Le Maroc considère le retrait espagnol de l’îlot Leila/Perejil comme la fin d’une violation de son territoire, et paraît décidé, pour conforter sa position face à Madrid, à jouer désormais la carte américaine. Tout en se félicitant du retrait des forces espagnoles du rocher contesté, près de sa côte méditerranéenne, le Maroc a attribué ce résultat non pas à une entente avec l’Espagne, mais « aux contacts couronnés de succès entrepris par Sa Majesté le roi Mohammed VI avec l’Administration américaine ». En annonçant le départ des soldats espagnols de « l’îlot marocain », sans la moindre allusion à un « statu quo » antérieur, les autorités de Rabat ont clairement laissé entendre qu’elles n’ont rien cédé sur leur revendication de pleine souveraineté sur le rocher. Des déclarations du ministre des Affaires étrangères Mohamed Benaïssa, qui avaient été interprétées comme une ouverture du Maroc pour négocier le statut de l’îlot, au moins temporairement, ont fait l’objet samedi d’une mise au point officielle qui rejette catégoriquement cette possibilité. Les État-Unis et le Maroc, qui sont des alliés traditionnels, avaient récemment entrepris de renforcer leurs liens, dans plusieurs domaines, bien avant l’ouverture de la crise de l’îlot Leila/Perejil. Après une visite du roi Mohammed VI du Maroc à Washington, en avril dernier, le président George W. Bush avait confirmé son intention de négocier avec le royaume, en signe de rare privilège, un accord de libre-échange. Les États-Unis se sont par ailleurs félicités, à plusieurs reprises, de la collaboration apportée par le Maroc dans la lutte antiterroriste, une préoccupation prioritaire de Washington. Les arrestations de plusieurs membres présumés du réseau el-Qaëda au Maroc, au cours des derniers mois, a été le fruit d’enquêtes menées en liaison par les services secrets des deux pays. En mettant l’accent sur ses liens avec Washington, Rabat peut de son côté viser un rééquilibrage très prometteur de ses relations politiques et économiques où l’Europe dispose d’une place dominante. Un contrepoids outre-Atlantique apparaît d’autant plus précieux dans le cadre du règlement des relations très crispées entre le Maroc et l’Espagne. C’est un domaine où l’Europe est très mal placée pour offrir ses bons offices, comme l’ont démontré ses prises de position maladroites lors de la crise de l’îlot Leila. Les premières réactions de l’Union européenne, après l’installation d’un petit contingent marocain sur l’îlot contesté, dénonçant une violation de « l’intégrité territoriale » de l’Espagne, avaient suscité au Maroc une indignation générale qui risque de laisser des traces. Et l’affaire de « l’île aux chèvres » n’est que la dernière empoignade dans une longue série de différends – qui restent à régler – où l’on retrouve notamment le lourd dossier du Sahara occidental, celui de la pêche dans les eaux marocaines et la prospection pétrolière off-shore sur des plateaux continentaux partagés. Les États-Unis ont déjà pris implicitement partie pour le Maroc dans le règlement du conflit qui s’éternise au Sahara occidental, en appuyant un projet qui a les faveurs de Rabat. Dans ce dossier très sensible, qui concerne la « souveraineté territoriale » du Maroc, l’Espagne est accusée par Rabat d’appuyer les thèses indépendantistes du Polisario.
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