En parlant du mystère du salut, on peut se demander si l’immortalité répond bien au rôle de la Vierge Marie dans la Rédemption. Ceux qui prônent cette immortalité le font pour élever la dignité de l’Immaculée ; or, ils risquent de la rabaisser. Car ils portent atteinte à la grandeur et à la profondeur de la glorification de la Vierge Marie, en lui enlevant une ressemblance fondamentale avec la glorification du Christ. Nier la mort, c’est nier par le fait même la résurrection : la Vierge Marie ne serait pas ressuscitée ; elle n’aurait pas éprouvé en elle, dans son corps, le triomphe miraculeux de la vie sur la mort au sein de la mort elle-même. Privée de résurrection, elle aurait une position beaucoup moins forte dans l’économie du salut. Elle pourrait revendiquer beaucoup moins aisément une ressemblance avec le pouvoir du Christ ressuscité. Essayons de nous souvenir de l’influence décisive attribuée par l’Écriture, par les pères et par la liturgie à la résurrection du Seigneur, on s’aperçoit immédiatement combien la négation de la résurrection, due à la négation de la mort, diminuerait l’influence de la corédemptrice sur la destinée humaine. Le Christ a accepté et a souffert la passion dans le but de nous rendre possible à la résurrection, l’immortalité et l’incorruptibilité, et de nous les communiquer. Sans une mort préalable, en effet, comment la résurrection pourrait-elle avoir lieu ? Si Marie n’avait pas connu la mort, elle n’aurait pu obtenir ni la résurrection ni aussi contribuer à la communiquer. Il y a lieu d’admettre le fait de la mort de Marie ; et on peut ajouter que cette mort a eu lieu en vue de la résurrection, ou, plus adéquatement encore, en vue d’une assomption qui soit à la fois résurrection et élévation dans le ciel. La Sainte Vierge a éprouvé la mort pour participer au triomphe complet d’une vie qui jaillit dans la mort elle-même pour la dominer. Dès lors, elle apparaît bien plus en situation pour aider à propager ce triomphe dans l’humanité. L’assomption dans cette optique a une valeur de salut plus complète, parce qu’elle implique un passage de la mort à la résurrection. Par son assomption, la Sainte Vierge est l’idéal des fins dernières de l’homme, de la perfection chrétienne. Par l’Immaculée Conception, cette perfection s’était formée déjà en elle d’une manière idéale, mais à son premier stade de développement. Dans l’assomption, elle atteint la plénitude qui se réalisera dans la communauté des élus à partir de la consommation finale et de la résurrection de la chair. En un certain sens, c’est un idéal inaccessible, car au degré suprême et dans la forme absolument parfaite qu’il vérifie en Marie, il ne peut se réaliser en aucun homme. Aucun ne pourrait rejoindre la plénitude de gloire qui habite la Sainte Vierge montée au ciel, pas plus qu’il ne pourrait rejoindre sa plénitude de grâce. Au pied de la croix, elle représente l’humanité qui, tout en ayant à recevoir du Sauveur toute rédemption, veut s’unir à son sacrifice. Dès lors, elle parvient à l’état glorieux de l’assomption, en qualité de corédemptrice, mais aussi de première rachetée. En la Sainte Vierge, c’est l’humanité rachetée qui atteint le terme glorieux de sa destinée. C’est ainsi que le 1er mai 1950, Gilles Bouhours (1944-1960) est reçu par le pape Pie XII, auquel il confie le secret que Marie l’avait chargé de lui communiquer, à savoir qu’elle était montée avec son corps et son âme au paradis. C’était la confirmation que le Saint-Père avait demandée à la Reine du Ciel avant qu’il ne proclame officiellement, le 1er novembre 1950, le dogme de l’assomption de Marie. Sylvain THOMAS
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