Deux ans après le déclenchement de la deuxième intifada, le nombre de soldats israéliens refusant de servir dans les territoires palestiniens est en hausse, dans une société pourtant de plus en plus militarisée. Neuf mois après la signature par des réservistes d’une pétition dénonçant l’occupation « immorale » des territoires palestiniens, le nombre de ceux qui refusent d’effectuer leur service militaire dans ces territoires a atteint 500 personnes environ. Certains de ces jeunes se sont tournés vers la Cour suprême pour questionner la légalité de l’occupation, tandis qu’un nouveau groupe de plus de 200 lycéens qui doivent accomplir leur service militaire ont annoncé qu’ils refuseraient de servir dans les territoires contrôlés depuis 35 ans par Israël. À la tête de cette initiative figurent sept signataires de la pétition dite « Le courage de refuser », signée en janvier par 52 réservistes, beaucoup d’entre eux des officiers de haut rang, qui ont affirmé qu’ils ne contribueraient pas « à l’oppression et à l’occupation des Palestiniens ». Selon le groupe de pression Yesh Gvoul (Il y a une limite), plus de mille personnes au total – réservistes, conscrits et bacheliers – ont refusé de servir dans les territoires palestiniens. « Par rapport à la population, c’est comme si 10 000 soldats britanniques refusaient de servir en Irlande du Nord ou si 40 000 soldats américains refusaient de combattre en Irak », souligne le porte-parole du mouvement, Peretz Kidron. Bien que le concept du refus de servir dans les Territoires ne soit pas nouveau, la pétition a choqué la société israélienne où le rôle de l’armée a longtemps été considéré comme intouchable. Le service militaire y est obligatoire, d’une durée de trois ans pour les hommes et 21 mois pour les femmes. Les hommes de moins de 49 ans peuvent être rappelés sous les drapeaux jusqu’à un mois par an. La classe politique de même que le commandement de l’armée ont violemment critiqué ce mouvement d’insoumission. L’un des premiers insoumis à avoir été mis en prison au cours de la deuxième intifada a été Noam Kuzar, 21 ans, enrôlé dans une unité combattante en juillet 2000 et qui a fait 28 jours de prison. « À l’époque, personne ne pensait refuser, mais depuis, la question est devenue publique parce que les gens ont compris qu’il y avait une alternative », dit-il. Selon Le courage de refuser, 100 réservistes ont été jugés depuis janvier et condamnés chacun à des peines allant jusqu’à 35 jours de prison. D’après le porte-parole des signataires, Amit Mashiah, la pétition a provoqué une forte réaction, car « le phénomène de refus a gagné le courant du centre, alors qu’auparvant il était confiné à des extrémistes de gauche ». Selon Yesh Gvoul, au cours de la première intifada, qui a éclaté en 1987, quelque 180 personnes ont été incarcérées en six ans. Cette fois-ci, au moins 150 personnes ont été mises en prison en deux ans, pour la plupart ces neuf derniers mois. Mais si le nombre des insoumis a augmenté depuis qu’Israël a réoccupé la Cisjordanie fin mars, le mouvement tend à s’essouffler en raison de l’opposition politique et de l’apathie générale croissante. « J’ai refusé parce que j’ai cru que nous pourrions former un groupe de pression qui forcerait le gouvernement à modifier sa politique erronée, mais rien ne s’est produit », dit Guy, 31 ans, un lieutenant de réserve. En dépit des problèmes, M. Kidron souligne que le mouvement de refus a eu un impact et pourrait donner un coup de fouet au mouvement pour la paix en pleine déroute. En mai, quelque 60 000 personnes ont manifesté pour la paix et la fin de l’occupation à Tel-Aviv, mais avec la poursuite des attentats-suicide et une nouvelle invasion de la Cisjordanie à la mi-juin, le mouvement a été largement réduit au silence.
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