Le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, tentait hier de convaincre les dirigeants israéliens de donner une nouvelle chance à la diplomatie et au dialogue, mais ses efforts risquent de s’avérer insuffisants pour enrayer la logique militaire. Pour sa première visite en Israël, le nouveau chef de la diplomatie française s’est entretenu hier après-midi avec le Premier ministre Ariel Sharon. Ni l’un ni l’autre n’ont fait de déclaration à la presse. Le chef de la diplomatie française a souligné l’importance d’une « perspective politique » et le Premier ministre israélien sa « détermination à assurer la sécurité d’Israël », lors de leur entretien, a-t-on indiqué de source diplomatique française. Durant cet entretien d’une heure et demie, qualifié de « franc et plein de conviction de part et d’autre », M. Sharon a fait part de sa « détermination à assurer la sécurité d’Israël et à lutter contre le terrorisme ». M. de Villepin, évoquant les attaques palestiniennes contre les civils israéliens et « le tribut cruel versé par Israël au terrorisme», a exprimé « la compassion de la France à toutes les victimes de cette barbarie ». « Il n’y a pas de bons et de mauvais terrorisme. La France, qui en a elle-même durement souffert dans son passé, le condamne et le combat », a-t-il dit. Tout en rappelant que la France contribuait à la lutte antiterroriste depuis les attentats du 11 septembre, il a souligné que le problème était « d’ouvrir une perspective politique », seule susceptible de parvenir à la paix. M. Sharon a répété ses « préalables » sécuritaires avant toute négociation, selon cette même source. Auparavant, il avait rencontré le ministre israélien de la Défense, Binyamin Ben Eliezer. « L’entretien s’est déroulé dans un esprit ouvert », a-t-on indiqué dans l’entourage du ministre français, ajoutant que M. de Villepin avait exprimé son inquiétude devant le « blocage » de la situation. Le dirigeant du Parti travailliste a exposé ses idées, en particulier d’un point de vue militaire et stratégique, selon la même source. M. de Villepin devait rencontrer dans la soirée son homologue israélien Shimon Peres. Avant de quitter Le Caire dans la matinée pour Jérusalem, le ministre français – dont c’est également la première tournée au proche-Orient – s’était montré résolu à rencontrer mardi le président palestinien Yasser Arafat, malgré la nouvelle incursion de l’armée israélienne à Ramallah. « La situation est dramatique et peut se dégrader encore bien davantage, c’est l’inquiétude de la France, de l’Europe et de la communauté internationale », a commenté M. de Villepin. « Tout ceci est une incitation supplémentaire pour mettre au cœur de notre action la solution politique. La diplomatie doit retrouver ses droits. (...) Seule la volonté politique peut à nouveau permettre de renouer le dialogue et sortir de la spirale de la violence qui à nouveau frappe la région », a déclaré M. de Villepin en route pour Jérusalem. La mobilisation de la diplomatie française intervient dans un contexte explosif, à l’heure où M. Sharon semble engagé dans une politique de « fait accompli », la seule réponse du côté palestinien étant celle de la violence des mouvements extrémistes, relèvent les analystes. Pour Paris, il s’agit de redire au Premier ministre israélien que l’expérience de près de deux années d’intifada a démontré que son pays n’obtiendra pas la sécurité sans une réelle perspective politique. M. Sharon a cependant reçu à plusieurs reprises un soutien à sa politique de l’Administration américaine du président George W. Bush et devrait de ce fait vraisemblablement donner une fin de non-recevoir à la déclaration adoptée samedi à Séville (Espagne) par les Quinze. Cette déclaration prône la tenue rapide d’une conférence internationale qui, bien qu’étant initialement une idée de M. Sharon, viserait à permettre « un règlement uniquement par la négociation (...) pour mettre fin à l’occupation, et créer rapidement un État de Palestine (...) sur la base des frontières de 1967, au besoin avec des ajustements mineurs convenus par les parties ».
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