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Actualités - Reportage

Outre-mer...Mireille Honeïn, politiquement incorrecte !(photo)

mireille, c’est la cerise sur le gâteau Honeïn. La rebelle. Cerise rouge aigre-douce, fièrement dressée sur la couche fine et immaculée d’une famille politiquement correcte ; celle qui en a toujours fait à sa tête et en suivant les lignes de cœur qui partaient de ses mains brusquement impatientes. Les mains de Mireille Honeïn, dix points de suspension rouges, avec de petites fleurs discrètement dessinées sur certains ongles ; des mains d’artiste, pas forcément de sculpteur, comme épargnées, « musclées surtout », précise-t-elle. Au bout des doigts musclés, un fume-cigarette qui laisse s’échapper la fumée d’une Gitane bleue, bleu comme les plumes dessinées sur son kimono noir, bleu comme la plume bleue piquée dans ses cheveux noirs. Bleu enfin comme le ciel de Kfarchima, « un paradis sur terre déposé sur une colline entourée d’amandiers, de néfliers et de silence. Une sphère de protection et d’accueil dont je tire ma force. » « Sa perte, c’est autre chose », poursuit-elle. Paris sera également autre chose, « après Kfarchima, d’un seul coup, il a fallu vivre en ville et en immeuble… » Paris, ville choisie pour prendre du recul, oublier les études de droit, entreprises pour faire plaisir à son père Édouard, « cet homme puissant, à l’ombre duquel il était difficile de vivre », mais dont elle dit, la gorge prise par l’émotion : « Excusez-moi, ça m’arrive à chaque fois que je parle d’un sujet qui me tient à cœur. » Petite toux, « il m’a aimé et a reflété une image valorisante de moi et ça, personne ne peut me l’enlever. » Paris, ville du recommencement, chapitre deux, un doctorat en sciences de l’information, « ces études n’existaient pas au Liban et je cherchais une raison valable pour quitter le pays » et huit années de collaboration professionnelle avec une organisation internationale, l’Agence de coopération culturelle et technique. Paris, enfin, complice de ses nouveaux combats, plus personnels ceux-là, qu’elle mène au nom de la liberté de la femme, secondée par des mains qui, des années durant, ont désiré, exigé, applaudi, dessiné quand elle n’arrivait pas à trouver les mots, mais qui cherchaient encore leur propre langage. Rencontre avec la sculpture Brusquement, les mains de Mireille Honeïn se sont exprimées un jour. Toutes seules, sans prévenir, elles se sont emparées d’un bout de terre qui traînait là – l’histoire est vraie – dans l’atelier d’une célèbre femme sculpteur parisienne qu’elle était venue visiter. Une petite forme s’est créée et s’est mise à parler d’elle-même, revendiquant en douceur et en petit le droit d’exister. Mireille qui avait pris une année sabbatique, pour se chercher, dans Paris qu’elle n’a plus quitté depuis 1976, Mireille se trouve enfin, en un instant de clarté. « Tout est alors devenu homogène et harmonieux. Toutes mes révoltes ne me trahissaient plus, elles avaient trouvé un nom. C’est comme si toute ma vie avait convergé vers cet instant. » « Étonnant, étonnant », lui dira l’hôte, étonnée. Mireille rejoint son premier cours de sculpture, le lendemain. « C’était magnifique de toucher cette terre et d’avoir l’impression de retrouver sa terre d’origine. Surtout, très important pour une exilée. » Le dos tourné aux élèves, elle improvise, elle sculpte. « Je voulais faire un couple. J’ai fait un homme tellement autosuffisant qu’il n’y avait pas moyen de lui ficher une femme entre les bras ! » Le couple naîtra le matin suivant, il s’appellera Ferveur et deviendra un monument officiel de 2m70, commandé en 1992 par la ville de Saint-Amand-Montrond. « À partir de là, je me suis enfermée, un autre rythme de vie s’imposait à moi. » Mym, c’est ainsi qu’elle signera ses premières œuvres, travaille 18 à 20 heures par jour, emportée par des émotions à exprimer en trois dimensions et qu’elle titrera plus tard Approche, Dévotion, Quiétude ou encore Absence. Son premier Salon d’automne sera remarquable. Non seulement elle fut acceptée lors de sa première tentative, chose rare, mais en plus son Invocation sera volée le soir de l’inauguration ! C’est ainsi que démarre sa carrière publique, qu’elle ponctue de Salons divers, d’expositions et de commandes particulières telle Lecture, la magnifique sculpture confortablement installée à Achrafieh depuis 1998. « Je fais une sculpture pour qu’elle aille vivre sa vie ailleurs. Mais je déteste l’idée de m’en séparer contre de l’argent. » Depuis quelques années, ne voulant pas « tomber dans la facilité » et trouvant qu’elle possédait une « dextérité dans le travail de la terre qui m’a catastrophée », Mireille décide de s’attaquer à de nouvelles matières. Après le béton auquel elle donne un élan et une finesse surprenante, après les bouteilles et le papier mâché, la voilà qui tente d’apprivoiser le plâtre. « Je me suis dit, c’est la matière que tu détestes, c’est celle que tu vas travailler ! » 15 personnages spectaculaires seront les invités de la francophonie en septembre prochain. Affaire à suivre. En les attendant, on se plaît à regarder cette sculpture en bronze, Dépassement, posée sur la table qu’elle occupe en privilégiée. On se plaît aussi, pourquoi pas, à imaginer l’artiste retirant sa plume de ses cheveux pour aller chatouiller l’objet qui sourit enfin. Étonnant, étonnant ? Pas vraiment… Carla Henoud
mireille, c’est la cerise sur le gâteau Honeïn. La rebelle. Cerise rouge aigre-douce, fièrement dressée sur la couche fine et immaculée d’une famille politiquement correcte ; celle qui en a toujours fait à sa tête et en suivant les lignes de cœur qui partaient de ses mains brusquement impatientes. Les mains de Mireille Honeïn, dix points de suspension rouges, avec de petites fleurs discrètement dessinées sur certains ongles ; des mains d’artiste, pas forcément de sculpteur, comme épargnées, « musclées surtout », précise-t-elle. Au bout des doigts musclés, un fume-cigarette qui laisse s’échapper la fumée d’une Gitane bleue, bleu comme les plumes dessinées sur son kimono noir, bleu comme la plume bleue piquée dans ses cheveux noirs. Bleu enfin comme le ciel de Kfarchima, « un paradis sur terre déposé sur...