Trois semaines après avoir succédé à Jean-Marie Messier à la tête de Vivendi Universal, Jean-René Fourtou a annoncé la couleur : le renflouement de l’actuel numéro deux mondial des médias et de la communication passera par la « cession d’actifs significatifs » et un désendettement massif. Sans attendre les conclusions attendues en septembre de l’audit en cours pour évaluer l’héritage très contesté de M. Messier, M. Fourtou a frappé vite et fort, en décidant mardi de recentrer Canal Plus sur ses seules activités françaises et de mettre sur le marché les filiales étrangères de la chaîne cryptée. Selon des analystes, l’opération pourrait rapporter jusqu’à sept milliards d’euros et permettre de réduire l’endettement colossal du groupe évalué à la fin 2001 à 19 milliards d’euros pour la seule communication, en plus de la dette de 15 milliards d’euros de sa filiale de services collectifs Vivendi Environnement. Dans une déclaration écrite, transmise hier à la presse, M. Fourtou a insisté à nouveau sur la nécessité de délester Vivendi Universal « d’actifs significatifs » sans donner plus de détails. Il a cependant affirmé sa volonté « de ne céder à aucune précipitation, qui serait dommageable au groupe, à ses actionnaires et à ses métiers ». Les nouvelles orientations stratégiques de Vivendi Universal, destinées à fixer le nouveau périmètre du groupe, seront proposées par un comité ad hoc présidé par Henri Lachmann, patron de Schneider Electric. Un autre comité spécialisé présidé par Claude Bébéar, président du conseil de surveillance de l’assureur Axa, tombeur de Jean-Marie Messier, a été chargé de trouver des solutions urgentes à l’inquiétant problème de trésorerie que doit affronter VU pour les six à neuf mois à venir. Pour parer au plus pressé, M. Fourtou a déjà obtenu le 10 juillet une première ligne de crédit d’un milliard d’euros. Elle n’a pas encore été tirée « et ne devrait l’être que très partiellement à la fin du mois d’août », a précisé le nouveau PDG dans sa déclaration. D’une durée de six mois et sans garanties, cette ligne a été consentie par un consortium de sept banques : BNP Paribas, la Société Générale, le Crédit Lyonnais, le Crédit Agricole Indosuez, la Deutsche Bank, Citigroup et le Crédit Suisse. Des financements supplémentaires sont en négociation pour des montants compris entre 2,5 et trois milliards d’euros, dont M. Fourtou espère qu’ils seront bouclés « d’ici à la fin du mois d’août. Ils permettront de répondre à nos besoins à moyen terme et de lever ainsi toute équivoque sur nos capacités financières à faire face aux échéances des crédits consentis », a-t-il dit. Début juillet, l’agence de notation internationale Standard and Poor’s estimait les engagements de Vivendi Univesral à six milliards d’euros à fin 2002. Moody’s craignait pour sa part une défaillance, qui rendrait impossible la couverture par le groupe des obligations convertibles (1,5 milliard d’euros d’Oceane) qu’il a garanties au nom de sa filiale Vivendi Environnement. Vivendi Universal a fait un premier pas vers l’émancipation de Vivendi Environnement, en ramenant sa participation à 40,8 % par cession de titres et augmentation de capital (1,5 milliard d’euros). M. Fourtou a par ailleurs insisté sur sa « ferme volonté d’être exemplaire en matière de gouvernement d’entreprise et de transparence ». Il a évoqué « l’effervescence de rumeurs et d’informations contradictoires, dont le groupe a beaucoup souffert », selon lui, sous son prédécesseur.
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