Complice de l’oeil d’une caméra depuis 1980, Bahij Hojeij a aujourd’hui un parcours riche où viennent se ranger de nombreux documentaires, des magazines culturels et des films éducatifs axés sur la civilisation et le patrimoine. On cite volontiers ce qui a fait le prestige et la réputation d’une signature. Un feuilleton à succès pour la LBC d’après un roman de Maroun Abboud, Al-Oumbachi; une série d’émissions socio-culturelles sur les Libanais de France en temps de guerre, Beyrouth-Paris-Beyrouth, et des documentaires incontournables tels Le défi à l’oubli, Le dialogue des ruines, Kidnappés, La ligne verte et, très récemment, Beyrouth pour la télévision tunisienne dans une série intitulée Cités d’Orient. Professeur de cinéma à l’institut des beaux-arts de l’Université libanaise, Bahij Hojeij avait pourtant un rêve secret qu’il voulait mener à bon port: réaliser un long métrage. Un projet qui remonte aux années 1990 quand il a lu le roman de son ami Rachid el-Daif, Al-Moustabid (L’obstiné). Rédaction alors immédiate d’un premier scénario et tentative serrée de trouver une production. Tentative vaine, car au Liban le secteur du septième art est, sur le plan financier, absolument sans soutien. L’État brille par son absence et les privés sont plus que réticents, préférant des investissements plus immédiats et autrement juteux. Il range alors ses papiers dans un tiroir et s’attelle à l’écriture d’ autres scénarios dont L’émigré de Brisbane de Georges Schéhadé. Là aussi tentative de production vaine et les projets sont mis, une fois de plus, au rancart. En 2001, Hojeij décide que le scénario inspiré du livre de Daif est celui qu’il voudrait absolument réaliser. Il retravaille son texte et envoie la nouvelle version de Zinnar el-nar (La ceinture de feu) au programme «Aide au cinéma» de l’Agence intergouvernementale de la francophonie qui le sélectionne. Et le processus de production est enclenché. Avec un petit budget, Hojeij tourne en six semaines son film et passe immédiatement au montage. Le public libanais le verra sur les écrans entre décembre et janvier prochains. De quoi parle La ceinture de feu? Et Hojeij d’expliquer:«L’histoire se passe en 1985. C’est-à-dire dix ans après les premiers affrontements sanglants qui ont fait basculer le pays dans l’horreur. J’ai choisi cette période car elle est chaotique, et mon film, justement, parle du chaos de la guerre. C’est une fiction centrée sur un personnage appelé Chafic, qui est campé par Nidaa Wakim. Un personnage pris dans l’engrenage de la guerre. Pour moi, faire un film sur la guerre au Liban ne veut pas dire relater seulement les faits et les événements. C’est surtout entreprendre une lecture moderne sur une tranche de notre vie dont les répercussions n’ont pas fini de résonner en nous... C’est plutôt porter un regard de réflexion inhérent à notre actualité. D’où ma décision de focaliser surtout sur les relations humaines durant la guerre, avec leur cortège de souffrances et de malheurs, sans toutefois exclure la part d’espoir et surtout de volonté tenace de s’en sortir. Ne serait-ce que par l’imaginaire et le fantasme. Ce qui est le cas du personnage central, cet inoffensif professeur pris dans l’œil du cyclone et qui représente sans nul doute la masse silencieuse submergée et broyée par ces évènements terribles et incontrôlables dont les meurtrissures et les traces ont marqué au fer rouge toute une psychologie. Tout en vivant cette tourmente de la guerre, Chafic la fuit par le fantasme et le rêve. Ce n’est guère d’un film historique qu’il s’agit, mais d’un témoignage et d’une réflexion dont les prolongements se lisent aujourd’hui même à travers les comportements de la société libanaise. Les acteurs (Hassan Farhat, Julia Kassar, Liliane Younès, Abdallah Homsi et Bernadette Hodeib) donnent toute l’épaisseur, la densité et la vie à cette atmosphère oppressante que nous avons vécue, mais où, avec le recul, pointe l’humour, et surtout une bienfaisante distanciation… La bande musique est signée Zad Moultaka, déjà familier de ma pellicule et avec qui j’ai déjà collaboré, avec bonheur, plus d’une fois.» À part le plaisir et l’émotion d’assister bientôt à Zinnar al-nar dans nos salles obscures, Bahij Hojeij a-t-il un message? «Oui, c’est par un vrai miracle qu’un cinéaste tourne un film au Liban tant le système de production est défaillant.» E. D.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Complice de l’oeil d’une caméra depuis 1980, Bahij Hojeij a aujourd’hui un parcours riche où viennent se ranger de nombreux documentaires, des magazines culturels et des films éducatifs axés sur la civilisation et le patrimoine. On cite volontiers ce qui a fait le prestige et la réputation d’une signature. Un feuilleton à succès pour la LBC d’après un roman de Maroun Abboud, Al-Oumbachi; une série d’émissions socio-culturelles sur les Libanais de France en temps de guerre, Beyrouth-Paris-Beyrouth, et des documentaires incontournables tels Le défi à l’oubli, Le dialogue des ruines, Kidnappés, La ligne verte et, très récemment, Beyrouth pour la télévision tunisienne dans une série intitulée Cités d’Orient. Professeur de cinéma à l’institut des beaux-arts de l’Université libanaise, Bahij Hojeij...