Il y a trente ans, le chef de l’extrême droite en France, Jean-Marie Le Pen, fondait le Front national, mais rassemblait en 1974 moins de 1 % des voix sur son nom à l’élection présidentielle, avant de devenir depuis lors une force politique incontournable. L’irruption de M. Le Pen au second tour de la présidentielle a provoqué en France un choc politique d’une rare ampleur. Elle a pris par surprise une classe politique qui avait choisi d’ignorer une extrême droite jugée trop raciste, trop antisémite et trop «europhobe» pour pouvoir faire encore recette. Avec près de 17 % des suffrages l’ancien parachutiste de 73 ans, a bouleversé la donne : il a éliminé une gauche qui comptait bien, avec le Premier ministre Lionel Jospin dont la carrière a été brisée net, reconquérir la présidence. Déboussolés, les divers courants de gauche ont presque tous appelé désormais à voter Chirac et clamé leur volonté de barrer la route à l’extrême droite. Même si M. Le Pen ne sera sans doute jamais président puisque, selon les derniers sondages, il ne devrait recueillir contre M. Chirac que 26 % des voix au mieux, sa progression n’en a pas moins été remarquable. Elle a commencé avec peine. Deux ans après avoir fondé en 1972 son Front national (FN), il n’obtient que 0,74 % des voix à la présidentielle. Pire encore : il ne parvient même pas à se présenter à celle de 1981, n’ayant pas réuni les parrainages nécessaires. Mais la percée du FN se fera quand même. En septembre 1983 à Dreux, près de Paris, il obtient 16,72 % au 1er tour d’une élection municipale et, grâce à une alliance avec la droite traditionnelle, 3 «frontistes» entrent à la mairie. C’est un tournant. Désormais le parti de M. Le Pen, lui-même député européen et conseiller régional, est en phase ascendante. À l’élection européenne de 1984, il obtient près de 11 % des voix et dix députés au Parlement européen à Strasbourg. Aux législatives de mars 1986, 35 sièges au Parlement français. Pour en arriver là, Jean-Marie Le Pen a misé presque exclusivement sur la peur. La peur de l’exclusion, de la délinquance et du chômage, la peur de l’autre. Il a aussi désigné un responsable de tous les maux : l’étranger. Son programme tient en un slogan : «Immigration, insécurité, chômage, fiscalisme, laxisme moral, ras-le-bol !». Mais, si une frange de plus en plus importante de l’électorat l’accepte, la classe politique le rejette. Elle s’inquiète des outrances verbales du tribun populiste et de la violence des «skinheads» et autres «gros bras» qui accompagnent ses défilés. À la présidentielle de 1988, il rassemble pourtant plus de 14 % des voix. La rupture avec Bruno Mégret, longtemps considéré comme son dauphin, mais qui en 1998 a formé son propre parti, le Mouvement national républicain (MNR), ne semble guère l’avoir affaibli. Même si les deux hommes se détestent désormais, M. Mégret, qui a fait plus de 2 % des voix au premier tour de la présidentielle, a appelé à voter pour son ancien patron. Au second tour, le score de M. Le Pen pourrait encore progresser. Lui-même s’estime capable de rassembler entre 40 et 51 % des voix. 30 % serait déjà une victoire, a-t-il expliqué. Selon un sondage, 43 % des électeurs qui se disent proches du FN ou du MNR, se sont abstenus au 1er tour. «Notre réserve de voix dépasse 2 millions de votants», a dit à l’hebdomadaire L’Express Éric Iorio, responsable des élections au FN, avec sans doute un optimisme de façade. Mais les instituts de sondages se sont lourdement trompés au premier tour de l’élection présidentielle...
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il y a trente ans, le chef de l’extrême droite en France, Jean-Marie Le Pen, fondait le Front national, mais rassemblait en 1974 moins de 1 % des voix sur son nom à l’élection présidentielle, avant de devenir depuis lors une force politique incontournable. L’irruption de M. Le Pen au second tour de la présidentielle a provoqué en France un choc politique d’une rare ampleur. Elle a pris par surprise une classe politique qui avait choisi d’ignorer une extrême droite jugée trop raciste, trop antisémite et trop «europhobe» pour pouvoir faire encore recette. Avec près de 17 % des suffrages l’ancien parachutiste de 73 ans, a bouleversé la donne : il a éliminé une gauche qui comptait bien, avec le Premier ministre Lionel Jospin dont la carrière a été brisée net, reconquérir la présidence. Déboussolés, les...