Le prince Talal ben Abdel-Aziz, demi-frère du roi Fahd d’Arabie saoudite, affirme douter du succès de l’initiative de paix saoudienne au Proche-Orient et prône l’action non violente pour défendre la cause palestinienne. « Je ne vois pas de mécanisme qui ferait avancer l’initiative saoudienne. Et de mon point de vue, la seule solution est de soutenir l’intifada », le soulèvement palestinien, affirme-t-il dans un entretien avec l’AFP au Caire. « Cela devrait être une intifada pacifique, avec des sit-in, des grèves, pour sensibiliser l’opinion publique mondiale », ajoute le prince Talal, qui s’exprime en arabe, dans un luxueux hôtel qui borde le Nil. En février, le prince héritier saoudien Abdallah avait lancé une initiative de paix, qui a été adoptée par le sommet arabe de Beyrouth le 28 mars, et par laquelle les pays arabes engageraient des relations normales avec Israël en échange du retrait de l’État hébreu de tous les territoires occupés en 1967. Pour le prince Talal, les circonstances ne sont pas favorables au plan saoudien, en dépit du soutien manifesté par les pays occidentaux et des efforts menés par les États-Unis pour relancer le processus de paix. « Je ne pense pas qu’il y ait actuellement de véritable processus de paix en cours », affirme cet ancien ministre des Finances dont les opinions, en particulier sur la démocratie, sont souvent en désaccord avec celles des autres membres de la famille royale. « Ouvrir les frontières » « Ce que les Israéliens ont en tête, qu’il s’agisse du Likoud ou du Parti travailliste, est tout à fait différent de ce qu’on les entend dire », ajoute le prince, qui est âgé d’environ 70 ans, et qui était en visite au Caire le week-end dernier. Pessimiste quant aux possibilités de la diplomatie américaine et aux perspectives de changement au sein des régimes arabes, le prince saoudien voit plutôt l’avenir dans les mouvements de masse et l’expression démocratique. Une telle approche mettrait fin au cercle vicieux où les Occidentaux rendent les Arabes responsables de la violence, alors que, selon lui, ils la subissent. « Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que les Occidentaux disent que nous sommes des terroristes, et que Sharon (le Premier ministre israélien Ariel Sharon) est un homme de paix », dit-il. Pour lui, les pays arabes comme l’Égypte, l’Arabie saoudite, la Syrie, de même que l’Iran, devraient réunir toutes les factions palestiniennes pour leur demander d’abandonner la lutte armée et aider les manifestants, y compris ceux qui lancent des pierres contre les forces israéliennes. Il faut également à son sens soutenir l’organisation d’élections démocratiques palestiniennes. « En réunissant les factions (palestiniennes) et en se dotant d’une direction démocratiquement élue, on aurait plus de poids dans l’opinion mondiale », ajoute-t-il. De même, les pays arabes devraient ouvrir leurs frontières avec les territoires palestiniens (frontières qui sont contrôlées par Israël), pour permettre les rassemblements pacifiques en soutien aux manifestations palestiniennes. « Si les Israéliens veulent bombarder, laissons-les bombarder Le Caire ou Ryad. Mais comme nous aurions alors abandonné les armes et opté pour des méthodes pacifiques, ils n’auraient aucune raison de le faire. Cela porterait atteinte à leur image », ajoute-t-il.
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