En conclusion d’une triomphale tournée d’adieux, Laurent Jalabert, alias « Jaja », termine sa riche carrière dimanche à Zolder (Belgique) par le championnat du monde de cyclisme sur route. Les hommages s’amoncellent pour ce champion mal reconnu dans son propre pays jusqu’à ces deux dernières saisons. Jalabert, l’homme du Sud-Ouest à la vraie simplicité, a dû attendre l’âge de 31 ans et son départ de l’équipe espagnole ONCE à la fin de l’année 2000 pour trouver pleinement l’affection populaire (et médiatique). Il a surtout enflammé la France de juillet par ses échappées à répétition dans le Tour et honoré ce surnom, « Jaja », qu’il a fini par aimer, par analogie avec le « Poupou » (Poulidor) des années 1970 et 1980. Attaquant-né, le coureur de Mazamet (Tarn), passé pro dès l’âge de 20 ans, a été victime pendant plusieurs années d’un malentendu. Rapide au sprint, il a été étiqueté très tôt jusqu’au dramatique accident d’Armentières (Nord), à l’arrivée de la première étape du Tour 1994. Pour beaucoup, Jalabert est aussi le rescapé d’un terrible choc, provoqué par l’insconscience d’un membre des forces de l’ordre voulant prendre une photo du sprint d’arrivée sur la chaussée nordiste. Dans la carrière du Français qui avait accordé fin 1992 toute sa confiance à Manolo Saiz, le jeune directeur sportif de l’équipe ONCE, faute de sollication d’une formation française, il y a un avant et un après Armentières : « Cette chute m’a amené à attaquer beaucoup plus souvent comme je le faisais chez les amateurs ». Le coureur de la décennie L’année suivante, tout réussit à ce Jalabert aux jambes de feu qui enlève Paris-Nice, Milan-Sanremo – sa première classique –, la Flèche Wallonne et attaque le grand Miguel Indurain dans le Tour de France pour gagner le 14 juillet à Mende. Numéro un mondial (il restera à ce rang pendant plus de trois ans), il remporte la Vuelta en fin de saison et commence à imaginer qu’un jour, peut-être, le Tour de France sera à sa portée. « À force de me l’entendre dire », s’excuse-t-il presque aujourd’hui. Dans le Tour, il cumulera surtout désillusions et déceptions avec, pour point culminant, son appel à la grève (« une erreur », analyse-t-il) puis son abandon du détestable Tour 1998, symbole d’un cyclisme déformé par le dopage. Mais, au-delà d’un système perverti en profondeur, reste la qualité d’un champion, coureur complet jamais plus à l’aise que sur des terrains de moyenne montagne, comme dans son Sidobre natal, à l’éventail de qualités assez vaste pour cumuler au total 139 victoires. À l’heure de raccrocher le vélo, de consacrer beaucoup plus de temps à la famille qui lui tient tant à cœur, à ses deux filles et ses deux petits garçons, Jalabert aligne un palmarès qui en fait le coureur français de la décennie, un professionnel qui aime son métier à la façon d’un artisan, travailleur, perfectionniste et aussi talentueux. « C’est l’histoire d’un gamin de onze ans qui, pour imiter les copains, a commencé par faire du vélo dans son quartier », avait commencé par dire Jalabert, très ému, pour annoncer sa décision de quitter le cyclisme. Le gamin est devenu champion, salué et respecté par tous après quelques années d’incompréhension, aimé surtout par le public qui continuera sans doute à l’appeler « Jaja ». Sa récompense.
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