Rares étaient ceux qui auraient parié le moindre fifrelin sur une Allemagne finaliste de la Coupe du monde de football après un Euro 2000 calamiteux et une qualification pour le Mondial arrachée in extremis en passant par un barrage contre l’Ukraine. C’est pourtant chose faite. Le triple champion du monde (1954, 1974, 1990) disputera sa septième finale dimanche à Yokohama, au Japon (20h00 heure locale, 14h heure de Beyrouth), contre le quadruple champion du monde, le Brésil. Un groupe plutôt facile au premier tour, quoi qu’en dise le sélectionneur Rudi Voeller, avec l’Arabie saoudite, l’Éire et le Cameroun, puis un Paraguay qui ne figurait pas parmi les favoris en huitième de finale et les surprenants Américains en quart se sont successivement dressés sur la route d’une Mannschaft critiquée pour sa manière de contourner ces écueils. En demi-finale, les Allemands étaient épiés dans le chaudron de Séoul par une équipe sud-coréenne encore plus inattendue à ce stade et portée par l’enthousiasme d’une vague rouge de 65 000 spectateurs. Bricoler Mais le dragon coréen et les « Diables rouges » n’avaient plus le feu de leurs matchs contre le Portugal (1-0), l’Italie (2-1, but en or) et l’Espagne (0-0, 5 t.a.b. à 3), s’inclinant 1-0 mardi soir, la même victoire minimale que les Allemands avaient obtenue face au Paraguay et aux États-Unis. Il y a encore quelques semaines, voire jusqu’à la mi-temps du match face au Cameroun (2-0), le sélectionneur Rudi Voeller aurait été « surpris » d’arriver en finale, a-t-il admis hier. Mais ensuite « un certain espoir est né et nous avons parlé avec l’équipe et de cette chance énorme d’aller en finale ». Un « King Kahn » lors du match contre les Africains, alors que les Allemands étaient réduits à dix après l’exclusion de Carsten Ramelow, et un véritable « esprit d’équipe » sont les clés du succès. La défense, longtemps le maillon faible, s’est montrée flexible et solide, ne concédant qu’un seul but en six rencontres, grâce notamment à un Oliver Kahn impérial, alors que Jens Nowotny et Christian Woerns étaient forfait sur blessure. « Nous avons essayé de bricoler un peu, avons pris des risques et remplacé l’un ou l’autre joueur. Tous ont fait du très bon travail », s’est félicité Voeller. « Autorité et décontraction » « On ne peut avoir du succès lors d’un si long tournoi que si tout concorde, en particulier chez les joueurs qui ne sont pas titularisés. Leur attitude est très importante et a un grand impact sur l’ensemble de l’équipe », a décrit Kahn, le nouveau « Teamgeist ». Voeller a réussi l’alchimie de former une vraie équipe avec treize « survivants » du calamiteux Euro 2000 et neuf nouveaux éléments parmi lesquels des joueurs de la « génération 2006 ». Celle-ci devrait former l’ossature de l’équipe d’Allemagne dans quatre ans devant son propre public avec des joueurs comme Miroslav Klose, 24 ans, Gerald Asamoah, 23 ans, Sebastian Kehl, 22 ans, Christoph Metzelder, 21 ans ou Torsten Frings, 25 ans. Voeller, champion du monde 1990 comme joueur et qui en est à son premier Mondial comme entraîneur, est un bon dosage entre « autorité » et certaine « décontraction », a souligné le défenseur Thomas Linke. La qualification pour la finale a toutefois été chèrement payée par le meneur de jeu Michael Ballack, exclu de la consécration de tout footballeur pour avoir été averti à deux reprises. « Un joueur de la classe de Ballack ne peut être remplacé de manière adéquate, a souligné Voeller. Il est toujours capable de préparer et de marquer des buts. Cela nous manque maintenant brutalement. » Ballack en bonne compagnie au Panthéon des héros malheureux L’Allemand Michael Ballack, sans doute le meilleur joueur de son équipe avec le gardien de but Oliver Kahn, ne participera pas le 30 juin à la finale du Mondial 2002 de football pour laquelle la Mannschaft s’est qualifiée, en bonne partie, grâce à lui. Un tacle dangereux parce que désespéré sur Lee Chun-soo lui a valu à la 71e minute de la demi-finale contre la Corée du Sud, mardi à Séoul, un avertissement. Comme il avait déjà été l’objet d’une sanction identique dans le temps additionnel du huitième de finale contre le Paraguay, le petit rectangle jaune brandi par l’arbitre suisse Urs Meier était synonyme pour le meneur de jeu allemand de billet en tribune pour la finale. Le règlement est incontournable : deux avertissements coûtent automatiquement un match de suspension. Cher quand la rencontre à venir est une finale de Coupe du monde. Son sélectionneur Rudi Voeller a salué en Ballack un héros. Allemands et Coréens en étaient encore à 0-0 et la percée de Lee, à l’approche de la surface allemande, représentait un danger peut-être fatal. Ne pouvant l’en empêcher régulièrement, Ballack a commis sciemment, par tactique, une faute dont il pouvait se douter qu’elle l’éliminerait. Dans l’intérêt supérieur de l’équipe. Son sacrifice prenait tout son sens quatre minutes plus tard lorsqu’il inscrivait le but qui qualifiait les siens pour une finale dont il ne serait pas. Une entrée majestueuse au Panthéon des héros malheureux. Pas de finale En 1998, le Français Laurent Blanc l’y avait précédé. Auteur à la 114e minute du huitième de finale contre le Paraguay du premier but en or de l’histoire de la Coupe du monde, il avait mis son équipe sur l’orbite de ce qui allait être un triomphe. En demi-finale contre la Croatie, les Bleus mènent 2-1 alors qu’il reste un peu plus d’un quart d’heure à jouer. Sur un corner, Laurent Blanc s’est positionné. Dans la surface croate, on s’accroche. Classique. Mais le Français et son garde du corps Slaven Bilic se chamaillent. La main droite de Blanc se pose sur le visage du Croate et le repousse. Bilic simule et s’écroule. Carton rouge pour Blanc, décide l’arbitre espagnol José Manuel Garcia Aranda. À la 74e minute, le Français fait une croix sur la finale. Avant Blanc et Ballack, plusieurs grands joueurs ont été victimes de la même mésaventure. En 1994, Brésil et Italie étaient en finale. Mais, dans les rangs de la Seleçao, pas de Leonardo, suspendu pour la fin du tournoi après une exclusion à la 43e minute du huitième de finale contre les États-Unis. Chez les Italiens, pas d’Alessandro Costacurta, objet d’un second carton jaune à la 62e minute de la demi-finale contre la Bulgarie. Même déconvenue en 1990 pour l’Argentin Claudio Caniggia suite à un avertissement à la 84e minute de la demi-finale contre l’Italie. Ballack ne peut désormais avoir qu’une consolation. Gagner la Coupe par délégation comme Blanc ou Leonardo et non assister impuissant à la défaite des siens comme Costacurta ou Caniggia. Pour l’Asie, le succès coréen rejaillit sur tout le continent La belle aventure de la Corée du Sud qui s’est terminée par une très honorable défaite (1-0) face à l’Allemagne en demi-finale du Mondial 2002 a été saluée dans toute l’Asie comme une démonstration de maturité symbolisant les progrès du football sur l’ensemble du continent. La polémique sur un arbitrage qui aurait favorisé les Coréens n’a été retenue que pour mémoire par la plupart des quotidiens qui n’ont pas estimé qu’elle ternissait la performance de la sélection de Guus Hiddink, première équipe asiatique à avoir atteint le stade des demi-finales en phase finale d’un Mondial depuis la création de l’épreuve en 1930. « Corée du Sud, tu restes la fierté de l’Asie », écrivait hier le quotidien vietnamien Thanh Nien. « Les exploits des joueurs sud-coréens dans ce tournoi vont entrer dans l’histoire et servent désormais de référence à toutes les autres sélections d’Asie pour la prochaine Coupe du monde. » Au Japon, coorganisateur du Mondial avec la Corée, le Yomiuri Shimbun a mis de côté la rivalité entre les deux pays et l’amertume d’une élimination en huitième de finale de la sélection japonaise. « Bravo au tigre d’asie », a-t-il titré. « L’équipe coréenne, qui a jeté toutes ses forces dans la bataille, a été applaudie par ses compatriotes fiers d’elle et même le Japon en a été profondément impressionné. » Les journaux australiens, frustrés que leur sélection n’ait pu se qualifier pour ce Mondial, ont rivalisé de superlatifs pour célébrer la performance des Coréens. « Corée, Corée Corée ! Oïe, Oïe, Oïe ! », a titré en éditorial The Australian dans une adaptation du traditionnel cri des ralliements des supporteurs australiens. Prendre la leçon « Chaque Coréen est désormais un citoyen d’honneur de l’Australie, tellement l’équipe a forcé l’admiration », a-t-il affirmé. Le Sydney Morning Herald s’émeut du « conte de fée » des Coréens et de leur « merveilleuse et impressionnante entrée dans le dernier carré ». « Il est vrai que la Corée a bénéficié de certaines décisions d’arbitrage mais seule, peut-être, l’Espagne a eu des raisons de se plaindre. Les réactions des Italiens étaient en revanche pathétiques », a-t-il estimé. À Taïwan, le China Times s’est montré plus alarmiste en se demandant si cet arbitrage douteux ne risquait pas d’empêcher que l’organisation du Mondial « soit de nouveau confiée à l’Asie ». En Chine, dont l’équipe a été éliminée au premier tour après trois défaites en trois matchs, le quotidien spécialisé Sports Daily a incité à « prendre la leçon de la Corée ». « Nous sommes encore loin des meilleures nations de la planète football. L’essentiel pour nous est de pouvoir déterminer leurs points forts et de les étudier avec un esprit ouvert », a-t-il conseillé. Enfin, l’éditorialiste de The Inquirer aux Philippines a estimé que les Coréens avaient ouvert la voie à une « renaissance du football en Asie ». « L’exploit de la Corée élargit les frontières de l’empire football. Il va sans aucun doute déclencher une renaissance du football en Asie après cette démonstration que, dans la Coupe du monde, le mot monde ne se réduit pas à l’Occident mais recouvre une réalité vraiment planétaire telle qu’elle est, ou telle qu’elle est devenue », a-t-il constaté. Maintenant, c’est Ahn qui ne veut plus de Pérouse Entre Ahn Jung-hwan, le pin-up boy du football sud-coréen, et le club italien de Pérouse, le désamour continue : répudié sans ménagement puis de nouveau courtisé par son employeur, c’est le joueur qui désormais réclame le divorce. « Il ne jouera jamais plus pour Pérouse. Nous ne voulons même pas envisager un transfert dans une équipe qui l’a traité en criminel sous prétexte qu’il avait marqué un but contre l’Italie », a affirmé hier à Séoul l’agence ePlayers qui gère la carrière du joueur. « Ahn Jung-hwan ne veut pas retourner à Pérouse et Pérouse n’a aucun droit sur lui. Je leur ai adressé un message pour les informer de notre position. Le peuple coréen ne veut pas que Ahn retourne à Pérouse », a déclaré dans un communiqué le président de ePlayers Ahn Jong-bok. Selon lui, Pérouse n’a pas respecté les règlements de la Fédération internationale (Fifa) concernant la prolongation d’un contrat et, en outre, le club doit encore au joueur quatre mois d’arriérés de salaire, soit plus de 130 000 dollars. L’agence a indiqué que le bel Ahn – top model d’une marque de cosmétiques lorsqu’il quitte les crampons – voyait plutôt son avenir dans un des clubs ayant déjà fait connaître leur intérêt : Chelsea et West Ham (D1 anglaise), Atletico Madrid (D1 espagnole), SV Hambourg (D1 allemande) et Glasgow Rangers (D1 écossaise). Représailles « Nous signerons avec le club offrant les meilleures conditions », a ajouté ePlayers. Devenu star dans son pays par la grâce d’un but en or éliminant (2-1) l’Italie le 18 juin en huitième de finale du Mondial 2002, Ahn a connu une brusque célébrité hors des frontières lorsque, au soir du match, Luciano Gaucci, le président de Pérouse, club auquel Ahn était prêté depuis deux ans, avait annoncé que, en représailles, il ne lèverait pas l’option d’achat qu’il avait sur le joueur. « Je ne le prolonge pas, il ne le mérite pas. Quand il est arrivé chez nous, c’était une brebis égarée qui n’avait même pas de quoi se payer un sandwich. Il est devenu riche sans fournir de prestations exceptionnelles. Vous croyez que je vais garder un joueur qui a ruiné le football italien ? Son coup de génie, il devait le faire avec nous », avait-il déclaré. L’entraîneur de Pérouse, Serse Cosmi, avait tenté de faire oublier les excès de son président le 20 juin en présentant ses excuses au joueur et, mardi, Busan I.cons, le club coréen auquel appartient Ahn, déclarait avoir reçu un fax de Pérouse l’avisant que l’équipe italienne avait finalement décidé d’exercer son option d’achat avant la date-limite du 30 juin. Pérouse avait confirmé la démarche, Alessandro Gaucci, fils du président et manageur du club, précisant que « les malentendus » avaient été « clarifiés ». Classement des buteurs Voici le classement des buteurs de la Coupe du monde 2002 de football après la seconde demi-finale disputée hier : 6 buts : Ronaldo (Bré) 5 buts : Klose (All) et Rivaldo (Bré) 4 buts : Tomasson (Dan) et Vieri (Ita) 3 buts : Ballack (All), Bouba Diop (Sén), Robbie Keane (Eir), Larsson (Suè), Morientes (Esp), Pauleta (Por), Raul (Esp) et Wilmots (Bel) 2 buts : Ahn Jung-hwan (CdS), Borgetti (Mex), H. Camara (Sén), Cuevas (Par), Donovan (É-U), Fernando Hierro (Esp), R. Gomez (CRC), Hasan Sas (Tur), Inamoto (Jap), McBride (É-U), Owen (G-B), Ronaldinho (Bré) et Umit Davala (Tur) 1 but : Acimovic (Slo), Aghahowa (Ngr), Alexandersson (Suè), Arce (Par), Batistuta (Arg), Beckham (G-B), Beschastnykh (Rus), Beto (Por), Bierhoff (All), Blanco (Mex), Bode (All), Bouzaine (Tun), Breen (Eir), Bulent (Tur), Campbell (G-B), Jo. Campos (Par), Cimirotic (Slo), Crespo (Arg), Del Piero (Ita), Delgado (Equ), Diao (Sén), Duff (Eir), Edmilson (Bré), Emre Belozoglu (Tur), Etoo (Cmr), Fadiga (Sén), Ferdinand (G-B), Forlan (Uru), Fortune (AfS), Heskey (G-B), Holland (Eir), Hwang Sun-hong (CdS), Ilhan (Tur), Jancker (All), Junior (Bré), Karpin (Rus), Kryszalowicz (Pol), Linke (All), Mathis (USA), McCarthy (AfS), E. Mendez (Equ), Mendieta (Esp), Mboma (Cmr), T. Mokoena (AfS), Ri. Morales (Uru), Morishima (Jap), H. Nakata (Jap), Neuville (All), Nomvethe (AfS), O’Brien (É-U), Olic (Cro), Olisadebe (Pol), Park Si-jung (CdS), Parks (CRC), Radebe (AfS), Rapaic (Cro), Recoba (Uru), Roberto Carlos (Bré), Rodriguez (Uru), Rommedahl (Dan), Rui Costa (Por), Santa Cruz (Par), B. Schneider (All), Seol Ki-hyeon (CdS), Sonck (Bel), Suzuki (Jap), A. Svensson (Suè), Sychev (Rus), Titov (Rus), Torrado (Mex), Valeron (Esp), Van der Heyden (Bel), Walem (Bel), Wanchope (CRC), Wright (CRC), Yoo Sang-chul (CdS) et Ma. Zewlakow (Pol) Buts contre son camp : Jorge Costa (Por), Agoos (É-U), Puyol (Esp) Zidane défend Roger Lemerre Zinedine Zidane estime, dans un entretien publié hier, que la faillite de l’équipe de France en Coupe du monde ne peut être considérée comme la seule faute de l’entraîneur Roger Lemerre. « C’est encore difficile de tirer des enseignements aujourd’hui. En revanche, je veux dire qu’il faut arrêter de dire que c’est la faute de l’entraîneur », déclare Zidane dans cet entretien accordé à un site Internet. « Il ne faut pas tout mettre sur le dos de l’entraîneur ou dire que c’est telle ou telle personne qui est responsable. Nous étions sur le terrain, on doit tous prendre nos responsabilités. » Blessé lors du dernier match de préparation des champions du monde face à la Corée du Sud, Zidane n’avait pas pu prendre part aux deux premières rencontres du Mondial contre le Sénégal et l’Uruguay. Son retour pour l’ultime match du premier tour face au Danemark n’avait pas suffi pour éviter une défaite (2-0) et l’élimination de la France. « On a raté notre Coupe du monde. Ça, c’est sûr, parce que la France sortie au premier tour, quoi qu’on dise et quoi qu’il arrive, ce n’est pas normal,» poursuit le joueur du Real Madrid. « Mais il faut arrêter de dire que nous sommes partis en Corée du Sud en vacances. » Le meneur de jeu des Bleus, qui a eu 30 ans le 23 juin, ne donne pas d’explications à la déroute française lors de ce Mondial, le plus mauvais résultat jamais enregistré par un tenant du titre depuis la création de l’épreuve en 1930. « Je pense qu’il y a eu beaucoup de fatigue. C’est vrai que nous avons joué une saison longue au sein de nos clubs respectifs. Cela dit, ce facteur n’excuse pas notre mauvais parcours. » « Cette Coupe du monde nous reste un peu en travers de la gorge. Il faut savoir de temps en temps accepter les choses, même si ça restera de toute façon un grand vide. » Dans l’entretien, réalisé avant la qualification du Brésil en demi-finale face à la Turquie, Zidane ajoute qu’il espère que Ronaldo pourra disputer la finale. « J’aimerais bien que Ronaldo aille en finale, car c’est une personne que j’apprécie beaucoup. Il a eu beaucoup de petits soucis. »
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