Un homme seul devant un piano droit. C’est l’Américain Andrew Hill, 65 ans, compositeur noir originaire de Chicago, en chemise et pantalon sombres, des lunettes rondes qui l’aident à lire les quelques notes jetées sur un morceau de papier. Celui que la presse américaine a surnommé « le héros du jazz des années 60 » est au Blue Note Café jusqu’au 17 août (*). Quand on lui rappelle ce titre, il répond avec un sourire que c’est un honneur auquel il ne s’attendait pas. De sa rencontre avec le compositeur allemand Paul Hindemith, il commente laconiquement : « On nous a présentés quand j’étais adolescent, et il s’est intéressé à la façon dont je jouais. Il m’a appris à écouter et à suivre la musique que j’avais en tête. » Après de longues années d’enseignement (entre 1970 et 1990), qu’il évoque avec un plaisir évident, Andrew Hill a enregistré avec la jeune garde new-yorkaise et a recomposé une formation autour de lui, le Point of Departure Sextet, avec laquelle il a enregistré son album Dusk (après dix ans de silence). Purement cérébral Mais le pianiste n’est pas un bavard. Son discours, ponctué de brefs sourires, est quasi inaudible. D’ailleurs, au bout de quelques minutes d’entretien, il s’excuse et se lève soudainement pour s’asseoir devant le piano, un instrument flambant neuf acquis par le club en son honneur. Autant le dire tout de suite : les habitués de l’établissement, malgré leur amour très extensible pour le jazz, doivent savoir que ce qu’ils vont entendre est une exception dans l’histoire du Blue Note Café. Le jazz d’Andrew Hill est purement cérébral, déconstruit, « off beat ». Pour en tirer la « substantifique moelle », il est conseillé d’arriver tôt pour le dîner et d’accueillir l’artiste au moment du dernier verre, à siroter l’oreille rivée sur le piano et l’œil arrimé sur les mains d’un homme aux élucubrations musicales impressionnantes. Celles-ci pourraient se rapprocher des magnifiques enregistrements de Thelonious Monk (Monk Alone :The Complete Columbia Solo Studio Recording of Thelonious Monk, 1962-1968, Columbia/Legacy) ou de Charles Mingus (Mingus Plays Piano, Impulse !), tout en les dépassant dans le bonheur de l’improvisation la plus épurée. Visages changeants Dans le jeu immédiat d’Andrew Hill, la ligne mélodique est systématiquement entravée par la « signature » du pianiste : son extraordinaire maîtrise de la rupture de tempo. Chez Monk ou Mingus, celui-ci est plus aisé à repérer et un « sentiment » se laisse plus facilement approcher, alors que chez Hill, il change de visage dès qu’il commence à prendre une forme intelligible. En fait, le pianiste a raison : il est parfaitement inutile de codifier sa musique avec des mots, puisqu’elle se veut la représentation ultime du mouvement incessant, grouillant et heurté de l’esprit. Une série de concerts de haut vol qu’apprécieront les amateurs et les grands curieux sans a priori. Diala GEMAYEL (*) Renseignements et réservations au 01/743857.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Un homme seul devant un piano droit. C’est l’Américain Andrew Hill, 65 ans, compositeur noir originaire de Chicago, en chemise et pantalon sombres, des lunettes rondes qui l’aident à lire les quelques notes jetées sur un morceau de papier. Celui que la presse américaine a surnommé « le héros du jazz des années 60 » est au Blue Note Café jusqu’au 17 août (*). Quand on lui rappelle ce titre, il répond avec un sourire que c’est un honneur auquel il ne s’attendait pas. De sa rencontre avec le compositeur allemand Paul Hindemith, il commente laconiquement : « On nous a présentés quand j’étais adolescent, et il s’est intéressé à la façon dont je jouais. Il m’a appris à écouter et à suivre la musique que j’avais en tête. » Après de longues années d’enseignement (entre 1970 et 1990), qu’il...