La crainte d’une guerre en Irak, combinée à une série de résultats d’entreprises décevants, est venue brusquement raviver la défiance de marchés boursiers déjà très fragiles, les renvoyant en quelques jours à leur plus bas niveau depuis plus de cinq ans. Les unes après les autres, les places boursières ont vu leurs principaux indices retomber à des niveaux inconnus depuis 1997. Depuis le début de l’année, Paris a perdu 41,08 %, tandis que les Bourses de Londres et de Francfort ont respectivement abandonné 29,98 % et 44,68 %. « C’est un krach. Ou en tout cas, on n’en est pas loin », a jugé Jean-Noël Vieille, directeur de la recherche actions chez Aurel Leven. « L’aversion au risque est à son niveau maximal. Et ce phénomène ne fait que grandir », renchérit un de ses confrères français, qui préfère ne pas être cité. « C’est vrai que c’est une forme de capitulation. Tout le monde adhère au scénario » négatif, reconnaît-il. Parmi les facteurs responsables de cette nouvelle spirale baissière, les inquiétudes concernant une intervention américaine en Irak, jugée de plus en plus probable et imminente, et ses répercussions sur le marché du pétrole sont évidemment au premier plan. Selon une étude de la banque UBS Warburg, 39 % des investisseurs considèrent qu’une guerre constitue le danger le plus important, contre 18 % qui désignent le risque de récession économique et 16 % qui redoutent un nouveau scandale financier. « Il y a lieu d’être inquiet sur les marchés à court terme », estiment pour leur part les experts de CIC Securities. En particulier « parce que la sécurité civile et son corollaire, la défense, priment (aux États-Unis) sur tout autre considération, même sur l’économie et Wall Street ». « Dans ce contexte, la politique économique passe au second plan et n’est pas servie par une vision totalement cohérente », poursuivent-ils en référence aux mesures protectionnistes décidées récemment par l’Amérique pour préserver son industrie sidérurgique. En attendant, les marchés sont fatigués du suspense et accueilleraient comme « une bonne nouvelle » le lancement d’une opération en Irak, en dépit des risques d’embrasement de la région qu’elle comporte, ajoute-t-il. Nombre d’opérateurs préfèrent d’ailleurs parier sur un conflit bref et couronné de succès, provoquant le retournement tant attendu des marchés. Pour autant, l’Irak n’explique pas tout, selon Jean-Noël Vieille, qui préfère désigner comme « catalyseur » de la chute des Bourses la récente série d’avertissements sur résultats publiés notamment par des entreprises américaines. « La sensibilité aux résultats est très forte. Cela ne peut pas laisser le marché indolore », souligne-t-il. Nombre de groupes pâtissent aussi d’un pesant niveau d’endettement. « Qu’en est-il de la croissance à venir ? On savait que le premier semestre serait faible. Mais on ne sait pas quand viendra le rebond. On a été déçus par l’absence de signal. On a l’impression qu’il va falloir attendre encore, peut-être fin 2003, pour en bénéficier », fait-il valoir. La mauvaise tenue des places boursières a au moins un bénéficiaire : les marchés obligataires, qui bénéficient du phénomène classique de « repli vers la qualité ».
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