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Actualités - Reportage

Métiers insolites ...Nadine, « comme un garçon ! »(photo)

« Comme un garçon je porte un blouson, comme un garçon j’ai les cheveux longs, pourtant, je ne suis qu’une fille… », pourrait fièrement chantonner Nadine sur sa mobylette de service, en livrant tous les soirs leur repas aux habitués de ce snack de la ville. Comme un garçon, Nadine est livreur, livreuse plutôt, mais le mot ne figure pas encore officiellement dans le langage et les habitudes de nos compatriotes. Tous les soirs, de 17 heures à 23 heures, elle enfourche sa mobylette bleue, avec l’uniforme de service qui cache bien son identité, mais pas son sourire, casque sur la tête, tennis bleus aux pieds, jeans et T-shirt rouge, banane autour de la hanche et s’en va vaillamment braver l’obscurité de la nuit et arpenter les quartiers de la ville afin de « délivrer » aux clients leur commande du moment, pizza, salades ou autre hamburgers d’usage. À 24 ans, Nadine fait un métier dangereux depuis deux mois à peine, un métier d’homme car il requiert endurance, force physique et un certain courage ; sans doute la première de ces jeunes demoiselles à avoir franchi le pas, elle avoue l’avoir fait par amour de la moto. « J’ai acheté ma dernière moto avec mes économies, une 100cc, précise-t-elle fièrement pour ceux qui savent en reconnaître la valeur, et j’ai pensé, “ pourquoi ne pas allier l’utile à l’agréable et l’utiliser pour en faire un métier ? ” » Nadine présente alors sa candidature à de nombreux snacks-restaurants qui offrent un service à domicile. « Ils ont tous refusé ». Elle entendra, au choix, vous n’avez pas le profil, on vous rappellera. « Certains ont même rajouté aux conditions de recrutement, “ après le service militaire ” ». Le message était clair. Seule parmi dix hommes Tous refuseront sauf son actuel employeur, courageux défenseur des droits de la femme à l’émancipation, qui l’engage trois jours après l’entrevue et la formation d’usage. Nadine évolue dans ses lieux de travail entourée de dix jeunes hommes « qui ont un peu ri au début mais qui, aujourd’hui, me traitent en égale ». « Nous avons voulu tenter l’expérience, souligne le chef du personnel. L’expérience est toujours en cours mais elle s’avère déjà positive. Nadine est remarquée, appréciée et encouragée par tous les clients qui la rencontrent. Certains même s’inquiètent pour elle et l’assènent de recommandations avant qu’elle ne reparte. Mais nous tenons à la considérer et à la traiter comme un garçon ». En effet, pas de traitement de faveur et aucun privilège pour la jeune dame, mais l’appréciation inconditionnelle de ses collègues et surtout des clients, surpris à chaque fois de découvrir sous le casque son identité enfin dévoilée. « Ma mère n’approuve pas, elle s’inquiète pour moi, c’est normal, le cœur d’une mère est vulnérable. Elle craint à chaque moment les accidents. Pareil pour les amis et la famille. » Pourtant, Nadine tente de rallier à sa cause ses copines plus réticentes ; en vain. Les petits incidents de parcours, dérapages sur flaque d’eau suivis d’une mini-crise de larmes incontrôlée, motocyclistes chauvins qui la provoquent, perte de chemin, elle continue sans relâche. « C’est un métier amusant, confie-t-elle, mais je ne pensais pas qu’il serait aussi fatigant. Certains soirs, nous travaillons neuf heures de suite, avec huit commandes à délivrer. J’en fais un peu moins que les autres, je conduis lentement, j’ai trop peur des accidents ! Je ne sais pas si je continuerais en hiver…» La nuit ne lui fait pas peur, « au contraire, je l’aime car il n’y a pas d’embouteillages ! » Elle la brave, grisée par ce sentiment de liberté que lui offre sa monture. Oubliée la fatigue, elle repart le lendemain, et, avant de redevenir « comme un garçon » pour la soirée, elle rejoint le bureau d’un avocat dont elle est la secrétaire, de 9h à 15 h, « à moto bien sûr ! » Les samedis soirs, tout de même, le travail achevé, il est presque minuit, elle se dépêche de se changer et de démarrer sa soirée avec les copains ; enfin Cendrillon pour un court moment, elle peut se vanter de pouvoir « me mettre en jupe ! » et se faire conduire, en voiture cette fois-ci… Carla Henoud
« Comme un garçon je porte un blouson, comme un garçon j’ai les cheveux longs, pourtant, je ne suis qu’une fille… », pourrait fièrement chantonner Nadine sur sa mobylette de service, en livrant tous les soirs leur repas aux habitués de ce snack de la ville. Comme un garçon, Nadine est livreur, livreuse plutôt, mais le mot ne figure pas encore officiellement dans le langage et les habitudes de nos compatriotes. Tous les soirs, de 17 heures à 23 heures, elle enfourche sa mobylette bleue, avec l’uniforme de service qui cache bien son identité, mais pas son sourire, casque sur la tête, tennis bleus aux pieds, jeans et T-shirt rouge, banane autour de la hanche et s’en va vaillamment braver l’obscurité de la nuit et arpenter les quartiers de la ville afin de « délivrer » aux clients leur commande du moment, pizza,...