Les dirigeants d’Europe et d’Asie, rassemblés en sommet à Copenhague dans le cadre du partenariat Asie-Europe (ASEM), ont multiplié pendant deux jours les appels au dialogue international, y compris dans la lutte contre le terrorisme, sur fond de plans de guerre des États-Unis contre l’Irak et de nouvelle dégradation de la situation au Proche-Orient. La déclaration finale des chefs d’État et de gouvernement de 15 pays européens et de 10 pays asiatiques (Bruneï, Chine, Indonésie, Japon, Corée du Sud, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam) souligne que la « lutte contre le terrorisme doit être basée sur les principes de la charte de l’Onu et sur les normes de base du droit international ». Les discussions ont toutefois montré la difficulté d’appliquer cette profession de foi en faveur du multilatéralisme lorsqu’ils ont abordé la question de l’Irak et de l’attitude des Américains. Si le président du Conseil italien Silvio Berlusconi et le Premier ministre espagnol Jose Maria Aznar se sont rangés dans le camp américain en souhaitant le vote d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité de l’Onu sur l’Irak, le président français Jacques Chirac, le Premier ministre chinois Zhu Rongji et le Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad ont nettement pris leurs distances. La France ne s’opposera pas à une nouvelle résolution du Conseil mais à la condition qu’elle ne prévoie pas un éventuel recours à la force contre Bagdad, a clairement indiqué le président français, lors d’une conférence de presse à l’issue de ce sommet. Toute action militaire contre l’Irak sans mandat de l’Onu entraînerait de « graves conséquences », a affirmé de son côté le Premier ministre chinois Zhu Rongji. « L’Amérique et la Grande-Bretagne devraient écouter le reste du monde », a estimé pour sa part M. Mahathir. D’une manière générale, les dirigeants asiatiques et européens ont plaidé pour une « approche globale » du terrorisme qui prenne en compte ses causes profondes même si celles-ci ne peuvent servir de « justification ». Le président sud-coréen Kim Dae-Jung a suggéré quelques pistes en appelant les 25 pays de l’ASEM à prendre des mesures pour en finir avec la pauvreté dans le monde. « La plupart des actes terroristes commis dans le monde aujourd’hui sont directement ou indirectement liés à la pauvreté », a déclaré le président sud-coréen dès la cérémonie d’ouverture. Le réchauffement récent entre les deux Corées a également été l’occasion de souhaiter la relance du dialogue entre les États-Unis et la Corée du Nord, accusée par le président George Bush de faire partie d’un « axe du mal », composé de trois pays encourageant le terrorisme et propageant des armes de destruction massive. En matière économique, les dirigeants asiatiques et européens ont souligné que « les besoins des pays en développement doivent rester une composante centrale » dans le nouveau cycle de négociations lancées à Doha dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce. Ces négociations multilatérales doivent primer pour l’instant sur la recherche d’un éventuel accord commercial bilatéral Europe-Asie, réclamé par les Chambres de commerce européennes et par certains pays asiatiques, selon les conclusions de la présidence danoise. Asiatiques et Européens ont tout de même décidé de mettre un comité d’experts chargé en particulier de réfléchir à la création d’un marché obligataire en euros en Asie et à l’usage de l’euro comme monnaie de réserve. La plupart des dirigeants européens et asiatiques, du président français au Premier ministre chinois en passant par le président de la Commission europénne Romano Prodi, se sont félicités de la qualité du dialogue Europe-Asie, lancé il y a seulement six ans. « J’étais sceptique quant aux résultats concrets de ce sommet, comme Hamlet, qui a hanté le château de Kronborg à Elseneur où nous avons dîné et qui disait encore : des mots, des mots et des mots ... », a remarqué à ce propos le Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, finalement ravi des résultats de cette rencontre. Le prochain sommet de l’ASEM aura lieu en 2004 à Hanoi, au Vietnam.
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