Si Assane Sow, jeune Sénégalais de 27 ans, rêve d’aller en France, il affirme que « ce n’est pas à n’importe quel prix ». Mais il tient quand même fermement à émigrer un jour. Passager d’un bus spécialement affrété pour relier Dakar à Saint-Louis (nord du Sénégal), Assane espérait participer jeudi à une manifestation « contre les autorités consulaires françaises », accusées de refuser l’octroi des visas, sans raison. Initiée par Ababacar Diop, qui fut en 1996 le porte-parole des « sans-papiers » alors réfugiés dans l’église Saint-Bernard à Paris, la manifestation prévue dans la vieille cité sénégalaise sera finalement interdite par les autorités locales. « On va marcher pour le droit à l’égalité et pour la cause des personnes auxquelles on refuse le visa sans raison », expliquait Assane. Lui-même a vu ses demandes de visa, pour les États-Unis en 1994 puis pour la France en 1999, rejetées. Rejetée aussi la demande de Fatou Baldé. Jeune lauréate d’une bourse de formation aux Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) accordée par l’ancien manifestant de Saint-Bernard, Fatou devait passer six mois en France. Mais, selon Diop, le visa a été refusé, d’où l’appel à manifester. Le bus, 70 passagers à bord, quitte le cybercafé Lambidou de Dieuppeul, quartier de la capitale sénégalaise. Destination les Champs-Élysées, un cybercafé de Saint-Louis, à environ 250 km de Dakar. Lambidou et Champs-Élysées ont été créés en 2001 par l’ancien immigré sans-papiers, devenu prospère homme d’affaires après la vente de la marque de son site Internet Vis-à-Vis. Dans le bus, Assane Sow raconte que les premières fois qu’il a voulu se rendre à l’étranger, c’était pour « aller étudier ». Il va de nouveau tenter sa chance, cette fois « pour aller gagner de l’argent », avance-t-il, songeur. « Cela peut changer les choses, de manifester », affirme sa voisine dans le bus, Oumou Guèye, 16 ans, qui s’est vu refuser le visa pour la France en 2000, « sans explication » dit-elle. « Mais je suis prête à y aller, même sans papiers et malgré la galère », assure-t-elle. « Au Sénégal, il n’y a rien. En France, il n’y a pas tout, mais on peut gagner quelque chose en travaillant, même si c’est difficile... c’est ça la vie, il faut galérer pour réussir », poursuit Oumou. « Ce n’est pas normal de refuser le visa aux descendants des tirailleurs ! (soldats des colonies françaises d’Afrique noire) », s’insurge Alioune Badara Guèye, « agent artistique » privé de visa. « Si nous allons à l’extérieur, c’est pour travailler et revenir construire notre pays. Nous ne sommes pas des voleurs », affirme Seyni Ndoye, 28 ans, avec l’approbation d’autres jeunes. Dans la soirée, le bus emprunte enfin le Pont Faidherbe, monumentale structure enjambant à Saint-Louis le fleuve Sénégal. Puis le véhicule arrive aux Champs-Élysées, où une mauvaise nouvelle attend les manifestants : le préfet a interdit la marche et le sit-in auxquels ils prévoyaient de participer...
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Si Assane Sow, jeune Sénégalais de 27 ans, rêve d’aller en France, il affirme que « ce n’est pas à n’importe quel prix ». Mais il tient quand même fermement à émigrer un jour. Passager d’un bus spécialement affrété pour relier Dakar à Saint-Louis (nord du Sénégal), Assane espérait participer jeudi à une manifestation « contre les autorités consulaires françaises », accusées de refuser l’octroi des visas, sans raison. Initiée par Ababacar Diop, qui fut en 1996 le porte-parole des « sans-papiers » alors réfugiés dans l’église Saint-Bernard à Paris, la manifestation prévue dans la vieille cité sénégalaise sera finalement interdite par les autorités locales. « On va marcher pour le droit à l’égalité et pour la cause des personnes auxquelles on refuse le visa sans raison », expliquait...