De toutes les compagnies aériennes, l’israélienne El Al est en général considérée comme ayant le meilleur dispositif de sécurité, mais l’attaque perpétrée jeudi devant un de ses comptoirs à l’aéroport de Los Angeles illustre un risque difficile à maîtriser. Cible privilégiée d’attentats, palestiniens mais pas seulement, à partir des années 1960, la société nationale s’est depuis entourée de mesures draconiennes, déjouant plusieurs tentatives d’attaques et se construisant une réputation de sûreté maximale. Ainsi depuis plus de 20 ans, aucun de ses appareils n’a été détourné. Et pour cause : les cockpits sont protégés par deux portes closes durant tout le vol, tandis que des agents de sécurité en civil se mêlent discrètement aux passagers. Au départ de Tel-Aviv, les vérifications à l’aéroport Ben Gourion, draconiennes pour tous, le sont encore plus pour les passagers d’El Al. Les voyageurs sont invités à se présenter trois heures avant le décollage, soumis à un interrogatoire serré. Nouveauté depuis cette semaine, tous les bagages sont passés au scanner, et non plus seulement ceux des porteurs de passeports étrangers, comme c’était jusqu’alors le cas. La dernière attaque majeure contre un appareil israélien remonte ainsi à 1975, quand le terroriste Carlos s’en était pris à deux Boeing 707 à l’aéroport parisien d’Orly. Ces actions avaient fait une vingtaine de blessés. Tout avait commencé en 1968, avec le détournement d’un avion d’El Al de Rome vers Alger, puis l’assaut à la mitraillette contre un autre à Athènes. L’année 1972 surtout marquera un tournant dans la politique sécuritaire d’El Al, après l’attaque à l’aéroport de Tel-Aviv, où un commando de l’Armée rouge japonaise tue 26 personnes à la mitrailleuse et à la grenade. Cependant très vite les bureaux et comptoirs d’El Al se sont aussi retrouvés dans le collimateur. Anciens officiers En 1969, des militants palestiniens attaquent ses bureaux à Bruxelles. La même année, d’autres tuent un enfant au siège de la compagnie à Athènes. Téhéran, Rome, Istanbul, Amsterdam seront ensuite visés, alors qu’en 1985, dans les aéroports de Rome et de Vienne, deux attentats contre les bureaux d’El Al attribués au groupe Abou Nidal font 16 et 4 morts. En janvier 2001 encore, un attentat à l’explosif endommage à Zurich un immeuble abritant les bureaux d’El Al. Devant ce risque particulier, El Al table sur des agents de sécurité dont le professionnalisme, le sang-froid et la rapidité doivent être à toute épreuve face à des attaques-éclair et des assaillants qui comptent sur l’effet de surprise. Les hauts responsables de la compagnie sont généralement d’anciens officiers d’unités spéciales de l’armée israélienne, entraînés à la lutte antiterroriste. Selon le quotidien Haaretz, l’agent israélien qui a neutralisé jeudi à Los Angeles un homme ayant ouvert le feu devant un comptoir d’El Al ne faisait pas partie du Shin Bet, le service israélien de sécurité intérieure. Mais la centrale, qui veille aussi à la sécurité des infrastructures israéliennes à l’étranger, fournit une formation aux employés de la compagnie, qui dure sept mois. Elle se charge aussi du renseignement et du recrutement de ces agents, à qui elle répète incessamment que « chaque minute passée sans attentat accroît les risques qu’il s’en produise un dans la minute suivante ».
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