De Rome à Berlin, en passant par Genève, la presse européenne se montre très critique jeudi à l’égard des « maigres résultats », voire de l’» échec » pour certains journaux, du sommet de la Terre de Johannesburg. Lors de la précédente réunion du genre, sous l’égide de l’Onu, en 1992, « à Rio de Janeiro, le monde a découvert (...) une méga-conférence qui voulait ni plus ni moins sauver la Terre, écrit le quotidien allemand Sueddeutsche Zeitung. Dix ans après, l’esprit d’alors s’est envolé. La méga-conférence de Johannesburg n’a pas réussi à le ranimer. » El Pais souligne également que « dix ans après Rio, le sommet de Johannesburg laisse un mauvais goût dans la bouche en raison de son manque d’ambition ». Le quotidien espagnol estime que « la coïncidence entre le sommet et le premier anniversaire du 11 septembre aurait dû conduire à un résultat plus fructueux ». Pour le journal suisse Le Temps, Johannesburg « c’est la fin d’un rêve » dix ans après le sommet au Brésil, même si, tempère-t-il, « à Rio, personne n’aurait parié que la prise de conscience serait assez profonde pour durer ». « La déception est le principal bilan de Johannesburg, le sommet ne s’est traduit par aucune décision concrète de la part des pays riches, qui ont placé le développement durable entre les mains des entreprises », renchérit à Lisbonne le quotidien économique Diario Economico. « Ils ont donné des miettes aux pauvres », titre son compatriote Jornal de Noticias (indépendant). Et le Times (centre-droit) de Londres de carrément proclamer que « le sommet de la Terre s’est achevé dans la farce et la honte ». Constat similaire pour Rzeczpospolita, un des deux principaux journaux polonais, d’obédience libérale, pour lequel « on savait depuis le début que la conférence ne servirait à rien d’autre qu’à de la propagande. Ce genre de conférence sert à une mystification globale opposant l’opulence des riches à la misère des pauvres ». « Loin de l’objectif », titre, de son côté, à Belgrade l’influent quotidien Politika, le seul à réserver, contrairement à nombre de ses confrères européens, une modeste place au sommet en première page. Cependant qu’en Grèce, Kathimérini (centre-droit) souligne « l’occasion perdue et le grand marchandage de Johannesburg » et que le quotidien français Le Monde explique qu’« il est temps de considérer qu’il y a une erreur de méthode. Le concept de “développement durable”, d’abord, est un fourre-tout trop lâche pour ne pas déboucher sur des engagements sans suite ». À cet égard, Le Soir de Bruxelles s’en prend aux États-Unis, « venus avec en tête davantage d’Irak que de matière verte », mais aussi aux Européens, « incapables d’assumer un leadership sur un sujet qu’ils ont pourtant fait leur, farouchement ». Mais si les résultats « sont moins impressionnants que ce qu’on aurait pu espérer, ils sont plus substantiels que ce que nous craignions », note, en Grande-Bretagne, l’Independent (centre-gauche). Le quotidien des affaires Financial Times juge aussi que le sommet « semble avoir suscité un sens plus aigu de l’urgence qu’il y a à traiter de la pollution de la planète et du sort de la population la plus pauvre ». Quant à Gazeta Wyborcza, le plus important quotidien polonais, de centre-gauche, il considère que « ce sommet peut être considéré comme marquant le début d’une coopération entre gouvernements, ONG (organisations non gouvernementales) et sociétés privées ». Ce qui n’empêche pas le suisse 24 Heures de s’interroger sur l’utilité de ces réunions internationales : « La grande question qui doit maintenant immanquablement se poser est de savoir s’il est vraiment utile de s’entêter à organiser, à intervalles réguliers, de tels méga-sommets. » Le grand tirage de la presse italienne, le Corriere della Sera, va encore plus loin en se demandant si Johannesburg ne marque pas « la fin de l’ère des mégasommets ».
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