Une explosion sourde retentit et tout le secteur est envahi par une épaisse fumée. Une quinzaine de personnes ont été projetées au sol. Certaines hurlent de douleur en se convulsant, d’autres, dont on devine les blessures, gisent, inertes, dans une mare de sang. Deux ambulances du Magen David Adom, l’équivalent israélien de la Croix-Rouge, suivent de peu les voitures de police qui s’immobilisent dans un crissement de pneus aux abords du carnage. En moins d’une minute, les démineurs ont revêtu leurs vêtements de protection, tandis que les médecins restent à distance. Une seconde explosion, dont l’écho est répercuté par les collines alentour, vient justifier ces consignes de prudence : ne jamais intervenir sur les lieux d’un attentat avant que la police ait pu vérifier qu’il n’y a pas une deuxième bombe. Les démineurs qui neutralisent un sac d’explosifs posé au milieu des corps sont des policiers professionnels. Mais ce sont des étudiants en dernière année de médecine qui jouent les rôles des morts, des blessés et des médecins dans cette reconstitution grandeur nature d’un attentat-suicide meurtrier, jeudi sur le parking d’un stade de Jérusalem. « Cet exercice a pour but de mettre les étudiants dans les conditions qu’ils rencontreront peut-être dans quelques semaines, lorsque, devenus médecins, ils seront répartis dans tous les hôpitaux d’Israël », explique le professeur Avi Rifkind, chirurgien à l’hôpital Hadassah-Ein Kerem de Jérusalem, en dirigeant les opérations de secours avec son mégaphone. La dernière charge a été désamorcée. Les équipes médicales se précipitent sur les victimes éparpillées sur plusieurs dizaines de mètres, établissent le diagnostic. La scène est criante de vérité. Les blessés sont maquillés en conséquence, les sirènes des ambulances hurlent et des bombes fumigènes ajoutent à la confusion. Parmi les « victimes », deux bébés – en l’occurrence des poupées – et une femme enceinte, tous couverts de sang. Deux jambes de mannequin sont posées à quelques mètres du site de l’explosion. Pour ajouter encore au réalisme, des étudiants, dans le rôle de parents ou d’amis des victimes en pleine crise de nerfs, se tiennent près des médecins, gênant en fait leur travail par leurs pleurs et leurs supplications. De précédentes reconstitutions incluaient même des « journalistes » filmant la scène. Une fois le diagnostic établi, certains blessés sont intubés, d’autres subissent une trachéotomie, pour stabiliser leur état. Pour deux personnes, en plus du kamikaze, il est trop tard : elles sont mortes sur le coup. On dénombre 13 blessés, dont un très grièvement atteint. « Les blessures que l’on peut rencontrer dans des attentats à la bombe sont multiples : brûlures, blessures ouvertes causées par des éclats, fractures, traumatismes crâniens... » énumère Arik Alper, un des 90 étudiants participant à cet exercice, dernière étape d’un stage de quinze jours dirigé par le professeur Rifkind. Une demi-heure après l’explosion, tous les « blessés » ont été transportés à l’hôpital. « La première chose à faire est de contrôler le pouls, le souffle, puis la tension artérielle, pour vérifier s’il n’y a pas d’hémorragie. S’ils sont conscients, on cherche à dépister des lésions neurologiques en les faisant réagir », explique Rita, une des étudiantes, au chevet d’une « blessée » dans une salle des urgences de l’hôpital Hadassah-Ein Kerem. « Ce genre d’exercice me donne plus de confiance en moi pour l’avenir », dit-elle. Et lorsqu’on demande au professeur Rifkind si le réalisme de la mise en scène n’est pas trop poussé, il répond : « Mais aujourd’hui, c’est cela, la vraie vie d’un médecin des urgences en Israël ».
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