Une fois dissipées dans la nuit de Durban les dernières notes de l’hymne de la nouvelle Union africaine, les questions demeurent sur ses véritables chances de changement sur un continent déchiré par les conflits et laminé par la misère. Certes, sur le papier des déclarations finales de l’UA, née le 9 juillet de la fin de l’OUA, les intentions sont généreuses : bonne gouvernance, droits de l’homme et droit humanitaire, élections démocratiques et intervention dans les conflits qui détruisent, avant tout, la vie des civils. Mais ces intentions, ajoutées aux projets ambitieux de création d’organes, comme un Parlement, une Cour de justice, une Banque, ressemblent un peu à ces longues listes que l’on dresse à l’approche des fêtes de Noël. Or les Africains ne peuvent vivre de promesses de cadeau. « Nos peuples attendent de nous les changements auxquels nous nous sommes engagés », a déclaré mercredi le chef de l’État sud-africain Thabo Mbeki, premier président en exercice de l’UA en clôture du sommet. « Les attentes dans l’UA sont très élevées à travers le continent. Et répondre à ces attentes est ce pourquoi nous sommes tous élus », a-t-il insisté. Un rappel à l’ordre d’un président démocratiquement élu à nombre de ses pairs issus de coups d’État ou d’élections truquées, comme le continent en a connus depuis les indépendances, jusqu’à ces derniers mois. « L’Union africaine ne changera pas l’Afrique. Ce sont les États membres qui le feront. Ne rendez pas l’UA responsable si l’Afrique ne change pas. C’est une organisation intergouvernementale, elle ne peut pas faire plus que les gouvernements qui la composent », analyse Jakkie Cilliers, directeur de l’Institut des études de sécurité, basé à Pretoria. Mais ceux qui font l’UA, après avoir souvent desservi l’OUA en l’empêchant de prendre des décisions radicales au moment d’élections truquées, de coups de force ou de violations des droits de l’homme, étaient toujours présents à Durban. « Cela, nous en sommes conscients, analyse un responsable de l’organe central sur les conflits de l’OUA qui requiert l’anonymat. Mais nous devons faire avec tous, ceux soucieux de fonctionnement démocratique comme avec les vieux autocrates. Nous posons les bases d’un changement, cela va prendre du temps ». Le temps, une notion toute relative sur le continent, sera certes nécessaire pour mettre en place des projets ambitieux comme une Cour de justice et un Parlement, sans parler d’une Banque africaine. En revanche, la crédibilité de l’UA sur un processus électoral ou un conflit semble devoir être vite éprouvée en raison d’élections à venir et du nombre de guerres. Déjà, à Durban, le cas de Madagascar, privé de sommet, a divisé avant que les tenants d’une ferme résolution l’emportent, en demandant à Marc Ravalomanana d’organiser de nouvelles élections s’il veut être reconnu par l’UA. En revanche, le sommet n’a pas abordé le cas du Zimbabwe, voire de la Zambie, où pourtant les processus électoraux ont été entachés d’irrégularités. « Vous tapez sur le faible parce que vous ne pouvez pas frapper le gros. Et ils ne pourront pas toucher au Zimbabwe de sitôt », dit Jakkie Cilliers. Sans parler du cas du colonel libyen Mouammar Kadhafi, « père » de la nouvelle Union, et pourtant peu suspect d’aspirations démocratiques. « Les textes sont là, ils sont très clairs. Maintenant, le défi est de les appliquer », dit le responsable de l’UA. Reste une autre inquiétude sur l’éventuelle fragilité à venir, dans leurs pays, de ceux qui ont tiré l’UA vers le jour. Ainsi d’Obasanjo qui n’est pas à l’abri d’un coup de force. Si le Nigeria basculait dans son passé, il pourrait emporter avec lui les espoirs de l’UA.
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