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NOUVEAUTÉS EN LIBRAIRIE États de femmes, suite et fin(photos)

Après la présentation, hier, de quatre ouvrages consacrés à la femme, voici, en seconde partie, cinq nouveautés parues en librairie sur le même sujet. Christine Angot, « Pourquoi le Brésil ? », Éditions Stock Christine Angot a été l’une des pionnières du grand déballage sexuel qui a ébouriffé la littérature française. Le thermostat du livre-scandale se souvient encore des records de vente de son roman, L’inceste (Stock, 1999). Le choc semble avoir été grand pour l’auteur qui, depuis, n’a eu de cesse de se défaire de son image médiatique de grande sorcière, capable de raconter ses relations désastreuses avec son père, sa passion folle pour une femme et son grand amour, sa fille Léonore. Alors Christine Angot, qui ressemble comme à une sœur jumelle à la narratrice de Pourquoi le Brésil ?, se lance dans une description magnifique de la fatigue, absolue et désespérée, qu’un individu peut ressentir à un moment précis de sa vie. Dans ces pages, des prénoms, des lieux, des références, bref, toute la géographie familière d’une femme presque comme les autres, à savoir un écrivain célèbre, se déploie en kaléidoscope. Une écriture, remarquablement travaillée sous ses aspects communs, qui donne, une fois n’est pas coutume, une respiration nerveuse au monologue qui est donné à lire. Non, décidément, Christine Angot mérite mieux que ce à quoi son histoire personnelle, mentionnée plus haut, l’a condamnée. Sa plaidoirie est largement convaincante, même si l’on a du mal à y croire, quand même. Extrait : « Dès qu’on passait plus de trois heures d’affilée ensemble dans la journée, à l’exception du premier dimanche au Café Beaubourg, qui restera une exception, je le sentais pressé de partir, quitte à revenir après d’ailleurs, mais le plus souvent pour rester chez lui. Sortir pour acheter des journaux, s’arrêter acheter un sandwich, et revenir pour repartir. Oppressé. Sans que j’aie pu m’y attendre. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Pourquoi les choses ne coulaient pas, ne se déroulaient pas ? Ne s’enchaînaient pas ? Il y avait des sas. Si on ne les respectait pas, le contact ne se faisait pas, ça prenait encore plus d’heures. Je n’avais pas assez de temps pour me rendre compte si c’était lui ou pas. » Annick Le Floc’hmoan, « Ces extravagantes sœurs Mitford », Éditions Fayard Six sœurs, six femmes et leurs destins dans l’Angleterre de l’aristocratie victorienne. Après un prix reçu en 1998 pour un reportage sur les femmes afghanes, l’auteur, grand reporter au magazine Elle, réussit, en près de 350 pages serrées, à captiver l’attention de celui qui le lit. Extrêmement documenté - les détails plongent jusque dans les méandres complexes de chacune des personnalités décrites -, Ces extravagantes sœurs Mitford se dévorent comme un vrai roman. Racontée au présent, la vie de ces femmes qui ont existé prend une dimension toute particulière, imbriquées qu’elles sont dans les grands événements du monde, entre 1904 et 2000. Maîtresse d’Hitler, écrivain reconnu ou épouses de prince de sang, toutes ont connu des vies tumultueuses, qui font l’agrément de cette fresque étonnante, et promettent de savoureuses heures de lecture. Extrait : « Comme ses sœurs, Jessica vit dans un monde de superlatifs où les sentiments ne peuvent être en demi-teintes. Pour elle, la haine est positive. En abhorrant les plus forts, pense-t-elle, elle est en train de construire un monde meilleur pour les faibles et les humiliés. Elle hait les châteaux de son enfance et adore sa vie à Oakland. Elle hait le gouvernement américain et adore les communistes. Elle hait la police blanche et adore les travailleurs noirs. » « Karine après la vie », présenté par Didier Van Cauwelaert, Édition Albin Michel Didier Van Cauwelaert, s’il n’avait pas choisi son métier d’écrivain, aurait fait, avec sa franchise et sa crédibilité, un merveilleux avocat. Le voilà qui présente sa rencontre avec Karine, une jeune fille de 21 ans qui trouve la mort dans un accident de voiture et avec qui ses parents, Maryvonne et Yvon Dray, fervents disciples de la TCI (Transcommunication instrumentale), sont en contact direct. Le narrateur, féru d’expériences un peu étranges, fait part, dans sa présentation, de son scepticisme, quelques jours après avoir retrouvé le couple Dray au Mexique, leur pays d’adoption, connu pour son taux élevé de croyance dans les phénomènes paranormaux. Le récit de « maître » Van Cauwelaert, qui précède celui, touchant et digne, des Dray, est absolument inattaquable. Parfaitement mené, il dégrippe les plus forts a priori sur le tabou du contact post-mortem et, si certains résistent, les reproductions d’écriture automatique transcrites par les époux Dray sont là pour rendre l’authenticité de l’expérience la plus totale possible. Un témoignage prenant. Extrait : « (…) Ce qui m’impressionne le plus, c’est l’ambiance de naturel absolu dans laquelle se déroulent ces phénomènes. “Ne quittez pas, mon frère est en transe, répond Manuel à l’un des téléphones qui sonnent sans répit, il vous prend dans deux minutes.” On laisse finir sa page à Enrique, on le “détranse”, on lui passe le combiné, il transmet trois renseignements concernant une servitude, un mur mitoyen et le montant d’une promesse de vente, puis se remet en état second et poursuit la rédaction du message philosophique de bienvenue que lui dicte à notre intention Nassim, un de nos correspondants de l’au-delà. » Jacques Attali, « Nouv’Elles», Éditions Fayard Le dernier roman de Jacques Attali, ancien politicien et récent romancier (La Vie éternelle, 1989), est décevant. Son hommage à l’aura de mystère qui enveloppe la femme est en demi-teinte. Pourtant, le début s’annonce bien et commence selon un scénario devenu classique : des petits faits qui semblent ne rien avoir en commun se rejoignent, de même que les personnages, qui se trouvent être intimement liés par une tragédie jusque-là enterrée. Mais Jacques Attali manipule assez maladroitement ses fils et le plus regrettable, c’est qu’il passe à deux doigts - la curiosité est, malgré tout, suffisamment éveillée pour ignorer certains passages et galoper, dans un brouillard opaque, jusqu’à la dernière page - de la bonne crédibilité. Si les boulons du genre avaient été mieux serrés, les protagonistes, intéressants, auraient fait mouche. Surtout le personnage féminin central, qui a tout pour faire rêver. Extrait : « Et Lucie, furieuse, en train de trépigner au bar d’un hôtel de luxe ! Quelle vengeance allait trouver cette jeune enragée ? Chaque fois qu’il imaginait un prétexte pour partir, il relevait un geste, un regard, et retombait dans la même fascination. Valentine ne ressemblait vraiment pas à S/L, mais cette voix infiniment sensible, quasi inaudible, si émouvante… Il essaya de parler cinéma. Elle sembla tout en ignorer. » Christophe Ono-dit-Bio, « Interdit à toute femme et à toute femelle », Éditions Plon Le beau Christophe Ono-dit-Bio a publié son deuxième roman, Interdit à toute femme et à toute femelle, cette année, après s’être fait apprécier d’un public très féminin pour sa première tentative, Désagrégé(e), en 2000, que le cinéma s’apprête à adapter. Celui-ci est promis au même destin, sans doute. L’intrigue a le mérite d’être aguicheuse : le narrateur cède à la demande de son ex-petite amie et va chercher sur le mont Athos, en Grèce, où vivent des moines depuis le IXe siècle, paradis inaccessible aux femmes, son ex-meilleur ami. Christophe Ono-dit-Bio écrit bien, ce qui veut dire qu’il écrit avec tout le vocabulaire de sa génération de presque trentenaire qui se cherche encore, entre deux paquets de cigarette et, éventuellement, des orgies chics. Mais cela n’empêche que sa plume est joliment affûtée, qu’il passe avec maestria de la description, dans le menu, des soirées parisiennes truffées de conversations mondaines à celle de l’historique de cette île mythique où il finira par se ressourcer. À lire. Extrait : « J’enviais soudain à Octave cette solitude. J’aurais parié qu’il finirait décavé aux amphètes dans les chiottes d’un club parisien, piqué jusqu’à l’os dans un squat quelconque ou embrumé au hash dans un ashram d’Asie, et voilà que je le retrouvais en athlète de l’ascétisme dans une grotte imprenable, auréolé d’une sainteté tout orthodoxe. » Diala GEMAYEL
Après la présentation, hier, de quatre ouvrages consacrés à la femme, voici, en seconde partie, cinq nouveautés parues en librairie sur le même sujet. Christine Angot, « Pourquoi le Brésil ? », Éditions Stock Christine Angot a été l’une des pionnières du grand déballage sexuel qui a ébouriffé la littérature française. Le thermostat du livre-scandale se souvient encore des records de vente de son roman, L’inceste (Stock, 1999). Le choc semble avoir été grand pour l’auteur qui, depuis, n’a eu de cesse de se défaire de son image médiatique de grande sorcière, capable de raconter ses relations désastreuses avec son père, sa passion folle pour une femme et son grand amour, sa fille Léonore. Alors Christine Angot, qui ressemble comme à une sœur jumelle à la narratrice de Pourquoi le Brésil ?, se lance dans...