant les soldats israéliens, les enfants peuvent aussi libérer leurs peurs, leur anxiété et leur tension », assure M. Abou Samra. « Si les enfants ne peuvent pas se débarrasser de leurs peurs, ils souffriront de troubles psychologiques », dit-il. Mais dans le contexte d’extrême tension régnant dans les territoires palestiniens réoccupés, la possession d’une arme factice peut se révéler très dangereuse. En décembre 2001, un petit Palestinien avait été abattu dans la bande de Gaza par un soldat israélien, trompé par le fusil AK-47 en plastique qu’il tenait.
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