Censé couronner les engagements pris il y a dix ans à Rio, le sommet de Johannesburg ne s’est traduit sur le plan économique par aucune décision concrète de la part des pays riches, qui se sont tournés vers les entreprises, appelées à contribuer activement au développement durable. Les pays en développement, qui demandaient des engagements importants des pays riches sur l’aide publique au développement (APD), la réduction de la dette et la fin des subventions agricoles ont trouvé porte close à Johannesburg. Les représentants des pays industriels ont expliqué que les discussions sur ces thèmes avaient été bouclées au sommet de l’Onu sur le développement de Monterrey en mars dernier (pour l’APD), et à la réunion de l’OMC de Doha (pour les subventions agricoles) en novembre 2001. À Johannesburg, l’Onu et les pays industriels ont en revanche mis en avant un autre principe né à Rio : la contribution de la société civile, et particulièrement les entreprises, pour trouver de nouvelles sources de financement. « Aujourd’hui, les réponses durables et efficaces ne pourront être données que si les entreprises se joignent aux autres acteurs (gouvernements, société civile, syndicats) dans le cadre de partenariats », a expliqué le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan. Ces partenariats, également appelés « initiatives de type 2 », auront été l’un des thèmes centraux du sommet, largement prônés par l’Onu et les pays industrialisés. D’où la suspicion des organisations non gouvernementales (ONG) qui, sans rejeter un principe auquel certaines adhérent depuis des années, ont soulevé deux risques : que ces partenariats servent de prétexte aux États pour ne pas agir, et qu’ils soient utilisés comme « déguisement écologique » de circonstance par les entreprises. Plus de 200 projets de partenariat public-privé ont été présentés à Johannesburg, la plupart destinés à attirer l’investissement privé dans des pays du tiers-monde, jusqu’ici écartés du commerce international, et y enclencher le développement. Or seuls quelques-uns, en particulier les gros projets intergouvernementaux, mettent en jeu des engagements financiers à la fois nouveaux, avérés et importants. Courtisées par les gouvernements, les quelque 200 entreprises qui avaient fait le voyage de Johannesburg n’échappent pas à la règle. « Pour l’instant, les entreprises en sont au stade des déclarations d’intention. Cela ne veut pas dire qu’elles n’ont pas l’intention de participer sincèrement au développement durable, mais il leur reste à prouver leur volonté sur le terrain », a expliqué François Jung-Rozenfarb de l’ONG Care International. De leur côté, les entreprises affirment leur volonté de « prendre part aux défis proposés par l’Onu par le développement du commerce et du marché », explique Mark Moody-Stuart, président du BASD, association des 200 entreprises présentes au sommet. « Nous assumons notre statut d’entreprise privée et nos impératifs de résultats. Et nous pensons que notre expertise peut aider à résoudre les problèmes de pauvreté » des pays du Sud, a ajouté Gérard Mestrallet, PDG du groupe français Suez (eau, déchets, assainissement).
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