Un général ivre, des femmes kamikazes droguées, des secours tardifs : des membres des troupes d’élite russes, qui ont participé à l’assaut, ont raconté avoir passé trois nuits cachés à l’intérieur du théâtre où étaient retenus quelque 800 otages. « Nous sommes arrivés au théâtre 15 minutes après l’annonce de la prise d’otages (mercredi soir). Le plan de l’assaut a été discuté en cours de route. Nous sommes entrés dans le théâtre par un club gay situé à proximité et nous avons pris position. La salle (où étaient détenus les otages) était déjà inaccessible », ont raconté au quotidien Gazeta des membres du groupe Alpha qui appartient aux services de sécurité russes (FSB, ex-KGB). Leur nombre pas plus que leur identité ne sont précisés. Voici des extraits de ce récit : « Le commando a commencé à miner la salle de spectacle. Ils étaient très bien organisés. Nous contrôlions tout le bâtiment sauf la salle. Nous les avons vu accompagner des femmes aux toilettes, les insulter et frapper des hommes. » « Dès que les rebelles ont pris le contrôle de la salle, ils sont allés chercher ceux qui pourraient se cacher dans des pièces annexes. » Au début de la prise d’otages, certains membres des forces spéciales ont quitté leur cachette pour protéger les médiateurs entrés à l’intérieur du théâtre afin de négocier avec les membres du commando dans le foyer. « D’abord nous l’avons fait ouvertement, puis les rebelles ont commencé à s’énerver. Nous avons alors surveillé les pourparlers, cachés. » Puis « les négociations ont été brusquement interrompues (vendredi soir). Le commando a demandé à voir Poutine ou son émissaire, il a ensuite menacé de fusiller les otages. Nous avons compris que l’assaut aurait lieu d’une minute à l’autre ». « Un général du ministère de l’Intérieur, ivre, a failli tout gâcher. Il a voulu nous arracher un fusil, criant qu’il irait les achever tout seul. Nous l’avons frappé et il a perdu connaissance. » « Deux heures avant l’assaut, les nôtres ont commencé à apporter des ballons de gaz (incapacitant) dans le théâtre. Les rebelles (en treillis) ont commencé à se changer. Ils voulaient s’en tirer. Ils ne buvaient pas d’alcool. Ils ne se droguaient pas. Mais ils ont injecté une drogue aux femmes kamikazes pour qu’elles ne se rendent pas compte de ce qu’elles allaient faire. » Les femmes du commando, bardées de ceintures d’explosifs, étaient censées les activer en cas d’assaut. « Nous avons insufflé le gaz (...). Les experts qui étaient là nous ont dit que ce n’était pas un gaz de combat. » « Le gaz a commencé à agir. Les troupes d’assaut sont entrées dans la salle. Nous étions aussi nombreux que le commando. Nous avions chacun un brassard blanc pour ne pas nous confondre. » « Pour achever les terroristes, nous avons enlevé nos masques à gaz qui commençaient à nous gêner. Dès qu’on se sentait mal, on se mettait deux doigts dans la gorge (pour vomir) et on continuait. On les a tous achevés, sauf deux. » « Un quart d’heure plus tard, les policiers sont arrivés. L’un d’eux a pris le portefeuille d’une otage et l’a mis dans sa poche. Lorsqu’il a vu qu’elle reprenait conscience, il l’a frappée au visage avec sa botte. Nous l’avons battu. Quelqu’un criait “ Tuez-le ”. » « Nous avons sorti les otages sur nos épaules et les avons mis en tas à l’entrée du théâtre. Nous avons pris des vêtements au vestiaire pour les couvrir. » « Personne ne nous a aidés. Nous ne savions pas quoi faire. Quarante minutes plus tard, de nouveaux policiers sont arrivés ainsi que les secouristes, les ambulances et des pillards. Ils étaient en retard. Tous ceux que nous avions transportés étaient vivants. »
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