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Actualités - Chronologie

Choqués, les Moscovites hésitent entre la colère et la peur

Choqués par la prise d’otages au cœur de leur ville, les Moscovites sont quasi unanimes à demander que l’on fasse tout pour éviter une tragédie, sans pour autant céder sur toute la ligne au commando tchétchène, alors que les autorités cherchent à éviter des manifestations de rue contre la guerre en Tchétchénie. Que ce soit autour du théâtre où le commando tchétchène détient quelque 700 otages, dans les couloirs du métro ou les magasins, la phrase la plus entendue est : « Il faut sauver les otages. » « C’est le plus important, et il faut faire des concessions pour sauver les gens, pour éviter que le sang coule, mais je ne pense pas qu’on puisse accepter tout ce que demandent les terroristes », dit Katya, une jeune femme à la recherche d’un premier emploi après des études supérieures. À proximité de l’ancienne maison de la culture de la Doubrovka, il n’y a plus que des fonctionnaires, des policiers et des journalistes à courir dans tous les sens sous une petite pluie fine. Les passants ordinaires sont tenus à l’écart par la police et les familles des otages sont parties. Derrière les barrières, une cinquantaine de personnes, dont des amis des otages, manifestent, levant vers les caméras des panneaux disant : « Non à l’assaut », « Les gens sont plus importants que la politique », « Nous demandons la fin de la guerre en Tchétchénie. » Des acteurs de Nord Ost, la comédie musicale dont les spectateurs sont devenus otages mercredi soir, sont venus chanter aux manifestants des airs du spectacle. Il n’empêche, l’ambiance de la zone a tout d’un état de siège, avec des centaines de policiers disposés jusque dans les stations de métro du quartier de Doubrovka, qui a donné son nom au centre culturel où se trouve le théâtre. Des dizaines de cars vides attendent une libération hypothétique de groupes d’otages. Après la libération vendredi matin de huit enfants, plusieurs dizaines d’étrangers pourraient aussi retrouver la liberté, mais l’espoir de les voir quitter le théâtre restait vain dans l’après-midi. Des officiels du parquet, de la mairie et des services spéciaux se succèdent dans un centre de presse improvisé pour appeler les Moscovites à s’abstenir de manifester. Un petit rassemblement contre la guerre a eu lieu sur la place Rouge, dont les accès ont été rapidement fermés par la police. « Des manifestations non autorisées sont néfastes dans une situation normale, mais c’est encore pire dans une situation de crise », a affirmé le maire adjoint de Moscou Valery Chantsev. Le vice-ministre de l’Intérieur, Vladimir Vassiliev, a d’ailleurs averti que toute manifestation non autorisée serait dispersée, selon Itar-Tass. Une vice-Premier ministre, Mme Valentina Matvienko, vient dire à son tour devant les caméras qu’elle a rencontré des parents d’otages pour les informer des efforts de la cellule de crise. « Le gouvernement fait l’impossible pour sauver les gens », assure-t-elle. « J’ai demandé aux parents de ne pas donner libre cours à leur émotion, de garder la tête froide. Les pancartes n’aideront pas à résoudre la crise », assène encore Mme Matvienko. Mais les Moscovites commencent à se poser des questions de fond. « Quand et pourquoi la Russie a pris possession de la Tchétchénie? En avions-nous vraiment besoin ? », se demande Anna, secrétaire dans une société occidentale, en avalant son déjeuner dans un fast-food. « On a donné l’indépendance aux Ouzbeks, aux Tadjiks et autres Turkmènes. On aurait dû la donner aux Tchétchènes, il n’y aurait pas eu tous ces problèmes », renchérit avec colère Alexandre, installateur d’appareils électroménagers. Mais cette colère est aussi dirigée contre les Tchétchènes responsables de la prise d’otages. « On devrait tuer cent Tchétchènes pour chaque Russe qui mourra dans la prise d’otages », a suggéré Sacha, un journaliste sportif.
Choqués par la prise d’otages au cœur de leur ville, les Moscovites sont quasi unanimes à demander que l’on fasse tout pour éviter une tragédie, sans pour autant céder sur toute la ligne au commando tchétchène, alors que les autorités cherchent à éviter des manifestations de rue contre la guerre en Tchétchénie. Que ce soit autour du théâtre où le commando tchétchène détient quelque 700 otages, dans les couloirs du métro ou les magasins, la phrase la plus entendue est : « Il faut sauver les otages. » « C’est le plus important, et il faut faire des concessions pour sauver les gens, pour éviter que le sang coule, mais je ne pense pas qu’on puisse accepter tout ce que demandent les terroristes », dit Katya, une jeune femme à la recherche d’un premier emploi après des études supérieures. À proximité de...