Deux semaines après son lancement, la réoccupation de la plupart des villes de Cisjordanie, motivée par la reprise des attentats-suicide palestiniens, semble partie pour se prolonger, avec pour cible principale les mouvements islamistes. Sans indiquer de durée, le Premier ministre israélien Ariel Sharon a ainsi affirmé hier, lors d’une réunion du cabinet de sécurité, que l’armée entendait rester dans les sept villes pour un bon moment. Pour sa part, un ministre d’extrême droite, Effi Eitam, a été plus précis, affirmant à la radio militaire que l’armée resterait pour une « période stratégique » qui pourrait durer au moins jusqu’à la fin de l’année. « C’est un succès. Nous avons prouvé que le terrorisme cesse à partir du moment où nous contrôlons ces villes », a déclaré un porte-parole israélien, Arieh Meckel. L’opération Voie ferme a été lancée le 19 juin, à la suite de deux attentats-suicide à Jérusalem, qui avaient coûté la vie à 26 personnes. S’occuper sérieusement du Hamas « Cette fois, nous ne partons pas », a ajouté M. Meckel dans une référence à l’opération Rempart. Celle-ci avait débuté le 29 mars, au surlendemain de l’un des attentats-suicide les plus sanglants : 29 Israéliens tués par un kamikaze dans un hôtel de Netanya au soir de la pâque juive. Tant que l’armée était restée en Cisjordanie, aucun attentat ne s’était produit. Mais dès qu’elle avait desserré son étau, ils avaient recommencé. « Nous resterons jusqu’à ce que les terroristes soient éliminés et qu’une nouvelle direction palestinienne s’installe qui ne suivra pas le chemin de la terreur », a poursuivi M. Meckel. Particulièrement visés cette fois-ci, les mouvements islamistes Jihad islamique et surtout le Hamas qui avait revendiqué un attentat-suicide le 18 juin à Jérusalem. « Nous avons estimé qu’il fallait sérieusement s’occuper du Hamas », dit M. Meckel, selon lequel aujourd’hui « la direction du Hamas en Cisjordanie est presque inexistante, ses chefs tués ou emprisonnés ». Dimanche, le chef de sa branche armée, les Brigades Ezzeddine al-Qassam, pour le nord de la Cisjordanie a été éliminé par une unité d’élite israélienne, tandis qu’un chef du Jihad islamique était capturé à Jénine. « Cette opération est le prolongement de Rempart qui avait commencé à s’en prendre à l’appareil de sécurité de l’Autorité palestinienne », estime Ali al-Jarbaoui, politologue à l’Université de Bir Zeit, près de Ramallah. « Elle va se poursuivre au moins quatre ou six mois, en s’attaquant aux autres groupes, Hamas et autres, au cœur même de la société, jusqu’à ce qu’ils aient passé la Cisjordanie au peigne fin et que la sécurité permette de laisser place au politique », dit-il. Mais cet universitaire palestinien est sceptique. « Ils essaient de détruire la capacité de résistance des Palestiniens, et c’est vrai qu’elle est atteinte. Mais s’il n’y a pas de tournant politique, nous la verrons revenir », dit-il. Pour sa part, le Hamas affirme rester serein. « Le Hamas n’est pas affecté par ces pertes », assure Ismaïl Abou Chanab, l’un de ses dirigeants, joint à Gaza. « Les gens qui rejoignent la branche militaire savent qu’ils peuvent perdre la vie, et derrière, il y en a encore beaucoup d’autres. C’est la même chose pour nos commandants, le Hamas peut en fournir, ce n’est pas un problème », affirme cet ingénieur de profession. Pour Martin Kramer, chercheur à l’Université de Tel-Aviv, « le Hamas peut se régénérer facilement. Ses militants n’ont pas besoin de beaucoup de temps pour maîtriser la technique de l’attentat-suicide. Nous n’en aurons jamais fini tant que leurs motivations seront si fortes ». Selon lui, « la seule chose qui peut stopper les kamikazes serait que l’opinion palestinienne s’y oppose ». Peut-être cette réoccupation convaincra-t-elle les Palestiniens « que les attentats leur ont fait perdre beaucoup et que si la sécurité israélienne n’est pas assurée, les Palestiniens perdront le contrôle des territoires », estime-t-il. En attendant, la question de Gaza, territoire qui abrite le commandement du Hamas, reste entière. M. Sharon avait annoncé récemment une « opération massive » à Gaza, mais celle-ci n’a pas eu lieu. Du moins pas encore.
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