Appels au boycott, éditoriaux au vitriol, résolutions au Congrès : les initiatives se multiplient aux États-Unis pour dénoncer les récents actes antisémites en Europe et appeler les gouvernements européens à en faire plus pour combattre « ce mal ancestral », selon les mots du président George W. Bush. Parfois virulentes, ces critiques traduisent une inquiétude croissante aux États-Unis face à ce qui est perçu comme une recrudescence de l’antisémitisme en Europe, sur fond de violences israélo-palestiniennes et de récents succès électoraux de l’extrême droite. « Je sais que nous ne sommes pas immunisés contre l’antisémitisme et d’autres manifestations de haine (...) mais nous voulons envoyer un message aux Européens pour leur dire que nous sommes aussi inquiets de ce qui se passe là-bas », a confié le représentant démocrate de New York, Joseph Crowley. M. Crowley est l’auteur d’une résolution à la Chambre des représentants qui appelle les gouvernements des pays européens à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les communautés juives. Cette résolution, qui a déjà reçu le soutien d’une cinquantaine de parlementaires, pourrait faire l’objet d’un prochain vote à la Chambre basse, a-t-il indiqué. « La montée de l’antisémitisme non seulement en France mais à travers l’Europe est pour le moins préoccupante au vu de l’histoire » de ce continent, a ajouté cet élu en relevant qu’au cours des derniers 18 mois il y avait eu « 400 incidents » antisémites sur le seul territoire français, où vit la plus importante communauté juive d’Europe de l’Ouest. Outre la France, il y a eu des actes semblables en Belgique, au Royaume-Uni et en Allemagne. Également préoccupés, 99 sénateurs sur 100 – l’un était hospitalisé – ont écrit début mai au président Bush afin qu’il fasse pression sur les gouvernements des pays européens à ce sujet. Ce dernier est intervenu récemment pour dénoncer « ce mal ancestral qu’est l’antisémitisme, qu’il soit pratiqué par les meurtriers de Daniel Pearl (le journaliste juif américain récemment tué au Pakistan) ou par ceux qui brûlent des synagogues en France ». De son côté, le secrétaire d’État Colin Powell a, le 6 mai, sommé les Européens d’ « en faire plus » pour lutter contre la recrudescence des attaques antisémites, notamment pour « éduquer la population, plus particulièrement les jeunes ». Pour leur part, des éditorialistes ont dénoncé la montée de l’antisémitisme et les sentiments anti-israéliens qui prévalent, selon eux, dans l’opinion publique et les médias européens. Par contraste, aux États-Unis, le soutien à Israël apparaît plus ferme et public. « En Europe, il ne fait pas bon être juif », écrivait fin avril dans le Washington Post un éditorialiste, Charles Krauthammer, s’en prenant en particulier à la France, selon qui « ce qui est étrange, ce n’est pas l’antisémitisme d’aujourd’hui, mais son absence relative au cours de la dernière moitié du siècle dernier. C’est cela l’anomalie historique ». Au-delà des déclarations, diverses associations juives, notamment le centre Simon Wiesenthal, basé à Los Angeles, montent elles-même au créneau, décourageant par exemple les touristes juifs américains d’aller en Europe ou, à tout le moins, de prendre des « précautions extrêmes ». Dernier appel en date : jeudi une importante association juive américaine, l’American Jewish Congress, comparant dans une campagne publicitaire la France d’aujourd’hui à celle du régime pronazi de Vichy, est allée jusqu’à demander aux stars d’Hollywood de boycotter le festival du film de Cannes (France) qui s’ouvre mercredi.
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